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La fiction populaire défie les tabous d'une Egypte puritaine

Lors d'un festival du film à Hurghada, en Egype, le 22 septembre 2017.

A la télévision ou sur grand écran, la fiction populaire en Egypte défie les tabous sur les relations femmes-hommes ou l'émancipation des jeunes, dans une société où règne un puritanisme rampant.

Des années 1950 aux années 1970, le cinéma égyptien, alors l'un des plus important au monde, portait aux nues des personnages féminins au tempérament fort et filmait des scènes d'amour qui n'avaient rien à envier aux productions occidentales de l'époque.

"Les choses ont commencé à changer dans les années 1980 avec la régression de la société" sur les moeurs, explique à l'AFP le célèbre critique Tarek El Shenawi.

Sous l'influence grandissante des Frères musulmans et des pays du Golfe, le conservatisme s'est progressivement répandu au sein de la société égyptienne.

Certains jeunes réalisateurs proposent toutefois d'audacieuses productions qui, tout en suscitant l'intérêt du public, déchaînent les critiques des gardiens de la "bonne" morale.

>> Lire aussi : En Egypte, les artistes sous la férule de l'Etat

Avec son film "Balash Tebosni" (Ne m'embrasse pas), une comédie sortie fin février, le réalisateur Ahmed Amer tourne en dérision le tabou du baiser dans le cinéma égyptien actuel.

"La comédie permet aux gens de mieux accepter ce thème", a déclaré M. Amer à l'AFP. "La société fait pression sur les artistes car elle est plus conservatrice qu'eux", estime-t-il.

Dans ce long-métrage "réservé aux adultes", un jeune réalisateur peine à tourner une scène de baiser face à la réticence opiniâtre de son actrice principale qui se dit pieuse.

Yasmin Raeis, qui campe ce personnage, se souvient de son enfance où elle regardait "tout à fait normalement" des films avec des scènes de baiser. "Puis, quand j'ai grandi, les gens disaient que ce n'était pas une chose à faire", raconte-t-elle à l'AFP.

Désormais, la fiction égyptienne fait la part belle aux thrillers et films d'action. "On devrait condamner la violence, pas la romance", déplore ainsi l'actrice.

Clivage générationnel

Mais si les pistolets se font plus présents dans les "Mosalsalat", les séries télévisées, certaines comédies familiales osent s'attaquer aux tabous de la société, à l'instar d'une partie de la jeunesse du pays.

Visionnée par des centaines de milliers de spectateurs sur YouTube, la série "Sabaa Gar" (Septième voisin), dont la saison 2 est actuellement diffusée par la chaîne privée de divertissement CBC, est accusée par ses détracteurs de corrompre la jeunesse.

Une célibataire vivant seule et menant une vie sentimentale hors mariage, une jeune fille qui fume du tabac et du haschich en cachette: "Sabaa Gar" dévoile un clivage générationnel entre des jeunes qui revendiquent des choix individuels et leurs aînés davantage attachés aux strictes normes de la société.

Le but n'était pas de susciter la polémique, assure à l'AFP Heba Yousry, coréalisatrice de la série. Mais celle-ci a permis "aux gens de se rapprocher et de savoir comment la nouvelle génération pense", se réjouit-elle.

La série évoque ainsi les frustrations d'une sémillante jeune femme d'affaires qui rêve d'enfant sans vouloir partager sa vie avec un homme. Elle conclut donc un pacte avec un collègue: se marier dans le seul but de procréer puis divorcer. Un thème qui avait déjà fait le succès de la comédie populaire "Bashtery Ragel" (J'achète un homme) sortie en salles en février 2017, le jour de la Saint-Valentin.

Mais sur les plateaux de tournages comme dans la société, le conservatisme est tenace: de nombreuses actrices refusent les scènes de baiser ou les rôles jugés peu moraux, au nom d'un "cinéma propre", selon le jargon du milieu. Certaines ont même décidé de se retirer du septième art pour des raisons religieuses.

L'Etat lui-même aime se présenter comme le garant de la morale. Sous le régime autoritaire du président Abdel Fattah al-Sissi, la répression au nom des bonnes moeurs s'est renforcée, en particulier à quelques semaines de la présidentielle pour laquelle sa réélection semble assurée.

La version locale de l'émission américaine Saturday Night Live a été suspendue le mois dernier pour "violation des normes morales".

Deux chanteuses peu connues ont récemment été condamnées à de la prison ferme pour "incitation à la débauche" après s'être affichées dans des clips vidéos très suggestifs.

