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Le Nigeria veut ressusciter la filière cacao

Un agriculteur répand les fèves de cacao à sécher sur un terrain découvert dans le village d'Iragbiji, au sud-ouest du Nigeria, le 25 août 2014.(ARCHIVES)

Gratte-ciel de plus de 100 mètres de haut, la Maison du cacao d'Ibadan, bâtie grâce aux revenus d'exportations des fèves dans le sud-ouest du Nigeria, était dans les années 60 le plus grand immeuble de tout le pays.

A l'image d'un secteur trop longtemps négligé, elle n'est désormais plus que l'ombre de sa splendeur passée: la peinture se fane, le toit s'effondre et les bureaux sont vides.

"La maison du cacao était la gloire de la région Ouest", qui couvrait près d'un tiers du pays, explique Pa Olusina Adebiyi, un ancien employé de l'immeuble âgé de 85 ans. "C'est devenu un taudis à l'abandon".

Avant la découverte du pétrole dans les années 70, l'agriculture employait près de 70% de la population active et le Nigeria était le deuxième producteur de cacao au monde.

Eclipsé depuis par les milliards de dollars générés par les hydrocarbures, le secteur a connu un lent déclin.

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la production de cacao était de 237.000 tonnes en 2016. Un résultat bien maigre comparé à la Côte d'Ivoire (1,47 million de tonnes) ou au Ghana (859.000 tonnes).

Le gouvernement du président Muhammadu Buhari essait aujourd'hui de redynamiser l'agriculture pour diversifier une économie dépendante de l'or noir (90% des revenus d'exportation, 70% des recettes de l'Etat) qui sort péniblement d'une récession liée à l'effondrement des cours du baril.

Le cacao, après avoir été "la ressource la plus négligée" du pays, est désormais au coeur de la nouvelle politique agricole, explique à l'AFP Sayina Riman, président de l'Association cacaoyère du Nigeria (CAN), qui a proposé au gouvernement un plan d'action sur 10 ans.

"Nous avons fait des recommandations qui peuvent changer l'histoire du cacao au Nigeria, en espérant qu'elles soient mises en place", dit-il.

Absence de débouchés

Le Nigeria a deux récoltes de cacao par an: une petite d'avril à juin et la principale, d'octobre à décembre.

Sur sa ferme de trois hectares, près du village de Sofolu (Etat d'Ogun), Oluranti Adeboye détache des arbres les cabosses mûres à l'aide d'une machette et d'un bâton.

"Le temps a été bon cette année, les pluies précoces ont stimulé ma récolte", raconte cet ancien fonctionnaire de 62 ans à la maigre ossature. "Ces cosses de cacao sont meilleures que ce que j'ai eu la saison dernière".

Torse nu, il ramasse péniblement les fruits dans des sacs où ils devront fermenter plusieurs jours avant de sécher au soleil et de partir pour être vendus à l'export.

Chaque année, les paysans nigérians perdent une grande partie de leur production à cause des parasites et de la maladie de la cosse noire - un champignon qui affecte les cacaoyers.

"Ces arbres ont été plantés il y a plus de 10 ans. Ils sont vieux et fatigués. Nous avons besoin de nouveaux semis et de variétés améliorées mais les ressources ne sont pas là", affirme-t-il.

Sunday Ojo Folorunso, basé dans l'Etat voisin d'Ondo, se plaint de l'absence de débouchés pour les petits producteurs, estimant que le prix d'un kilo de cacao vendu à la ferme, soit 650 nairas (1,8 dollar) était "bien trop peu par rapports aux efforts consentis".

"Bel avenir"

Les chercheurs estiment que le Nigeria devrait moderniser ses méthodes de culture, mais aussi encourager l'utilisation de meilleurs semis, d'engrais et de pesticides.

"Il y a un bel avenir pour l'industrie (du cacao) au Nigeria", déclare Ranjana Bhattacharjee, chercheur à l'Institut international d'agriculture tropicale (IITA) d'Ibadan.

"Si on les assiste, les agriculteurs pourraient passer de 300 kg par hectare en moyenne à 800 kg par hectare pour améliorer leur productivité et leurs revenus", dit-il.

D'après M. Bhattacharjee, le Nigeria pourrait aussi s'inspirer de la Côte d'Ivoire et du Ghana, qui produisent du chocolat et d'autres produits finis à partir de leur cacao, dégageant ainsi de meilleurs revenus.

Le Nigeria possédait autrefois plus de 20 usines de transformation mais l'absence d'investissements et le manque d'électricité pour les faire fonctionner ont réduit leur nombre à trois.

Selon un scientifique de l'Institut nigérian de recherche sur le cacao (CRIN, organisme public), la recherche a elle aussi cruellement souffert de la négligence chronique de l'Etat.

"Au CRIN, vous trouverez des arbres si âgés qu'ils ne produisent plus", confie-t-il sous couvert d'anonymat. "Certains d'entre eux sont aussi vieux que l'institut lui-même"... créé il y a plus de 60 ans.

