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Le nouveau Premier ministre éthiopien demande du temps

Le nouveau Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed à Addis Abeba, Ethiopie, 4 décembre 2015.

Le nouveau Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed s'est rendu mercredi à Ambo (ouest), un des foyers des manifestations anti-gouvernementales ayant mené à la chute de son prédécesseur, où il a demandé aux protestataires de lui laisser le temps de mettre en place les changements promis.

Investi le 2 avril, M. Abiy est le premier Premier ministre de l'Éthiopie contemporaine issu de l'ethnie oromo, la plus importante du pays. C'est en région oromo (ouest et sud), dans laquelle est située la ville d'Ambo, que les manifestations anti-gouvernementales avaient débuté fin 2015, avant de s'étendre à d'autres zones, dont la région amhara (nord).

La répression de ces manifestations, les plus importantes depuis la prise de pouvoir du Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF) en 1991, avaient fait au moins 940 morts et mené à des dizaines de milliers d'arrestations.

>> Lire aussi : Libération de onze opposants en Ethiopie

"Nous sommes désormais sur la voie du changement et de l'amour", a déclaré le Premier ministre, devant des milliers de personnes réunies dans un stade. "Nous avons besoin de votre contribution, nous voulons travailler avec vous, main dans la main (...), et nous voulons concrétiser nos promesses".

Le nouveau Premier ministre prône la concorde depuis sa prise de fonction. Dans un signe d'apaisement, il a salué mercredi les Qeerroo, terme utilisé pour désigner les jeunes Oromo qui ont mené des manifestations parfois violentes ainsi que des grèves, voyant en eux "le bouclier du peuple oromo".

Mais il a également demandé à la foule de lui laisser le temps de concrétiser ses promesses. "Je vous demande de nous donner du temps pour nous préparer suffisamment, et j'ai confiance dans le fait que les Qeerroo vont nous donner assez de temps pour organiser notre action", a-t-il déclaré.

>> Lire aussi : Optimisme mesuré de l'opposition à l'égard du Premier ministre en Ethiopie

M. Abiy, 42 ans, a été choisi par l'EPRDF pour succéder à Hailemariam Desalegn, qui avait démissionné le 15 février, en évoquant la nécessité de réformes face au mouvement de protestation.

Les autorités éthiopiennes ont, dès le lendemain de la démission de M. Hailemariam, instauré un nouvel état d'urgence. Mais beaucoup espèrent que, dans le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, M. Abiy sera le garant d'une plus grande ouverture alors, que l'EPRDF est accusé de dérives autoritaires par les organisations de défense des droits de l'Homme.

>> Lire aussi : Le nouveau Premier ministre prône la concorde en Ethiopie

Les manifestations débutées fin 2015 étaient de fait l'expression d'une frustration des Oromo et des Amhara, qui représentent 60% de la population et s'estimaient marginalisés dans les instances de pouvoir, et également porteuses de revendications d'une jeunesse avide de libertés individuelles.

Avec AFP

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Le sortant Azali grandissime favori de la présidentielle aux Comores

Le président des Comores, Azali Assoumani, arrive à un bureau de vote lors du référendum constitutionnel, à Mitsoudje, près de Moroni, Comores, le 30 juillet 2018

Le président du petit archipel des Comores Azali Assoumani sollicite dimanche son maintien à la tête du pays dans un scrutin lourd de tensions avec l'opposition, qui l'accuse de dérive autoritaire et redoute un "hold-up électoral".

Au pouvoir depuis 2016, M. Azali, 60 ans, fait figure de grandissime favori au terme d'une campagne qu'il a écrasée de tous les moyens de l'Etat.

Sûr de sa force, le chef de l'Etat sortant a rassemblé vendredi plusieurs milliers de personnes dans la capitale Moroni autour du slogan "un seul jour, un seul tour, un seul homme". "Nous gagnerons cette élection dès le 24 mars", a-t-il assuré à ses partisans.

"Il a une vision pour le pays, lui seul est capable d'offrir un avenir meilleur à tous", s'est enthousiasmée une de ses fidèles, Fatoumia Alibazi, chapeau bleu à larges bords aux couleurs de son champion sur la tête.

La machine Azali s'est mise en marche avec la réforme constitutionnelle approuvée par référendum l'an dernier.

Très controversée, elle a étendu d'un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée successivement à chacune des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan).

Ce système a donné un coup de canif au fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d'Etat à répétition qui agitaient l'archipel depuis son indépendance en 1975.

- 'Mascarade' -

L'opposition a hurlé au loup mais rien n'y a fait. Au contraire. M. Azali a riposté à la contestation en embastillant nombre de ses détracteurs, à commencer par son ennemi de toujours, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, accusé de corruption.

Sur sa lancée, l'ex-putschiste, élu en 2016, a remis son quinquennat en jeu dès cette année. En cas de succès, il pourrait garder les rênes du pays jusqu'en 2029.

L'opposition espère bien l'en empêcher. Mais, prise de cours par l'accélération du calendrier politique, elle s'est lancée dans la bataille en ordre dispersé. Et la Cour suprême l'a encore fragilisée en écartant quelques-uns de ses champions de la route du président.

Patron de l'Union de l'opposition, l'ancien vice-président Mohamed Ali Soilihi a été interdit de scrutin. Assigné à résidence, il ne décolère pas.

"Cette élection est une grosse mascarade", se lamente-t-il. "Le scénario est écrit d'avance: le 24 mars au soir, il y aura une déclaration de victoire (d'Azali Assoumani) au premier tour, c'est un passage en force."

C'est l'antienne reprise par tous les adversaires du président. "Tout le monde est contre lui, si le scrutin est transparent, il ne peut pas gagner", assure lui aussi le candidat du parti Juwa, l'avocat Mahamoudou Ahamada, 48 ans. "Azali n'a d'autre choix que de voler les élections".

Plus que la crainte de fraudes, les partisans de l'opposition reprochent au pouvoir sortant la pauvreté persistante de la population et le train de vie des dirigeants du pays.

- 'Plus que Macron' -

"Tu ne peux pas m'expliquer que je vais avoir une vie sans électricité, sans eau. C'est pas possible", se lamente Mahmoud Mze, chômeur de 48 ans. "Et lui (M. Azali), il gagne 34.000 euros par mois, plus que (le président français Emmanuel) Macron. Ca ne va pas !"

Privée par la réforme de présidence tournante en 2021, l'île d'Anjouan, la plus pauvre de l'archipel, bouillonne.

En octobre, des civils armés hostiles au président ont fait le coup de feu avec l'armée pendant six jours à Mutsamudu, la capitale de l'île, avant de s'évaporer mystérieusement dans la nature.

En campagne à Anjouan, le colonel Soilihi Mohamed, dit "Campagnard" pour ses origines rurales, a mis en garde contre les risques d'un passage en force du président.

"Le peuple va s'exprimer par une révolution dans les urnes", prédit l'ancien officier, aussi raide que le sortant est bonhomme. Mais "si jamais le président tente de faire autrement, on risque une révolution populaire".

La menace fait sourire le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou, qui promet "la transparence totale".

"Il y a trop de mensonges de l'opposition, notre pays n'est pas une dictature", déclare le secrétaire général de la Mouvance présidentielle, Ali Mliva Youssouf.

Plus de 800 observateurs de la société civile comorienne, financés par l'Union européenne (UE), sont annoncés dans les 731 bureaux de vote du pays pour garantir la régularité du scrutin. Les premiers résultats sont attendus lundi.

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