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Le Bénin pleure la mort du guide Fiacre Gbédji, "une perte énorme pour le pays"

Des éléphants passent une route dans le parc national de Pendjari, le 10 janvier 2018.

A Natitingou, dans le nord du Benin, visiteurs et voisins défilent sous un grand arbre pour présenter leurs condoléances à la famille de Fiacre Gbédji, le guide béninois tué lors de l'enlèvement des deux touristes français dans le parc de la Pendjari.

Son épouse est assise sur une natte, les jambes allongées et le regard perdu. Un crucifix pend à son cou. La mère du défunt est à ses côtés et accueille les prières de ses hôtes, les yeux rougis par les pleurs.

Les femmes sont beaucoup trop affectées et ne peuvent parler. Selon son frère, Alexandre Gbédji, personne dans la famille ne réalise encore ce qui s'est passé. "Personne ne s'en revient", confie-t-il à l'AFP. "C'est un cauchemar pour toute la famille".

Le 1er mai, alors qu'il accompagnait Patrick Picque et Laurent Lassimouillas en safari dans le parc national et touristique de la Pendjari, Fiacre Gbédji a été sauvagement tué par des djihadistes, qui se sont ensuite enfuis vers le Burkina Faso voisin, avec les deux touristes français.

La dépouille du guide a été retrouvée trois jours plus tard, dans un état extrêmement détérioré par les vautours. "Nous avons encore plus mal parce qu'il n'a pas eu le droit à un sépulcre. Fiacre n'a même pas pu être enterré dignement", regrette son frère. "C'est triste".

Il faisait partie de la trentaine de guides accrédités pour conduire les touristes à travers ce parc de 4.700 km2, et était "l'un des meilleurs", précise le directeur de la Pendjari, James Terjanian, très touché lui aussi et ému par cette disparition. "On ne peut rien reprocher à son travail. C'est une perte énorme dans ce pays."

Il avait emmené les deux hommes le long de la rivière Pendjari, asséchée à cette période de l'année, "où il y a des mares et où les animaux viennent s'abreuver", relate l'un de ses collègues.

La rivière partage le Bénin, jusque-là épargné par tout risque terroriste et qui n'a jamais connu le moindre conflit dans son Histoire, et le Burkina Faso, pays lui aussi très fréquenté par les touristes européens, mais gangréné par les groupes djihadistes depuis quelques années.

"Une menace qui ne veut rien dire quand on ne la voit pas", poursuit l'un de ses collègues.

- Passion -

Fiacre Gbédji, d'une trentaine d'année, s'était tourné vers le tourisme dès la fin de ses études secondaires, "par passion", explique l'un de ses amis, qui ne souhaite pas décliner son identité. Il travaillait d'abord comme chauffeur, puis s'est spécialisé comme guide, dans la région de Natitingou et de la Pendjari, à plus de 650 kilomètres de la capitale économique, Cotonou.

"Son premier trait caractéristique c'est le don de soi pour les autres", poursuit son ami, qui le décrit comme quelqu'un de "très humble, très serviable, et très disponible".

Le quotidien La Libre Belgique lui a consacré un article, affirmant que "beaucoup de jeunes Belges et leurs professeurs le connaissaient” : à travers un projet baptisé Move With Africa, mis en place avec le journal, Fiacre Gbédji "faisait découvrir sa culture et son pays aux élèves venus dans une démarche d'éducation à la citoyenneté".

Il vivait dans une maison modeste de la petite classe moyenne, dans la grande ville de Nati, carrefour du nord du Bénin, pays réputé pour ses trésors touristiques.

- Hommages -

Père de six enfants, selon ses proches, il venait également en aide à un orphelinat avec le soutien de quelques amis touristes ou visiteurs de passage.

Twitter et Facebook ont multiplié les hommages cette dernière semaine et certains de ses anciens clients ont publié photos et videos sur lesquelles on peut voir l'homme poser à leurs côtés dans une grande complicité, ou faire la course avec eux dans le parc pour plaisanter. Une cagnotte a aussi été créée pour venir en aide à sa famille.

"Tout se passait toujours très bien et il ne récoltait que des mentions très bien", témoigne Adamou Akpana, président de l'Union des guides pour la destination Pendjari. "Ce n'est pas seulement sa famille et ses collègues qui pleurent, tous les touristes qui le connaissaient envoient des messages de compassion."

Patrick Pique et Laurent Lassimouillas avaient été mis en contact avec Fiacre Gbédji dans le dernier hôtel qu'ils avaient fréquenté.

"Je l'ai vu la dernière fois à la veille de son départ avec les deux touristes. Ils étaient à moto", relate M. Akpana. "On a échangé un peu comme à nos habitudes et ils sont partis après. Je n'ai pas vraiment échangé avec les deux touristes, on s'est juste salué."