Avec AFP

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Togo : la coalition de l'opposition s'effrite, minée par des querelles internes

Manifestation du Front citoyen Togo , à Lomé, 5 octobre 2018. (VOA/Kayi Lawson)

"Nous avons marché durant des mois sous un soleil chaud et parfois sous la pluie, espérant venir à bout du régime en place. Mais nous nous sommes trompés, car les leaders de l'opposition ne font que se déchirer", déplore Afiwa Yogué, vendeuse de tissu à Lomé, au Togo.

"Nous sommes fatigués d'eux", ajoute la commerçante de 34 ans, déçue des divisions au sein de l'opposition dans ce pays d'Afrique de l'Ouest.

Ces querelles minent la principale coalition de l'opposition, C-14, qui regroupe 14 partis et avait organisé des manifestations très suivies contre le régime du président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005.

Entre septembre et octobre 2017, elles avaient drainé une marée humaine dans les rues de Lomé et de plusieurs grandes villes du Nord. Les manifestants exigeaient notamment la démission du chef de l'Etat, au pouvoir depuis la mort de son père qui avait dirigé le Togo d'une main de fer pendant 38 ans.

Mais depuis deux mois, plus de manifestations. La dernière remonte au 26 janvier et n'avait réuni qu'un maigre cortège.

Sept partis ont depuis claqué la porte de la coalition, dont le Parti National Panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, l'homme fort du soulèvement populaire, en exil depuis plus d'un an.

L'Alliance Nationale pour le Changement (ANC) de l'ex-chef de file de l'opposition Jean Pierre Fabre et le Comité d'Action pour le Renouveau (CAR) de Me Yawovi Agboyibo, ancien premier ministre et grande figure de l'opposition, ont eux aussi quitté C-14 pour marquer leur désaccord avec l'orientation du mouvement.

- "Déficit de cohésion" -

"Certains pensent qu'il faut restructurer la coalition et la doter d'une charte. Nous ne sommes pas d'accord, car ce n'est pas ce qui a manqué à la lutte : c'est plutôt la généralisation de la mobilisation", a expliqué le secrétaire général du PNP, Kossi Sama.

Selon Fulbert Sassou Attisso, président du parti Le Togo Autrement, "le bilan de la lutte menée par la coalition depuis 18 mois n'est pas positif".

"La responsabilité de ce nouveau revers est collective. Mais elle est due à une culture politique que l'opposition togolaise traîne depuis le début de la lutte en 1990", a déclaré à l'AFP M. Attisso, qui a lui aussi claqué la porte de la coalition.

Les autres membres de C-14 ont admis à mi-mot l'échec de la coalition, affirmant dans un bilan publié le 12 mars qu'elle "n'a atteint aucun des objectifs qu'elle s'est fixés". "Le parcours de la coalition a été marqué par un déficit de cohésion et de confiance", ont-ils déploré.

L'opposition réclame notamment des réformes constitutionnelles pour limiter à deux le nombre de mandats présidentiels et instaurer un scrutin à deux tours pour la présidentielle.

Elle exige aussi la libération de toutes les personnes arrêtées lors des manifestations. Une soixantaine sont toujours détenues.

Outre ses dissensions internes, la coalition est secouée par une affaire de corruption portant sur 30 millions de francs CFA (45.734,85 euros), don d'un chef d'Etat de la région.

L'un des responsables de C-14 a affirmé la semaine dernière sur une radio locale que la coalition avait bien reçu ce don mais souligné qu'il avait servi à organiser les manifestations.

"Nos leaders de l'opposition ont intérêt à se ressaisir. Le peuple s'est encore mobilisé derrière eux, mais ils nous ont encore déçus", a déploré Attah Hinnou, 44 ans, gérant d'une station-service à Lomé.

Depuis 1990, l'opposition a souvent manqué d'une stratégie cohérente.

Les tentatives de candidatures uniques ont toujours échoué la veille des élections présidentielles, laissant un boulevard au régime en place.

L'opposition a également boycotté des élections législatives, notamment en 2002, ce qui a permis au pouvoir de modifier à sa guise la Constitution.

Elle a aussi boycotté celles du 20 décembre dernier. Cette décision "agit fortement sur la coalition. Les responsables de ce regroupement sont bien conscients qu'ils ont commis une grave erreur, après plusieurs mois de lutte", estime Edouard Baglo, un politologue.

Les dirigeants de C-14 ont dénoncé des "irrégularités" dans l'organisation du scrutin.

Les observateurs de l'Union africaine et de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest ont salué la bonne tenue de ces législatives. Les dirigeants ouest-africains ont jugé ces élections "libres et transparentes", conformes à leur feuille de route pour une sortie de crise au Togo.

Avec AFP

Tuerie au Mali: une milice de chasseurs dissoute, l'état-major limogé

Le présiden malien, Ibrahim Boubacar Keita, dans le nord du Mali, le 19 mai 2017.

