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Sécheresse et jihad créent une "crise pastorale" explosive au Sahel

Festival touareg à Iferouane au Niger, le 18 février 218

Au Sahel, la sécheresse chasse les troupeaux et leurs bergers vers des contrées plus accueillantes, déclenchant une "crise pastorale" qui risque d'aggraver l'insécurité alimentaire dans une région déjà fragilisée par la présence de groupes jihadistes, alertent les spécialistes.

Traditionnelles, les migrations transfrontalières de troupeaux en Afrique de l'ouest ont été cette semaine au centre d'une réunion de trois jours des membres du Réseau de prévention des crises alimentaires (RPCA), au siège de l'OCDE à Paris.

>> Lire aussi : Sécheresse et conflits pastoraux aggravent les risques de famine dans le Sahel

Dans plusieurs pays, "il n'y a pas assez de fourrage, et les troupeaux sont partis plus tôt que prévu, en octobre au lieu de janvier, car ils n'avaient plus rien à manger", explique à l'AFP Maty Ba Dio, coordinatrice régionale du projet régional d'appui au pastoralisme au Sahel, basée à Ouagadougou.

"La difficulté, c'est qu'ils sont arrivés alors que les populations agricoles du sud n'avaient pas complètement fini les récoltes, les animaux ont envahi et détruit les parcelles de culture (...), cela a créé des conflits énormes", regrette-t-elle. Les investissements en semences et engrais ont été anéantis.

Dans les pays côtiers qui reçoivent les migrations de troupeaux, "comme le Nigeria, le Ghana, ou le Togo", les conflits "ont abouti à des morts d'hommes, avec des images difficiles à regarder", souligne aussi Mme Ba Dio.

Dans le nord-est du Nigeria, plusieurs régions connaissent depuis le début de l'année une multiplication des affrontements entre éleveurs nomades et paysans sédentaires pour l'accès à la terre, l'eau et les pâturages, provoquant des centaines de morts et obligeant le gouvernement à déployer l'armée dans plusieurs Etats du pays.

Les rivalités séculaires éleveurs-agriculteurs sont avivées par la désertification en cours. Mais l'inquiétude des 150 responsables ouest-africains, dont plusieurs ministres de l'Agriculture ou de l'Elevage, des institutions régionales africaines et des organisations internationales (Onu, UE, Banque Mondiale, agences de développement, ONG...) participant à la réunion de Paris est d'autant plus grande que les déplacements de troupeaux sont aussi freinés par une montée des violences armées au Sahel.


"Les troupeaux venant du Niger ou du Tchad ne peuvent plus gagner leurs zones de refuge traditionnelles autour du lac Tchad en raison de l'insécurité totale qui y règne", note madame Ba Dio.

"On ne peut plus aller dans beaucoup de zones pastorales, où il y avait du fourrage pour les animaux, à cause du jihadisme", car "le banditisme s'y est installé", résume pour l'AFP Djibo Bagna, président du réseau des organisations paysannes et de producteurs de l'Afrique de l'ouest (ROPPA).

Idem pour la région du Liptako-Gourma, un vaste rectangle à cheval sur le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Située sur le bassin du fleuve Niger, c'est une zone de transhumance des troupeaux. C'est aussi exactement la région où l'ONU discernait en mars, dans un rapport, des "menaces terroristes croissantes de l'Etat islamique dans le Grand Sahara (ISGS) et de Ansar al-Islam".

"Les bandes organisées et la circulation d'armes légères ont empiré la situation, on en vient dans les pays du sud, agricoles, à montrer du doigt les éleveurs pasteurs, qui viennent du nord", se désole Ibra Touré, géographe au Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS).

- "Sévère détérioration" -


Au Nigeria, la crise est aussi amplifiée par certains médias accusés de donner une dimension ethnique et religieuse à un conflit pourtant séculaire entre éleveurs nomades, souvent musulmans, et agriculteurs, chrétiens.

