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La politique nigériane, ce "grand théâtre" qui inspire les réalisateurs de Nollywood

Le président nigerian Muhammadu Buhari, au moment de jeter son bulletin de vote dans l'urne lors de la dernière présidentielle, à Daura, dans l'éta de Katsina, le 23 février 2019.

Alliances, trahisons, assassinats, magie noire (parfois), argent (toujours) et coups de théâtre inattendus, tous les ingrédients d'un bon film de Nollywood sont là: "Je pourrais faire au moins 100 films inspirés de la politique nigériane", s'amuse le réalisateur Ike Nnaebue.

La dernière saga de l'élection présidentielle, prévue le 16 février puis reportée d'une semaine quelques heures avant l'ouverture des bureaux de vote, ne peut que lui donner raison.

Pendant une semaine, des rebondissements dignes des films d'espionnages les plus grossiers ont rythmé le quotidien du pays le plus peuplé d'Afrique: accusations de sabotage à grande échelle, achats de votes en masse, fourgons blindés remplis de billets de banque qui arrivent chez les responsables des partis politiques en pleine nuit, arrestation d'opposants par la police anti-corruption...

"C'est du cinéma tout ça et je pense qu'en tant que 'conteurs d'histoires', il en va de notre responsabilité de le raconter", confie à l'AFP le réalisateur. "C'est à nous de commencer le débat et de faire bouger les lignes".

Avec 190 millions d'habitants au Nigeria, et de plus en plus de spectateurs sur le continent africain ou parmi la diaspora, Nollywood est désormais la deuxième industrie cinématographique au monde en nombre de films produits (devant Hollywood et derrière les Indiens de Bollywood). Son impact est immense.

Dans "Dr Mekan", satire sortie en 2018, Ike Nnaebue raconte l'ascension politique d'un "repat", ces Nigérians qui ont grandi ou vécu longtemps à l'étranger et qui reviennent vivre dans leur pays d'origine, souvent déconnectés de sa réalité.

- Auto-critique -

"Il arrive à peine des Etats-Unis, avec plein de grandes idées et se porte candidat au poste de gouverneur de l'Etat d'Anambra", dans le sud-est du Nigeria, raconte le réalisateur. "Il a de bonnes intentions, mais il ne comprend pas les règles de la politique au Nigeria: la politique de l'estomac".

Dans une scène d'anthologie, le candidat à l'élection promet à une foule de partisans qu'il ambitionne de dynamiser l'agriculture dans l'Etat, et souhaite y développer les cultures du riz.

On l'acclame mais, peu à peu, le bruit court parmi la foule que son rival offre à manger dans son meeting de campagne, et tout le monde court pour aller chercher son sac de riz... importé de Chine.

Dans une autre scène, l'équipe du candidat distribue des billets de banque à la foule pendant que Dr Mekan, met en garde les jeunes contre "l'effet destructeur de l'argent sur les consciences".

"Les spectateurs rient devant ce film, c'est une auto-critique: de nos politiciens mais aussi de nous-mêmes", conclut le réalisateur. "Il faut que l'on commence à réaliser ce qui ne va pas dans notre pays pour le changer et Nollywood est un outil important".

C'est également ce qui a motivé Mike-Steve Adeleye en écrivant le scenario de son dernier film, "Code Wilo", sorti en avant-première à Lagos début mars.

- "Scénario écrit à l'avance" -

Lui n'a pas choisi l'humour mais l'action pour dénoncer ce qu'est devenue la politique nigériane, et notamment le principe des "parrains" qui adoubent ou détruisent les aspirants-candidats.

"En fait, on regarde la politique nigériane comme si on regardait un film. Les citoyens de ce pays sont des spectateurs de ce grand théâtre qu'est la politique", explique le réalisateur. "Le scenario est écrit à l'avance".

Dans son nouveau film, le parrain du parti au pouvoir d'un Etat nigérian annonce que sa fille sera candidate pour devenir le prochain gouverneur, sans même consulter sa base ou les électeurs.

"J'espère que la fin du film fera réfléchir les politiciens. Que ça les hantera et qu'ils commenceront à se poser des questions sur ce qu'ils font à notre pays", espère-t-il.