Avec AFP

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Le sortant Azali grandissime favori de la présidentielle aux Comores

Le président des Comores, Azali Assoumani, arrive à un bureau de vote lors du référendum constitutionnel, à Mitsoudje, près de Moroni, Comores, le 30 juillet 2018

Le président du petit archipel des Comores Azali Assoumani sollicite dimanche son maintien à la tête du pays dans un scrutin lourd de tensions avec l'opposition, qui l'accuse de dérive autoritaire et redoute un "hold-up électoral".

Au pouvoir depuis 2016, M. Azali, 60 ans, fait figure de grandissime favori au terme d'une campagne qu'il a écrasée de tous les moyens de l'Etat.

Sûr de sa force, le chef de l'Etat sortant a rassemblé vendredi plusieurs milliers de personnes dans la capitale Moroni autour du slogan "un seul jour, un seul tour, un seul homme". "Nous gagnerons cette élection dès le 24 mars", a-t-il assuré à ses partisans.

"Il a une vision pour le pays, lui seul est capable d'offrir un avenir meilleur à tous", s'est enthousiasmée une de ses fidèles, Fatoumia Alibazi, chapeau bleu à larges bords aux couleurs de son champion sur la tête.

La machine Azali s'est mise en marche avec la réforme constitutionnelle approuvée par référendum l'an dernier.

Très controversée, elle a étendu d'un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée successivement à chacune des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan).

Ce système a donné un coup de canif au fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d'Etat à répétition qui agitaient l'archipel depuis son indépendance en 1975.

- 'Mascarade' -

L'opposition a hurlé au loup mais rien n'y a fait. Au contraire. M. Azali a riposté à la contestation en embastillant nombre de ses détracteurs, à commencer par son ennemi de toujours, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, accusé de corruption.

Sur sa lancée, l'ex-putschiste, élu en 2016, a remis son quinquennat en jeu dès cette année. En cas de succès, il pourrait garder les rênes du pays jusqu'en 2029.

L'opposition espère bien l'en empêcher. Mais, prise de cours par l'accélération du calendrier politique, elle s'est lancée dans la bataille en ordre dispersé. Et la Cour suprême l'a encore fragilisée en écartant quelques-uns de ses champions de la route du président.

Patron de l'Union de l'opposition, l'ancien vice-président Mohamed Ali Soilihi a été interdit de scrutin. Assigné à résidence, il ne décolère pas.

"Cette élection est une grosse mascarade", se lamente-t-il. "Le scénario est écrit d'avance: le 24 mars au soir, il y aura une déclaration de victoire (d'Azali Assoumani) au premier tour, c'est un passage en force."

C'est l'antienne reprise par tous les adversaires du président. "Tout le monde est contre lui, si le scrutin est transparent, il ne peut pas gagner", assure lui aussi le candidat du parti Juwa, l'avocat Mahamoudou Ahamada, 48 ans. "Azali n'a d'autre choix que de voler les élections".

Plus que la crainte de fraudes, les partisans de l'opposition reprochent au pouvoir sortant la pauvreté persistante de la population et le train de vie des dirigeants du pays.

- 'Plus que Macron' -

"Tu ne peux pas m'expliquer que je vais avoir une vie sans électricité, sans eau. C'est pas possible", se lamente Mahmoud Mze, chômeur de 48 ans. "Et lui (M. Azali), il gagne 34.000 euros par mois, plus que (le président français Emmanuel) Macron. Ca ne va pas !"

Privée par la réforme de présidence tournante en 2021, l'île d'Anjouan, la plus pauvre de l'archipel, bouillonne.

En octobre, des civils armés hostiles au président ont fait le coup de feu avec l'armée pendant six jours à Mutsamudu, la capitale de l'île, avant de s'évaporer mystérieusement dans la nature.

En campagne à Anjouan, le colonel Soilihi Mohamed, dit "Campagnard" pour ses origines rurales, a mis en garde contre les risques d'un passage en force du président.

"Le peuple va s'exprimer par une révolution dans les urnes", prédit l'ancien officier, aussi raide que le sortant est bonhomme. Mais "si jamais le président tente de faire autrement, on risque une révolution populaire".

La menace fait sourire le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou, qui promet "la transparence totale".

"Il y a trop de mensonges de l'opposition, notre pays n'est pas une dictature", déclare le secrétaire général de la Mouvance présidentielle, Ali Mliva Youssouf.

Plus de 800 observateurs de la société civile comorienne, financés par l'Union européenne (UE), sont annoncés dans les 731 bureaux de vote du pays pour garantir la régularité du scrutin. Les premiers résultats sont attendus lundi.

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