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#GirlsGetEqual, une campagne digitale pour protéger les filles

L'ensemble des participants au lancement de la campagne digitale "Girls get equal", le 17 juin 2019 à Cotonou, Bénin. (VOA/Ginette Fleure Adande)

"Girls get equal" est le nom de la campagne en ligne lancée au Bénin le 17 juin et qui a débuté le 1er juillet pour une durée de six mois. Il s'agit de mettre fin aux inégalités entre filles et garçons et de promouvoir un changement de comportement pour le respect des droits des filles.

Six mois de campagne digitale pour l’égalité des filles est le nouvel engagement du Réseau ouest africain des jeunes femmes leaders (Roajelf) qui participe aux côtés de Plan International Bénin au mouvement mondial "Girls Get Equal".

Campagne contre les mariages précoces et forcés
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Il s’agit d’une action pour le changement des comportements dans les communautés encore assises sur de nombreux stéréotypes présentant la femme comme inférieure.

Cette campagne a notamment pour objectif de sensibiliser les populations sur les actes et autres propos dégradants qui favorisent les inégalités entre filles et garçons.

Pour la présidente du Roajelf, cette campagne était plus que nécessaire quand on sait que les inégalités commencent dès le bas âge. Marielle Degboé a surtout insisté sur les facteurs socioculturels, qui sont de véritables obstacles à la réussite totale des actions menées par l'organisation.

"Nous ne sommes pas forcément différents et nous sommes tous humains", souligne-t-elle. "Lorsqu'on arrive à porter ce regard sur la jeune fille que nous sommes ou les jeunes filles avec qui nous travaillons, on n'a pas besoin de faire remarquer que l'inégalité soit flagrante même si les traditions culturelles ne nous favorisent pas toujours".

Lancement de la campagne digitale "Girls get equal", 17 juin 2019 à Cotonou, Bénin. (VOA/Ginette Fleure Adande)
Lancement de la campagne digitale "Girls get equal", 17 juin 2019 à Cotonou, Bénin. (VOA/Ginette Fleure Adande)

​Les six mois de campagne digitale permettront au Roajelf d’engager toutes les couches sociales, à commencer par les jeunes, à travers les différentes plateformes les plus utilisées.

Les thématiques d’engagement iront des violences à l’école aux grossesses non désirées en passant par le mariage précoce, la déscolarisation, la traite des personnes, les abus sexuels sur mineurs, la question des menstruations et l’épanouissement et le bien être des filles.

Selon Plan International Bénin, cette campagne est une opportunité à saisir pour que la chance de se faire valoir soit donnée aux filles .

Paul Karl Frederick, représentant résidant de Plan International Bénin, soutient qu'il est temps "de donner une nouvelle opportunité et surtout d'établir de nouvelles règles, créer une terre nouvelle qui permet la participation des filles au Bénin, à la Cédéao, dans mon pays en Haïti ou encore dans d'autres parties du monde".

Première affiche de la campagne, 17 juin 2019 à Cotonou, Bénin. (VOA/Ginette Fleure Adande)
Première affiche de la campagne, 17 juin 2019 à Cotonou, Bénin. (VOA/Ginette Fleure Adande)

​Depuis sa création il y a dix ans, le Roajelf s'est donné pour objectif de contribuer à l'épanouissement de la femme au sein de la société. Cette campagne digitale s'inscrit dans cette logique.

"La campagne digitale 'Girls get equal' vient à point nommé pour situer la jeune fille de par son développement", souligne Tamia Koko, représentants du Roajelf en Côte d'Ivoire.

"Ensemble, nous allons réfléchir sur les différentes thématiques qu'on voudrait aborder dans le cadre de cette campagne", précise Irmine Ayihounton, représentante du Roajelf au Bénin, ajoutant espérer qu'elle permettra "réellement d'améliorer les conditions de la jeune fille dans l'espace Cédéao".

Les réalités socio-culturelles ne facilitent pas le combat et les critiques se font aussi sur certaines stratégies adoptées par les associations de défense des droits des filles et des femmes.

Le sociologue Moulero Amouzouvi estime que "dans cette lutte qui est un processus de longue haleine, le problème n'est pas de dire 50%, égalité, parité. Responsabiliser la femme aujourd'hui est le seul moyen pour elle de s'imposer à l'homme".

Plusieurs hashtags sont créés pour booster la campagne qui vise à dénoncer toute forme de sexisme et à plaider pour l’égalité des filles, comme notamment #GirlsGetEqual, #Notdifferent ou encore #Roajelf4GirlsRights.

Plan International Bénin et le Roajelf disent espérer que cette campagne digitale "Girls get equal" parviendra à repousser les inégalités dont sont victimes les filles.

Lionel Zinsou écarté pour 5 ans

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Lionel Zinsou inéligible pour 5 ans

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Lionel Zinsou inéligible pour 5 ans à toutes les élections

Lionel Zinsou à Cotonou pendant la campagne pour les présidentielles de 2016. (VOA)

Lionel Zinsou, ancien premier ministre de Boni Yayi et ancien candidat aux élections présidentielles inéligible pour 5 ans à toutes les élections au Bénin.