La culture de ce pays poids lourd de la culture en Afrique a longtemps été cantonnée à un rôle de divertissement. Mais depuis un ou deux ans, de nombreux artistes comme les rappeurs M.I. ou Falz font des tournées pour sensibiliser la jeunesse à voter ou à demander des comptes à leurs dirigeants, loin des clips de arrosés de champagne ou de voitures de luxe.

Les choses commencent à changer peu à peu sur la scène musicale mais au cinema "c'est toujours l'argent qui domine le marché. C'est bling bling et plastique", regrette Mike-Steve Adeleye. "On ne peut pas continuer comme ça. C'est de pire en pire. En tant qu'Africains nous avons une histoire à raconter, une histoire qui aura un impact sur la société."

Avec AFP

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Le harcèlement sexuel en milieu universitaire nigérian pourrait être passible de 14 ans d'emprisonnement

Le bâtiment principal de l’Université d’Abuja, le 9 juillet 2020. (VOA/Gilbert Tamba)

Le Sénat du Nigeria a adopté mardi un projet de loi sur le harcèlement sexuel, particulièrement dans l’enseignement supérieur, à la suite d’une enquête de la BBC qui avait révélé une mauvaise conduite de professeurs vis-à-vis des étudiantes au Nigeria et au Ghana.

Au Nigeria, il est désormais illégal pour les enseignants de faire des avances sexuelles aux étudiantes.

La nouvelle loi envoie un message clair aux auteurs de harcèlement sexuel en milieu universitaire: un professeur reconnu coupable d'avoir eu une relation sexuelle avec une étudiante pourrait être condamné à une peine pouvant aller jusqu'à 14 ans de prison.

La nouvelle est bien accueillie par Rose, une étudiante qui vient de terminer son cycle d’études supérieures à l’Université de Maiduguri, dans le nord-est du Nigeria. "Il y a certains professeurs d’université qui harcèlent leurs étudiantes. Certains menacent les étudiantes de les faire échouer lorsqu’elles refusent de coopérer", explique-t-elle.

Zanaib, une autre étudiante au sein de la même université, se souvient de l’expérience de deux de ses camarades de promotion.

"Je n’ai jamais été harcelée mais je connais beaucoup de femmes qui sont victimes. Deux de mes amies ont été victimes de harcèlement sexuel. La première n’avait pas le choix que d’abandonner les études. On lui a dit qu’ils n’ont pas retrouvé ces dossiers d’admission donc automatiquement qu’elle n’était pas une étudiante inscrite à l’université. Auparavant, son professeur avait fait du chantage", confie la jeune dame.

Le projet de loi sera dans les prochains jours à la Chambre des représentants. S'il est adopté, il sera par la suite envoyé au président Muhamadu Buhari pour promulgation.

Cependant, Faith Nwadishi, militante de droits humains au Nigeria, s'inquiète de son application.

"Il faut aussi une volonté politique pour son application. Sinon vous allez finir par retomber sur les gens qui sont intouchables", analyse l’activiste.

Le vice-président du Sénat, Ovie Omo-Agege, soutient ce projet de loi et se veut rassurant quant à son application. "selon les termes et les provisions du projet de loi que nous venons d’adopter, il n’y aura pas de discrétion pour le jugement. Tout ce qui est demandé est de prouver que le crime a été réellement commis", précise le législateur.

Le projet de loi a été présenté à l'origine en 2016, mais n'avait pas été adopté par les deux chambres du Parlement fédéral. Il a été réintroduit à la suite d’un documentaire de la BBC qui avait provoqué l'indignation face au harcèlement sexuel des étudiantes au Nigeria et au Ghana voisin.

Par la suite, quatre professeurs d’universités pris en flagrant délit ont été suspendus, même s'ils ont toujours nié les accusations.

Le mois dernier, à la suite d'une série de viols sur mineures, des manifestations ont eu lieu à travers tout le pays. Les manifestants ont réclamé justice pour les victimes de violences sexuelles basées sur le genre.

Les sénateurs sont d'accord. "Nous devons protéger nos filles contre les prédateurs", a déclaré le président du Sénat, Ahmed Lawan, cité par le quotidien Guardian.

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