Une réunion de haut niveau sur le sujet est prévue le 28 avril à Abuja avec les ministres de l'Elevage de 15 pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest, ainsi que ceux de la Mauritanie et du Tchad, a annoncé à Paris Sekou Sangaré, le Commissaire à l'Agriculture de la CEDEAO.

Une solution doit être trouvée rapidement. La situation alimentaire des pays du Sahel, déjà mauvaise, est en "sévère détérioration", a prévenu le RPCA, qui assure une veille de la production agricole en Afrique de l'ouest.

Il craint de voir le nombre de personnes en besoin d'assistance alimentaire dans la région gonfler à 10,6 millions d'ici l'été, au lieu de 7,1 millions actuellement.

Les récoltes céréalières ont légèrement progressé, à près de 68 millions de tonnes, mais des baisses sensibles sont enregistrées en Gambie (-29%), au Burkina Faso (-11%), en Guinée Bissau (-7%), et au Tchad (-5%). Et les prix des céréales et tubercules locales restent plus élevés que la moyenne des cinq dernières années. La production de fourrages a aussi baissé de 95% en Mauritanie par rapport à la moyenne des cinq dernières années, et de 80% au Sénégal.

Avec AFP

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VOA60 Afrique du 26 juin 2019

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L'ex-président Jammeh accusé d'agressions sexuelles par trois femmes en Gambie

L'ex-président Yahya Jammeh, au centre, en train d'aller en exil à l'aéroport de Banjul, Gambie, 27 janvier 2017.

L'ancien président Yahya Jammeh est accusé par trois Gambiennes de les avoir contraint à des relations sexuelles en usant de pressions morales, financières ou physiques lorsqu'il dirigeait ce pays pauvre d'Afrique de l'Ouest, selon un rapport de Human Rights Watch présenté mercredi au Sénégal.

"Yahya Jammeh a traité les femmes gambiennes comme ses choses", a expliqué à Dakar le célèbre avocat américain de Human Rights Watch, Reed Brody. "Le viol et l'agression sexuelle sont des crimes, Jammeh n'est pas au-dessus des loi".

Yahya Jammeh a dirigé d'une main de fer ce petit pays enclavé dans le Sénégal, à l'exception d'une étroite façade atlantique, de 1994 à son départ pour la Guinée équatoriale le 21 janvier 2017, sous la pression d'une force régionale.

Les défenseurs des droits humains accusent son régime d'actes systématiques de torture contre des opposants et des journalistes, d'exécutions extra-judiciaires, de détentions arbitraires et de disparitions forcées. Il est en outre soupçonné d'avoir détourné plusieurs centaines de millions de dollars.

L'ex-président gambien et ses collaborateurs ont "recouru à la coercition, à la tromperie et à la violence" pour obtenir des faveurs sexuelles, "ainsi qu'à des représailles lorsque les femmes refusaient ses avances", accuse l'enquête, menée avec l'ONG suisse TRIAL International.

En décembre 2014, Fatou Jallow, dite "Toufah", alors étudiante en art dramatique de 18 ans, a été élue "reine de beauté" lors d'un concours retransmis en direct à la télévision d'Etat.

Dans les six mois qui ont suivi, le chef de l'Etat l'a invitée plusieurs fois au palais présidentiel, couverte de cadeaux, puis lui a demandé de l'épouser, ce qu'elle a refusé, selon le récit de la jeune femme, qui a choisi de témoigner à visage découvert depuis le Sénégal, où elle a trouvé refuge.

En juin 2015, Yahya Jammeh l'a enfermée dans une pièce de son palais, menacée de mort et lui a injecté une substance au moyen d'une seringue, avant de l'immobiliser et de la violer, a-t-elle expliqué.

Selon plusieurs témoignages rapportés par les deux ONG, Yahya Jammeh s'est aussi entouré de "protocol girls" - des jeunes femmes qu'il recrutait personnellement comme assistantes, avec l'aide d'une cousine, Jimbee Jammeh, chargée de les mettre en confiance - avant de les harceler sexuellement.

