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La tension monte au Nigeria où les manifestations contre les brutalités policières se poursuivent

Des gens brandissent des banderoles alors qu'ils manifestent dans la rue pour protester contre les brutalités policières à Lagos, au Nigeria, le jeudi 15 octobre 2020. (AP Photo/Sunday Alamba)

Des jeunes Nigérians en colère continuent de rester dans les rues malgré la dissolution de l’unité de la police chargée de la répression de vols. Des manifestations contre la brutalité policière se sont intensifiées au cours de la semaine, multipliant les demandes de réformes.

Mobilisés via les réseaux sociaux, les rassemblements dirigés par des jeunes dans plusieurs régions du pays ont initialement ciblé la Brigade spéciale fédérale de lutte contre les vols (SARS), une unité de police notoire longtemps accusée de harcèlement, d'extorsion et d'exécutions extrajudiciaires.

Le gouvernement a annoncé une série de mesures, y compris la dissolution de l'unité de police redoutée, ainsi que la libération des personnes arrêtées pendant les manifestations.

Femi Adeshina, le porte parole du président nigérian, souligne que "depuis le début de ces manifestations, des décisions sont en train d’être prises aux différents niveaux et le président a reconnu que leurs demandes sont légitimes et que la dissolution de SARS est la première étape d’une série de reformes qui viendra".

Cependant, l'annonce n'a pas répondu aux attentes de nombreux manifestants, qui se sont depuis engagés à continuer de lutter pour la fin des violences policières et une refonte complète de l'appareil de sécurité.

Des centaines de manifestants à travers le pays affirment qu'ils resteront dans les rues jusqu'à ce que le gouvernement mette fin aux exactions policières.

"Notre problème est très simple", lance Nike Fowowe​, un manifestant. "Il faut satisfaire nos demandes et faire accompagner cela par une action concrète. Donnez-nous une loi votée par le parlement et un décret de l'exécutif pour que les Nigérians voient qu'il y aura une implémentation", précise-t-il.

A Lagos, les manifestants exigent la fin des brutalités policières
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L'inspecteur général des services de police, Mohammed Adamu, a annoncé la formation d'une nouvelle unité spéciale (SWAT) pour remplacer la défunte SARS. Il a précisé qu'aucun ancien membre de SARS ne serait recruté dans la nouvelle équipe.

Une décision qui n’a pas particulièrement convaincu la jeunesse.

Même des experts ont émis des doutes. C'est le cas d'Aphram Amakulor, un ancien inspecteur général-adjoint des services de police du Nigeria. "Je pense que l’idée de créer SWAT ne résout pas le problème. C’est un problème qui doit être une préoccupation du parlement fédéral. Depuis plusieurs années ils tentent de mettre en place une police de proximité. Le gouvernement doit revoir la structure de l'appareil sécuritaire".

Des manifestants bloquent une route à Lagos, au Nigeria, le mardi 13 octobre 2020. (AP Photo/Sunday Alamba)
Des manifestants bloquent une route à Lagos, au Nigeria, le mardi 13 octobre 2020. (AP Photo/Sunday Alamba)

Dans une déclaration mercredi, l'armée a promis sa loyauté au président Muhammadu Buhari et a déclaré qu'elle était prête à soutenir l'autorité civile pour faire respecter la loi et maintenir l'ordre.

Une déclaration qui a été perçue comme une menace voilée par les manifestants qui souhaitent des réformes profondes. Des membres de la société civile se sont aussi alarmés.

"Quoi qu'il arrive, les forces armées ne doivent pas s'impliquer dans les problèmes de société entre civils", a avertit Ebun Olu Adegboruma, avocat au barreau nigérian.

Vendredi, des manifestants ont bloqué une partie de la voie express Lagos-Ibadan, provoquant un embouteillage, selon le quotidien The Punch.

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En 10 jours, 49 prisonniers égyptiens ont été exécutés, selon Human Rights Watch

Un accusé en cage dans une salle d'audience de la prison de la Torah, dans le sud du Caire, en Égypte, le 22 août 2015.

L'Egypte a procédé à 49 exécutions en 10 jours en octobre, selon un décompte publié par Human Rights Watch jeudi, qui réclame aux autorités égyptiennes "l'arrêt immédiat" des mises à mort.

