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Les forêts de l'Afrique centrale menacées par les investissements


Le tracé de l'autoroute entre l'aéroport international Yaoundé, Nsimalen et le centre ville, a rasé le massif forestier au village Toutouli, le 24 novembre 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap) 

Au cours de ces dix dernières années, plus de 10 millions hectares de terres forestières ont disparu dans les pays d’Afrique centrale, perdant du terrain face aux grands projets d’investissements.

Le Cameroun est concerné par ce phénomène, selon une étude menée par quatre organisations non gouvermentales, du Gabon, du Congo, de la République centrafricaine et Cameroun.

Reportage d'Emmanuel Jules Ntap, correspondant à Yaoundé pour VOA Afrique
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L’étude "Sur les analyses des conversions des forêts par les grands investissements en Afrique Centrale", a été présentée à Yaoundé au Cameroun.

Le centre pour l’environnement et le développement CED, au Cameroun, l’observatoire congolais des droits de l’homme OCDH, au Congo, Brainforest au Gabon, et la Maison de l’enfant et de la femme pygmée MEEP, en République Centrafrique, sont les auteurs de l’étude.

Il a été question de démontré jusqu’à quel point le couvert forestier de l’Afrique centrale, subit des changements à cause des investissements non-forestiers.

Le Cameroun n’échappe pas à ce changement. Les conversions des forêts pour les grands projets d’infrastructures routières, y impactent le vécu des communautés riveraines.

L'exemple de Toutouli

Toutouli, situé à une quinzaine de kilomètres de Yaoundé, la construction de l’autoroute a impacté l’environnement du village.

L'autoroute en construction entre l’aéroport international de Yaoundé- Nsimalen, et le centre ville, traverse ce petit village de Toutouli, sur près de 6 kilomètres. Les travaux avancent , mais non sans dégâts sur les terres forestières du village.

Un habitant du village Toutouli ses plantations menacées de disparition à cause des travaux de l'autoroute, le 24 novembre 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Un habitant du village Toutouli ses plantations menacées de disparition à cause des travaux de l'autoroute, le 24 novembre 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

"On a perdu les champs, les plantations et la forêt. On nous a dit que le passage de l'autoroute va prendre 50 mètres de plus dans nos terres cultivables", s'alarme Tarsis Owona, un habitant du village de Toutouli.

Admis à faire valoir ses droits à la retraite, M. Owona semble désemparé par cette situation. Ses terres sont menacées de disparition au profit de l'autoroute.

Sur certaines maisons du village, des inscriptions de leur démolition à venir sont visibles sur les murs.

"Nous avons écrit au président de la République, nous sommes dans l'attente de sa réponse", nous confie t-il.

Une partie de Toutouli a été rasée pour faire passer l’autoroute, le massif forestier a disparu par endroit, au mépris de leurs droits.

"On nous donnait entre 50 000 et 100 000 francs CFA mais on ne sait sur quelle base. Nous n'avions même pas le décret d'indemnisation. Quand nous avions voulu poser les questions au préfet du Mfoundi, il a dit qu'il n’était pas venu pour répondre aux questions", a rapporté M.Owona.

Samuel Nguiffo, secrétaire-général du Centre pour l'environnement et le développement à Yaoundé, le 24 novembre 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Samuel Nguiffo, secrétaire-général du Centre pour l'environnement et le développement à Yaoundé, le 24 novembre 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

Toutouli, n'est pas un cas isolé. "La situation est similaire dans de nombreuses localités du Gabon, du Congo et de la RCA", a souligné Samuel Nguiffo, secrétaire-général du Centre pour l’environnement et le développement.

Selon lui, "l'objectif de développement des pays d’Afrique centrale et celui de conservation de la biodiversité sont devenus contradictoires".

"On voit un nombre important d'investissements miniers, d’agroindustrie et surtout d’infrastructures. Si l'on n'y prend garde, la forêt va payer le plus lourd tribut de cette tendance", avise Samuel Nguiffo.

"Il faut penser au développement, mais en préservant aussi l’objectif de protection de la forêt", confie-t-il, tirant la sonnette d'alarme.

Non respect du processus

Pour conserver les terres forestières du Cameroun et des trois autres pays, objets de l’étude, il importe de respecter les textes sur les processus de conversions forestières dans ces pays.

Marie Madeleine Bassalang, juriste consultante, gestion en ressources naturelles à Rainbow Forest à Yaoundé, le 24 novembre 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)
Marie Madeleine Bassalang, juriste consultante, gestion en ressources naturelles à Rainbow Forest à Yaoundé, le 24 novembre 2017. (VOA/Emmanuel Jules Ntap)

"Ces textes existent bel et bien, mais ne sont malheureusement pas très explicites sur les conversion des forêts pour les grands investissements", regrette Marie Madeleine Bassalang, consultante juriste gestion en ressources naturelles à Rainbow forest.

Il faut, explique-t-elle, que "les Etats en Afrique centrale améliorent cette lacune dans leurs législations forestières pour prendre en considération tous les types de forêts".

Si rien n'est fait dans ce sens, le massif forestier d'Afrique centrale pourrait être considérablement impacté par les activités de développement économique, ont laissé entendre, les auteurs de l’étude.

Ils ont également interpellé les pouvoirs du publics des pays concernés à respecter leurs engagements internationaux de protection des forêts.

Emmanuel Jules Ntap, correpondant à Yaoundé

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