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La Suisse inculpe pour la première fois un Libérien pour crimes de guerre


L'ancien président libérien Charles Taylor lors de son procès devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone à Leidschendam, le 8 février 2011.
L'ancien président libérien Charles Taylor lors de son procès devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone à Leidschendam, le 8 février 2011.

Les procureurs suisses ont annoncé mardi une inculpation sans précédent pour crimes de guerre contre un Libérien accusé de meurtre et de viol lors de la première des deux guerres civiles consécutives que ce pays d'Afrique de l'Ouest a connues.

Les enquêteurs ont également examiné une douzaine d'autres dossiers pour "crimes de guerre, génocide et/ou crimes contre l'humanité", ont ajouté les procureurs du ministère public de la Confédération (MPC).

Le MPC a souligné avoir pour la première fois présenté un "acte d'accusation en matière de droit pénal international" au tribunal pénal fédéral. "Le suspect est accusé de violations des lois de la guerre en tant que membre d'une faction militaire dans le contexte du conflit armé interne qui a eu lieu au Liberia entre 1989 et 1996".

L'homme est soupçonné d'avoir été un ancien commandant du Mouvement uni de libération du Liberia pour la démocratie (Ulimo), a ajouté le MPC, sans identifier le suspect.

Le Liberia, la plus ancienne république d'Afrique, a été dévastée par deux guerres civiles qui ont fait environ 250.000 morts entre 1989 et 2003.

L'Ulimo a été créé pour combattre une force rebelle dirigée par le seigneur de guerre Charles Taylor, devenu président. M. Taylor purge une peine de 50 ans de prison pour avoir aidé et encouragé des rebelles qui ont commis des atrocités en Sierra Leone voisine.

Le MPC a indiqué avoir reçu un certain nombre de plaintes de ressortissants libériens à la mi-2014 contre le suspect.

Ils ont accusé l'homme d'avoir commis ou ordonné des meurtres, un viol et d'autres actes "visant à asservir et terroriser la population du comté de Lofa entre 1993 et 1995".

Une fois que les autorités ont déterminé que l'homme se trouvait en Suisse et y vivait depuis plusieurs années, elles ont ouvert une enquête pour crimes de guerre contre lui.

Bien que le MPC n'ait pas voulu confirmer le nom de l'homme, certains éléments de l'affaire indiquent qu'il s'agit d'Alieu Kosiah, un ancien commandant rebelle libérien soupçonné de crimes de guerre arrêté en Suisse début 2015.

L'enquête de près de cinq ans a été rendue "particulièrement complexe en raison du manque de coopération du Libéria" et parce que les crimes allégués ont été commis des années auparavant.

Le MPC a finalement déposé l'acte d'accusation le 22 mars, accusant l'homme d'avoir ordonné ou d'avoir participé à l'assassinat de civils et de soldats qui n'étaient pas en situation de combat.

L'acte d'accusation allègue également qu'il a "profané le corps d'un civil défunt, violé une civile, ordonné le traitement inhumain de civils, recruté et utilisé un mineur comme enfant soldat, ordonné plusieurs pillages et ordonné et/ou participé à des transports forcés de biens et de munitions par des civils".

Depuis 2011, le MPC a reçu plus de 60 dossiers impliquant des allégations de crimes de guerre, de génocide et de crimes contre l'humanité, mais la plupart n'ont pas respecté les exigences légales et ont dû être abandonnés. Une douzaine d'enquêtes pénales sont encore en cours sur "les crimes de guerre, le génocide et/ou les crimes contre l'humanité".

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