L'organisation de défense des droits humains, qui se fonde notamment sur des informations publiées dans les journaux pro-gouvernementaux, précise que "le gouvernement n'annonce habituellement jamais les exécutions, ni n'en informe les familles des prisonniers".

Parmi les personnes exécutées figurent 15 hommes accusés d'être impliqués dans trois affaires distinctes de violences politiques, précise HRW dans son communiqué.

Trois d'entre eux sont accusés d'avoir été impliqués dans l'attaque violente en 2013 d'un commissariat de Kerdassa, une banlieue du Caire réputée être un fief islamiste, selon HRW qui cite le Al-Shehab Center for Human Rights.

Dix autres ont été jugés coupables d'attaques revendiquées par le groupe jihadiste Ajnad Masr en 2014-2015, et deux autres pour une violente manifestation à Alexandrie en 2013.

Parmi ces 15 condamnés, 13 étaient détenus dans une prison cairote, qui a été le théâtre en septembre d'un incident violent au cours duquel quatre prisonniers et quatre gardiens ont été tués.

"L'habitude des autorités égyptiennes d'exécuter des détenus du couloir de la mort après des attaques contre des forces de sécurité rend l'arrêt des exécutions encore plus urgent", estime dans le communiqué Joe Stork, directeur adjoint pour le Moyen Orient et l'Afrique du Nord pour HRW.

Parallèlement, HRW rapporte que parmi les 34 autres personnes exécutées, dont deux femmes, certaines étaient accusées de faits criminels, comme des meurtres et des viols.

L'organisation estime que sous la présidence d'Abdel Fattah al-Sissi, élu en 2014, l'Egypte est devenue l'un des 10 pays pratiquant le plus les peines capitales.

A Lagos, une personne décède

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Lagos en ébullition, calme précaire à Abuja

Des jeunes manifestants bloqeunt les principaux acces au centre ville d'Abuja, Nigeria, le 21 octobre 2020. (VOA/Gilbert Tamba)

L’armée est accusée de tirer à balles réelles sur les manifestants à Lagos. Le bilan annoncé mercredi est lourd: on parle de 41 morts. Certaines compagnies aériennes comme Delta et Kenya Airways ont annoncé l’annulation de leurs vols sur le Nigeria.

La journée du mardi aura été la journée la plus meurtrière depuis que les manifestations contre les violences policières ont commencé le 8 octobre au Nigeria.

Des milliers de Nigérians, notamment des jeunes, descendent chaque jour dans les rues pour protester contre le gouvernement fédéral.

"Ils utilisent des gaz lacrymogènes contre nous. Nous avons faim. Nous n’avons pas d’argent pour payer nos frais de scolarité. Les femmes souffrent et cela fait longtemps que nous souffrons", dénonce une manifestante en colère​.

A Lagos, les violences ont repris, les manifestants ont été dispersés par des coups de feu, une station de télévision appartenant à une personnalité du parti au pouvoir a été incendiée ainsi que la maison de la mère du gouverneur de Lagos, entre autres. Ces incidents surviennent en réponse à une attaque attribuée à des éléments de l’armée nigériane contre les manifestants sur un péage de la capitale économique faisant plusieurs blessés, selon des témoins.

Des policiers arrêtent un manifestant au péage de Lekki à Lagos, au Nigeria, mercredi 21 octobre 2020.
Des policiers arrêtent un manifestant au péage de Lekki à Lagos, au Nigeria, mercredi 21 octobre 2020.

Une enquête est ouverte pour tenter de déterminer qui a donné l’ordre de tirer sur les manifestants.

Le gouverneur de l’Etat, Babajide Sanwo-Olu, a pris la parole pour appeler au calme. "Je lance un appel à nos citoyens, particulièrement nos jeunes: je suis pour vous, je suis avec vous. Je ressens votre peine et je comprends que vous n’êtes pas contents de ce qui s’est passé hier nuit. Je veux vous dire encore une fois qu’en tant que votre gouverneur je ferai tout pour assurer que chaque vie compte".

A Abuja, c’est un calme précaire qui règne. Beaucoup de résidents de la capitale fédérale ont préféré rester chez eux.

Le bilan des manifestations est lourd au lendemain de ce qu’on pourrait appeler un mardi noir: on parle de 41 morts au moins dans les Etats de Lagos, Abuja, Kano et Ibadan. Des commissariats de police mis à sac dans plusieurs endroits. Des véhicules incendiés à Abuja comme dans beaucoup d’autres Etats.

