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La participation à la coalition au Yémen remise en cause par Khartoum


Des soldats soudanais patrouillent à l'ouest de la ville portuaire côtière yéménite de Mokha, le 12 avril 2017.

Les appels à retirer les troupes soudanaises du Yémen, où elles interviennent dans le cadre de la coalition sous commandement saoudien, se multiplient à Khartoum depuis une embuscade meurtrière la semaine dernière dans le nord de ce pays en guerre.

Des dizaines de soldats soudanais ont été tués dans la province de Hajjah lors d'un guet-apens tendu par les rebelles que combattent les forces progouvernementales, soutenues par cette coalition militaire menée par Ryad.

Selon des sources militaires yéménites, il s'agit des plus importantes pertes militaires pour le Soudan depuis son déploiement au Yémen en 2015.

Khartoum n'a pas confirmé ces morts, ni la coalition sous commandement saoudien.

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Mais des photos montrant des corps présentés comme ceux de soldats tués dans cette attaque ont été postées sur les réseaux sociaux, soulevant des questions au sein de l'opposition au président Omar el-Béchir, arrivé au pouvoir en 1989 grâce à un coup d'Etat.

"Les gens se demandent ce que le Soudan retire de cette décision (d'envoyer des troupes au Yémen) et ils n'obtiennent pas de réponse", indique à l'AFP Ghazi Salaheddine. Cet ancien ministre d'Etat aux Affaires étrangères devenu un leader de l'opposition estime qu'il "n'y a pas d'objectif politique clair derrière" cette décision.

Selon lui, elle aurait en outre dû être soumise au Parlement mais "cela n'a pas été le cas".

Sur les réseaux sociaux, des militants ont eux aussi demandé le retrait des soldats soudanais du Yémen, où le conflit a fait près de 10.000 morts depuis 2015 et provoqué une catastrophe humanitaire majeure selon les Nations unies.

"Victimes du régime"

"Pourquoi menons-nous une guerre qui ne nous concerne pas ?", a écrit sur Facebook le militant Islam Saleh. "Ces hommes (les soldats tués, ndlr) sont les victimes du régime", a jugé le militant politique Mohamed al-Mahdi.

L'implication de Khartoum au sein de la coalition menée par l'Arabie saoudite et des ses alliés sunnites est le fruit d'un revirement de politique étrangère par le Soudan, après des années de liens avec l'Iran chiite, qui soutient les rebelles au Yémen.

La coalition a été lancée par Ryad pour contrer l'influence qu'elle prête à Téhéran sur les Houthis, qui contrôlent le nord du Yémen dont la capitale Sanaa, et restaurer l'autorité du gouvernement reconnu par la communauté internationale.

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"Depuis le début, ils (les dirigeants soudanais) ont présenté (l'engagement soudanais auprès de la coalition) comme une décision idéologique visant à protéger les lieux saints en Arabie saoudite", explique Khaled al-Tijani, rédacteur en chef du journal Elaff. "Mais je ne crois pas que ce soit le rôle du Soudan de protéger les lieux saints".

En outre, estime M. Tijani, le Soudan "ne reçoit pas assez" en retour de sa participation à la coalition.

L'Egypte, qui en fait partie mais n'a pas déployé de troupes au sol, a reçu la visite de dirigeants saoudiens, dont le prince hériter Mohammed ben Salmane qui a promis des investissements massifs. Mais personne ne s'est déplacé à Khartoum.

Ryad "a aidé l'Egypte (...) mais le Soudan n'a rien reçu. Les gens voient cela comme une forme de discrimination," explique M. Tijani.

La semaine dernière, le président Béchir a réaffirmé son engagement envers la coalition sous commandement saoudien, "jusqu'à ce qu'elle parvienne à son noble objectif".

"Le gouvernement soudanais ne veut pas admettre son échec", juge Khaled al-Tijani. "Mais l'échec est patent sur le terrain".

Avec AFP

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