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Le Gabon veut changer les lois sur le divorce, les violences conjugales et l'avortement


L'actuelle Première ministre et ancienne maire de Libreville, Rose christiane Ossouka Raponda, dans un bureau de vote lors des élections locales, le 6 octobre 2018.

La femme partagera avec l'homme le rôle de chef de famille, réservé jusqu'ici à l'homme.

Le gouvernement du Gabon va présenter au Parlement trois projets de loi pour renforcer l'égalité entre les hommes et les femmes notamment en luttant contre les violences et les discriminations, a déclaré vendredi la Première ministre Rose Christiane Ossouka Raponda.

L'un des textes introduit le divorce par consentement mutuel. Et l’adultère, commis par l'homme ou la femme, pourra être un motif de séparation pour les deux époux, alors qu'il ne pouvait être invoqué que par l'homme devant le juge jusqu'à maintenant.

Aujourd'hui également, une Gabonaise doit "obéissance" à son mari en vertu de la loi. Les modifications prévues y mettront un terme, a assuré la cheffe du gouvernement.

"Il était temps qu’on renforce cette protection des femmes en éliminant de manière progressive les discriminations et les violences" dont elles sont victimes, a plaidé Mme Ossouka Raponda.

Trois projets de loi ont été adoptés mardi en conseil des ministres, l'un portant sur "l'élimination des violences faites aux femmes", les deux autres visant à modifier le code pénal et le code civil, qui consacre encore aujourd'hui notamment la prééminence de l'homme dans le couple en faisant du mari l'unique chef de famille.

Ces projets doivent encore être votés par l'Assemblée nationale et le Sénat, mais le Parti démocratique gabonais (PDG) du président Ali Bongo Ondimba domine largement les deux chambres.

"Aujourd’hui, le mari est le chef de famille, la femme doit obéissance au mari et c’est le mari qui a le choix de la résidence" de la famille, explique encore Mme Ossouka Raponda. Grâce aux nouveaux projets de loi, la femme partagera avec l'homme le rôle de chef de famille, promet-elle.

Tout fait de violence domestique à l'égard d'un conjoint pourra également entraîner le divorce. "Il s’agit pour nous de protéger la famille dans son entièreté", explique la Première ministre.

Le projet de modification du code pénal élargit quelque peu le droit à l'interruption volontaire de grossesse, qui reste toutefois fortement conditionné. "Ce n’est pas encore le bon moment" de le libéraliser, a tempéré Mme Ossouka Raponda. Pour un avortement, l’état de détresse de la femme n’aura plus besoin d’être "grave" et l’exigence de l’avis du médecin pour le constater sera supprimée.

Levée des boucliers

Les projets de lois proposés par le gouvernement ont suscité une levée de boucliers au sein d'une partie de l'opposition gabonaise.

Dénonçant "une déconstruction brutale de la cellule familiale", l'activiste et femme politique Laurence Ndong estime que le gouvernement se trompe de priorités. "Toutes les autres dispositions discriminatoires à l'endroit des femmes, ils ne les voient pas", dit-elle dans une déclaration diffusée en direct mercredi sur le réseau social Facebook. Parmi ces dispositions, elle cite le mariage des filles mineures qui reste légal au Gabon, le couvre-feu imposé dès 18 heures qui pour elle a un impact dévastateur sur l'autonomie des femmes commerçantes et le manque de parité au sein même de l'équipe gouvernementale. Elle reproche aussi au gouvernement de ne pas avoir consulté les parties prenantes.

"Le Code civil va consacrer l'égalité homme/femme dans le mariage. J'approuve ! Maintenant, qui va verser la dot ?!", ironise pour sa part le conseiller municipal Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, membre du bureau politique de l'Union nationale, un parti de l'opposition gabonaise.

L'année dernière, le gouvernement avait fait l'objet de critiques de la part du clergé, de groupes de la société civile et de politiciens de l'opposition après avoir demandé au Parlement de dépénaliser les relations homosexuelles... un an après les avoir interdites.

Dans un rapport publié récemment par la Banque mondiale "Women, Business and Law 2021", le Gabon était placé à la 41e place sur 48 pays d'Afrique sub-saharienne en matière de promotion des droits de la femme.

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