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Le "dialogue national" s'ouvre au Cameroun, sans les principaux chefs séparatistes


Le président du Cameroun, Paul Biya lors du vote au bureau de vote du quartier de Bastos à Yaoundé, le 7 octobre 2018.

Le "grand dialogue national" voulu par le président Paul Biya s'est ouvert lundi au Cameroun pour tenter de mettre un terme au conflit meurtrier entre Yaoundé et des séparatistes anglophones, mais ses chances d'aboutir sont minces en raison de l'absence des principaux leaders sécessionnistes.

Après quelques mots d'un maître de cérémonie en présence du Premier ministre Joseph Dion Ngute, le dialogue débute à Yaoundé et doit durer cinq jours. Les combats, mais aussi les exactions commises sur les civils par les deux camps, dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où vit la plus grande partie de la minorité anglophone du Cameroun (16%), a déjà fait plus de 3.000 morts en moins de trois ans, selon International Crisis Group (ICG) .

"Après avoir reçu des gens depuis deux semaines" en préparation de ce dialogue "je ne peux qu'être optimiste, car je pense que 99% des Camerounais veulent la paix", avait déclaré le Premier ministre dimanche.

Depuis 2017, des revendications sociales des populations anglophones, qui s'estiment lésées par rapport aux huit régions francophones, se sont muées en un conflit meurtrier entre des groupes indépendantistes armés radicalisés et les forces de sécurité de l'Etat, resté sourd aux revendications.

Certains anglophones exigent le retour au fédéralisme alors que d'autres réclament la partition du pays. Deux scénarios rejetés par le président Biya.

- Absences sécessionnistes -

Après avoir fait preuve d'intransigeance depuis sa réélection en octobre 2018, le chef de l'Etat, 86 ans dont près de 37 au pouvoir, avait annoncé mi-septembre ce "grand dialogue national" à Yaoundé.

L'annonce de ce dialogue a toutefois suscité l'espoir d'anglophones plus modérés, comme l'influent archevêque de Douala, le cardinal Christian Tumi, qui avait salué l'initiative et supplié les séparatistes d'y participer.

Présent au premier rang à l'ouverture du Dialogue, le cardinal siège à côté de John Fru Ndi, président du Social Democratic Front (SDF, premier parti d'opposition à l'Assemblée nationale). Mais l'opposant historique n'a pas le soutien des séparatistes, et a d'ailleurs été enlevé à deux reprises par les sécessionnistes dans le Nord-Ouest en avril et en juin.

Du côté des sécessionnistes, Mark Bareta, très actif sur les réseaux sociaux, était présenté par Yaoundé comme celui qui a montré le plus d'ouverture.

Mais M. Bareta a annoncé vendredi ne pas participer à ce dialogue, affirmant que "la seule façon de mener de véritables négociations était de le faire sur un terrain neutre".

- "Grand dialogue de sourds" -

Parmi les seize leaders séparatistes anglophones conviés au dialogue et qui pour beaucoup se trouvent à l'étranger, des chefs de groupes armés, comme Ebenezer Akwanga et Cho Ayaba, ont annoncé leur refus d'y participer.

Avec ce dialogue, le Cameroun veut jeter "de la poudre aux yeux de la communauté internationale", a déclaré au téléphone à l'AFP M. Akwanga.

La plupart de ces leaders ont réaffirmé leur volonté de discuter avec le gouvernement, mais demandent que les négociations se déroulent en présence d'un médiateur international, à l'étranger et que les termes de la séparation soient le principal point à l'ordre du jour.

Lundi, dans les kiosques de Yaoundé, le bihebdomadaire Repères, plutôt favorable au pouvoir, affirme en une "Ca passe ou ça casse!", tandis que l'anglophone Eden, qui titre aussi sur le dialogue, demande: "Va-t-il faire le succès ou la ruine du Cameroun ?". Le journal Intégration, lui, affiche en une: "Grand dialogue de sourds à Yaoundé".

A proximité du Palais des Congrès, les badauds étaient partagés entre scepticisme et espoir. "Je ne sais pas quelle importance on peut accorder à ce que les gens vont dire dans ce dialogue alors que les gens se font tirer dessus" dans les régions anglophones, affirme Joseph, habitant de Yaoundé et originaire de l'Ouest.

"Nous voulons le retour de la paix. Il suffit seulement qu'on donne la possibilité à tout le monde de s'exprimer", espère pour sa part Mitterrand Enoh, lui aussi anglophone résident de Yaoundé.

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