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Le foot chinois gangréné par les faux entraîneurs


Matic Darko de Beijing Guoan, à droite, devance Takuji Yonemoto du FC Tokyo lors d'un match de qualification en Ligue des champions de l'AFC, Tokyo, le 17 avril 2012.

Intermédiaires peu scrupuleux et entraîneurs sans qualification tentent de se tailler leur part du gâteau d'un football chinois en plein essor, mais mettent en péril ses ambitions de devenir un géant du ballon rond, avertissent plusieurs acteurs de ce marché.

ur les consignes du président chinois Xi Jinping, grand amateur de foot qui croit aux leviers de la diplomatie du sport, la deuxième puissance économique mondiale investit massivement dans ce domaine et en particulier la formation. Au point que le ministère de l'éducation prévoit de se doter de 50.000 "écoles caractérisées par le football" d'ici 2025.

Cette croissance attire des entraîneurs qui ont parfois des diplômes contrefaits, assurent à l'AFP cinq personnes liées à ce milieu et qui affirment avoir eu affaire à ces faux coaches.

A une époque, affirment ces sources, il suffisait d'être étranger pour obtenir un poste sur le banc d'un club.

Il y a aujourd'hui "un gros problème" concernant les entraîneurs des jeunes, affirme ainsi Xie Hui, l'adjoint du coach des Shanghai SIPG, champions de la Super League chinoise.

"Même si vous leur confiez Wu Lei, ils annihileront (son talent), c'est la réalité", assure l'ancien attaquant international âgé de 44 ans, en référence au joueur qui vient de quitter le SIPG pour s'engager avec l'Espanyol Barcelone. "Rien n'a évolué en 20 ans (...). On peut parler de désert pour la formation footballistique", assène-t-il.

Preuve que le chemin est encore long, la Chine, 1,4 milliard d'habitants, ne s'est qualifiée qu'une seule fois pour la Coupe du monde. C'était en 2002 et elle avait été éliminée sans marquer le moindre point ni but.

L'argent injecté l'est pour l'instant en pure perte, juge Xie Hui, qui évoque même des écoles qui inventent des résultats sans avoir joué de match.

- "Charlatans" -

Un entraîneur qualifié, qui souhaite garder l'anonymat car il n'a pas le droit de parler aux médias, évoque une "foire d'empoigne" sur le marché et regrette que l'image des coaches en Chine soit ternie par certains agissements.

Mario Castro, titulaire d'un diplôme d'entraîneur de l'UEFA auprès de la Fédération portugaise, abonde dans ce sens. "Nous avons trois gros problèmes en Chine: le faux entraîneur, l'entraîneur qui n'est pas diplômé et l'entraîneur incompétent".

"Dans les petites villes, l'académie ou l'entreprise a besoin d'un étranger, même si l'entraîneur n'a pas le diplôme ou la certification de l'UEFA", déplore encore Mario Castro, directeur technique d'une structure basée à Shenzhen qui travaille avec le club français de Toulouse. Tandis que dans les "grandes villes, il y a un vaste marché du coach à mi-temps et la plupart d'entre eux n'ont pas de diplôme", avance-t-il.

La Fédération Chinoise n'a pas souhaité répondre à l'AFP sur cette question. Mais elle a publié le mois dernier une série de dispositifs pour permettre de réguler le marché de la formation.

La problématique, toutefois, n'est pas propre à la Chine, nuance Tom Byer, entraîneur américain expérimenté qui a travaillé avec les autorités chinoises. Lui assure qu'il n'a jamais croisé la route d'un "faux" technicien. "Mais j'imagine qu'il y a des charlatans" sur le marché, concède-t-il. La profession, dans ce pays, est viciée par les "escroqueries", affirme d'ailleurs le Newyorkais.

Selon plusieurs acteurs locaux, la première d'entre elles concerne les intermédiaires payés par les autorités pour trouver quelqu'un à mettre sur le banc d'entraîneur dans les écoles, moyennant d'importantes commissions. Et, au vu des salaires proposés, les profils sont rarement ceux de prétendants expérimentés ou bardés de diplômes.

La Chine, résume Tom Byer, est particulièrement "observée ces jours-ci en raison des sommes d'argent qui sont dépensées". Et cela ne devrait pas s'arrêter.

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