Le gouvernement malien a prononcé dimanche la dissolution d'une milice de chasseurs dogons et limogé les chefs de l'armée, au lendemain du massacre de plus de 130 Peuls dans le centre du pays, l'attaque la plus meurtrière qu'ait connue le Mali depuis au moins six ans.

Cette tuerie est la plus sanglante depuis la fin des principaux combats de l'opération lancée en 2013, à l'initiative de la France, pour chasser les groupes jihadistes qui avaient pris le contrôle du nord du pays. Elle s'est produite en pleine visite du Conseil de sécurité de l'ONU au Mali et au Burkina Faso voisin.

Depuis l'apparition il y a quatre ans dans le centre du Mali du groupe jihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l'agriculture. Les Dogons ont créé leurs propres "groupes d'autodéfense", dont l'association "Dan Nan Ambassagou".

Ces violences avaient coûté la vie à plus de 500 civils en 2018, selon l'ONU.

Dans la soirée, la télévision publique ORTM a annoncé un "bilan provisoire" de 136 tués pour cette attaque, dans le village d'Ogossagou-Peul, dans la zone de Bankass, près de la frontière avec le Burkina Faso. La télévision a montré des images de cases incendiées, de bétail brûlé et de douilles de fusil dans le village.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta a réuni dimanche un Conseil des ministres extraordinaire qui a prononcé "la dissolution de l'association +Dan Nan Ambassagou+ pour dire clairement aux uns et aux autres que la protection des populations restera le monopole de l'Etat", a expliqué le Premier ministre Soumeylou Boubeye Maïga.

"Depuis un certain temps", a affirmé le gouvernement dans un communiqué, l'association "s'est écartée de ses objectifs initiaux, en dépit des mises en garde répétées des autorités administratives locales".

Le gouvernement a également annoncé le remplacement des chefs d'état-major des armées, de l'armée de Terre et de l'armée de l'Air.

Ces limogeages au sommet de la hiérarchie militaire interviennent également après l'attaque jihadiste le 17 mars contre un camp de l'armée à Dioura (centre), au cours de laquelle 26 soldats ont péri.

La principale alliance jihadiste du Sahel liée à Al-Qaïda, à laquelle appartient le groupe d'Amadou Koufa, avait d'ailleurs justifié vendredi l'opération de Dioura par de précédents "crimes odieux commis par les forces du gouvernement de Bamako et les milices qui le soutiennent contre nos frères peuls".

- Inédit, "pas imprévisible" -

Une délégation gouvernementale conduite par le ministre de la Justice, Tiéna Coulibaly, s'est rendue dimanche sur les lieux de la tuerie. Cette délégation a été envoyée par le président Keïta pour "dire aux populations d'Ogossagou que ce qui s'est passé ici est inacceptable, que ce qui s'est passé ici ne restera pas impuni", a assuré le ministre.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, s'était déclaré samedi soir "choqué et outré", appelant "les autorités maliennes à enquêter rapidement sur cette tragédie et à traduire ses auteurs en justice".

L'Union européenne a appelé dimanche à des "mesures immédiates", dont "le désarmement et le démantèlement de l'ensemble des milices qui sévissent" dans le centre du Mali. La France également "salue l'engagement du gouvernement malien à dissoudre les milices qui alimentent la terreur dans cette région et qui doivent être désarmées".

Parmi les tués d'Ogossagou-Peul figuraient "des éléments peuls du DDR cantonnés dans le village", avait indiqué samedi le préfet de Bankass, Boubacar Kané. Il faisait référence à l'extension au centre du pays depuis le début de l'année du processus de "désarmement, démobilisation et réinsertion" (DDR) prévu par l'accord de paix de 2015 pour les combattants de groupes armés du Nord, censé justement mettre fin à la prolifération de milices.

Pour Baba Dakono, chercheur à Bamako pour l'Institut d'études de sécurité sur l'Afrique (ISS), "le drame d'Ogossagou-Peul est certes inédit mais il n'était pas imprévisible".

"L'ampleur dépasse l'entendement, mais les conditions pour qu'il arrive existaient et étaient connues", a-t-il souligné, évoquant les carences de l'Etat, "l'accès facile aux armes" et "l'instrumentalisation du facteur +terroriste+" par l'ensemble des protagonistes.

Dans un rapport publié le 5 mars, le secrétaire général de l'ONU saluait de récentes avancées dans l'application de l'accord de paix de 2015, mais regrettait que "la menace, qui continue de se propager du nord vers le centre du Mali, détourne l'attention de l'Accord et en complique la mise en oeuvre".

Il citait ainsi "l'expansion des groupes extrémistes, qui exacerbe les violences intercommunautaires, la multiplication des explosions touchant les forces de sécurité et les civils et l'accroissement du nombre de personnes déplacées".

Avec AFP

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