Le verdict est tombé vendredi 2 août 2019. L'ex-premier ministre béninois et candidat à la présidentielle de 2016 est frappé d'inéligibilité pour une période de 5 ans à toutes les élections au Bénin.

Il écope aussi de six mois d’emprisonnement assorti de sursis et d'une amende de cinquante millions de francs CFA.

Le juge en charge du dossier à l’audience ouverte vendredi matin a déclaré "recevable l'action du ministère public contre Lionel Zinsou et le retient dans les liens de la prévention d’usage de fausse attestation ou de certificat falsifié et de dépassement de dépense de campagne".

Lionel Zinsou s'apprêtant à voter à Cotonou, le 20 mars 2016. (VOA)
Lionel Zinsou s'apprêtant à voter à Cotonou, le 20 mars 2016. (VOA)

À la suite de ce verdict, les voix s'élèvent déjà à travers des communiqués pour fustiger "cette volonté du pouvoir à bâillonner toutes les voix de l'opposition".

Albert Tévoédjrè, ancien médiateur de la république pense "que rien de ce qui se passe aujourd'hui ne respecte l'esprit de la conférence nationale dès février 1990".

"Les hommes passeront mais le Bénin restera", a-t-il précisé regrettant que les bras capables de construire le pays soient exilés, contraints à ne plus revenir chez eux.

Lionel Zinsou, qui vit en France actuellement, dispose de quinze jours pour faire appel.

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Campagne contre les mariages précoces et forcés

Les membres de l'association des femmes juristes du Bénin, à Cotonou, le 29 juillet 2019. (VOA/Ginette Fleure Adandé)

Au Bénin, le mariage des enfants est toujours une pratique courante. Pour combattre ce phénomène, l'Association des femmes juristes du Bénin multiplie les campagnes de sensibilisation pour diminuer le nombre de mariages forcés dans les zones reculées du pays.

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Cécile est âgée de 14 ans. Elle a trouvé refuge auprès des sœurs salésiennes à Cotonou après avoir échappé à la stricte surveillance de son mari âgé de 51 ans.

"C'est mon oncle chez qui je vivais qui m'a donnée en mariage à un de ses amis", confie-t-elle.

Il lui demande de l'accompagner à l'église. Alors qu'ils partent, trois personnes sortent de nulle part pour lui saisir la main. Elle ne se rappelle pas très bien de la suite, sauf son réveil dans une case qu'elle ne reconnaît pas.

Elle voit l'ami de son oncle qui lui balance : "Tu es devenue ma femme". Son oncle a déjà pris la dot.

"Il a dit pour sceller le mariage qu'il doit coucher avec moi. Je lui ai dit que je suis vierge, que je ne pourrai pas faire une chose pareille mais deux personnes m'ont immobilisée et il m'a violée", raconte-t-elle. "Sa première femme m'a aidée à fuir de la maison".

De nombreuses jeunes filles sont ainsi données en mariage forcé à travers tout le Bénin comme dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest. Les chiffres sont assez révélateurs.

Trois filles sur dix sont mariées peu après leurs premières menstrues, 3,7 d’entre elles sont envoyées dans un domicile conjugal avant l'âge de 18 ans. Souvent, dans les campagnes, lorsqu’on n’est pas mariée à 18 ans, on est considérée comme une vieille fille rejetée dans le village à cause de tous les préjugés.

Ghislaine Bokovo, commissaire de police et responsable de l'Office central des mineures, de la famille et de la répression de la traite des êtres humains, explique que "la sensibilisation a trop duré, il faut sanctionner pour montrer l'exemple".

La valeur d'une fille : Khadijah, mariée à l'âge de 13 ans
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Même si la loi punit le mariage forcé au Bénin, plusieurs paramètres empêchent la répression et la pratique continue en toute impunité.

"La victime dira qu'elle ne peut pas emmener ses parents devant la justice", explique Maître Marie Élise Gbedo de l'Association des femmes juristes. "Dans les deux familles, c'est la loi du silence puisque ce sont les familles qui ont décidé du rapt de la fille et du mariage forcé. Donc personne n'en parle. Personne ne veut dénoncer personne."

Face à ces difficultés, pour faire respecter la loi, beaucoup estiment que pour combattre la pratique, il faut sensibiliser et associer les chefs religieux et coutumiers.

Face à l’ampleur du phénomène, les artistes aussi sont mobilisés. Pour Sessimè, ambassadrice itinérante de l'Unicef, le respect de la tradition ne saurait servir d'excuse à la violation des droits des enfants.

"Nos mœurs, nos traditions ont des carences qui ne servent pas la femme, la fille. Les filles souffrent, elles doivent aller à l'école, elle doit être émancipée. C'est une très belle cause et je m'investis et m'engage à fond pour la défendre".

C’est donc une longue course d’obstacles, mais le Bénin espère de venir à bout du mariage des enfants d'ici 2030.

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