Le gouvernement fédéral est critiqué pour la manière avec laquelle il gère la situation depuis le début.

Selon le quotidien Punch, l'ancien président Olusegun Obasanjo a appelé le président Muhammadu Buhari à "empêcher les militaires et autres agences de sécurité d'utiliser la force brute comme moyen de mettre fin à la crise".

Le conseiller du président nigérian sur les affaires du Delta du Niger, Ita Enang, appelle les manifestants à la table des négociations.

"Je joins ma voix pour demander à tous les Nigérians qu’il est temps de quitter les rues. Vous avez toujours le droit de protester dans le respect de la loi, mais il est temps de venir à la table de négociations pour qu’ensemble nous parlons des problèmes en question", a-t-il dit.

La situation reste tendue et 9 Etats sur les 36 ont décrété un couvre-feu pour restaurer le calme. Certains Etats ont aussi constitué des commissions d’enquête pour faire le point sur les crimes commis par la brigade SARS, une des demandes des manifestants.

L'aéroport de Lagos paralysé par les manifestants
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Tirs contre une manifestation pacifique à Lagos, bilan des victimes très controversé

Des manifestations contre la violence policière à Lagos, au Nigeria, le 20 octobre 2020.

L'attaque de manifestants pacifiques mardi soir à Lagos, la capitale économique du Nigeria, par des hommes armés n'a fait "aucun mort" a assuré le gouverneur de l'Etat, avant d'effacer son tweet, et de reconnaître qu'une "personne" est morte dans un des hôpitaux où ont été acheminés les blessés.

"Des informations nous parviennent de l'hôpital de Reddington, selon lesquelles une vie a été perdue en raison d'un trauma à la tête", a affirmé le gouverneur Babajide Sanwo-Olu, affirmant qu'il s'agissait d'un "cas isolé".

Il a assuré que les autorités enquêtaient pour déterminer si la victime faisait partie des manifestants contre les violences policières, qui ont mué en une contestation inédite contre le régime et la mauvaise gouvernance.

Un peu plus tôt, il avait tweeté que la répression sanglante contre les quelque 1.000 manifestants mardi soir au péage de Lekki n'avait "pas fait de morts", contrairement aux affirmations des témoins et d'Amnesty International assurant qu'il y a "plusieurs" victimes, sans pouvoir pour l'heure confirmer leur nombre exact.

Plus de 1.000 manifestants rassemblés pacifiquement sur à ce péage à Lagos avaient été dispersés mardi soir par des tirs à balles réelles, après l'entrée en vigueur d'un couvre-feu total imposé pour éteindre le mouvement de contestation populaire qui gagne le pays depuis plus de 10 jours.

Contactée par l'AFP, l'armée nigériane n'avait pas encore réagi mercredi. Mais sur Twitter, elle a nié être à l'origine de cette fusillade, en publiant des captures d'écran d'articles accusant les militaires d'être responsables estampillées de la mention "Fake News".

L'aéroport de Lagos paralysé par les manifestants
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Le siège d'une station de télévision incendié

Le siège de TVC, une station de télévision privée connue pour ses liens avec un éminent politicien nigérian, a été incendié à Lagos, selon son directeur.

"Des criminels ont attaqué le bâtiment à 9h30 avec des cocktails molotov, et tout notre siège est toujours en feu", a expliqué Andrew Hanlon, le directeur de la chaîne de télévision, présentée comme proche de Bola Tinubu, éminent politicien du parti au pouvoir et ancien gouverneur de Lagos.

Guterres appelle à la fin des "brutalités" policières

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a appelé à "la fin des brutalités et des abus policiers au Nigeria", après la répression, qui a fait au moins une vingtaine de morts, des manifestations d'une ampleur inédite contre le régime.

Antonio Guterres "exhorte les forces de sécurité à faire preuve en permanence d'un maximum de retenue tout en appelant les manifestants à protester pacifiquement et à se retenir de tout acte de violence", a fait valoir son porte-parole Stephane Dujarric dans un communiqué.

La police disperse une manifestation avec des gaz lacrymogènes à Abuja

La police disperse une manifestation avec des gaz lacrymogènes à Abuja
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