L'une d'entre-elles, désignée par le pseudonyme "Anta", a expliqué que le président l'avait menacée de lui couper les vivres si elle se refusait à lui. Une autre, "Bintu", affirme que Yahya Jammeh lui a proposé une bourse d'études aux Etats-Unis avant de se rétracter devant son refus de relations sexuelles.

Une quatrième femme, Fatoumatta Sandeng, chanteuse connue en 2015, affirme avoir été forcée à se rendre dans le village du président, sans doute, estime-t-elle, pour la "piéger". Empêchée de quitter son hôtel pendant trois jours, elle avait finalement été autorisée à partir sans avoir eu de contact avec Yahya Jammeh.

Fille de l'opposant Solo Sandeng, dont la mort en détention en avril 2016 avait galvanisé l'opposition à Yahya Jammeh, Fatoumatta Sandeng dirige à présent une campagne internationale pour traduire l'ex-président et ses principaux collaborateurs en justice.

La Commission vérité et réconciliation (TRRC), qui enquête sur les crimes présumés du régime Jammeh, a entamé début juin sa 5e session d'auditions. Elle prévoit d'organiser des séances consacrées aux violences sexuelles dans les prochains mois.

Interrogé début 2018 sur une éventuelle demande d'extradition de Yahya Jammeh, son successeur Adama Barrow, qui l'avait battu à la présidentielle de décembre 2016, a indiqué qu'il attendrait la fin des travaux de la TRRC pour se prononcer.

"Ces femmes ont un courage immense et ont brisé la culture du silence. Il est important que la Commission vérité et réconciliation et le gouvernement leur offrent la possibilité d'obtenir réparation et justice", a déclaré Marion Volkmann-Brandau, principale enquêteuse ayant travaillé sur ce projet pour Human Rights Watch et TRIAL.

Premières épreuves du baccalauréat

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L'ONU promet son soutien dans l'exécution du mandat d'arrêt d'un chef de guerre congolais

Le juge président de la CPI, Robert Fremr, dans la salle d'audience de la Cour pénale internationale (CPI) à la Haye, aux Pays-Bas, le 28 août 2018.

Les Nations unies ont promis mercredi leur soutien à l'exécution d'un mandat d'arrêt émis par la justice militaire congolaise à l'encontre d'un chef de guerre accusé d'atteintes aux droits de l'Homme et de violences sexuelles dans l'est de la République démocratique du Congo.

L'auditorat militaire a lancé le 7 juin un mandat d'arrêt contre Guidon Shimiray Mwissa pour "participation à un mouvement insurrectionnel", "crime de guerre par recrutement d’enfants", et "crime contre l’humanité par viol", selon une information mercredi de Radio France internationale (RFI).

Déjà sous sanctions de l’ONU, des Etats-Unis et de la France qui ont gelé ses avoirs en 2018, le chef de guerre est à la tête depuis 2015 d’une coalition de groupes armés dans la province du Nord-Kivu.

Ce groupe baptisé NDC-R mène des offensives contre divers groupes armés hutus.

Le chef de guerre est aussi accusé de se "substituer aux autorités locales" et de se livrer avec ses hommes "à des exactions graves sur les populations civiles", d'après le mandat d'arrêt consulté et authentifié par RFI.

"Nous allons accompagner la justice militaire congolaise pour pouvoir exécuter ce mandat", a précisé la porte-parole de la Monusco Florence Marchal lors de son point-presse hebdomadaire.

"Depuis le début de l'année, près de 300 allégations de violences sexuelles liées au conflit ont été rapportés dans le territoire de Masisi (un des territoires du Nord-Kivu). Le bureau conjoint des droits de l'Homme a vérifié 111 cas entre janvier et avril dernier, dont la moitié sont imputables au NDC-R", a ajouté la porte-parole.

La Monusco a qualifié le mandat d'arrêt de "développement positif pour la sécurisation de la province et la lutte contre l'impunité".

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