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En Egypte, les artistes sous la férule de l'Etat

  • VOA Afrique

Une exposition d'artistes égyptiens au centre culturel du Caire, en Egypte, le 23 octobre 2017.

Salles obscures, scènes de concert ou spectacles de rue, les autorités égyptiennes observent à la loupe le moindre espace culturel, imposant parfois de lourdes restrictions.

Jadis phare culturel du monde arabe, l'Egypte, contrôlée d'une main de fer par le président Abdel Fattah al-Sissi, soumet les artistes à une censure qui tend à s'amplifier.

Projeté dans 60 pays et 91 festivals, fort de plus de 10 récompenses internationales, "Les derniers jours d'une ville" n'a pas obtenu de visa d'exploitation en Egypte.

"Cela (...) ne vient pas, cela me tue", confie son réalisateur Tamer el-Saïd.

Le tournage du film, consacré en grande partie à la capitale égyptienne, s'est achevé six semaines avant la révolution du 25 janvier 2011 qui a provoqué la chute du dictateur Hosni Moubarak et plongé l'Egypte dans l'instabilité politique.

"Le film essaie de capturer ce sentiment que nous avions avant la révolution, que quelque chose d'énorme allait arriver", raconte M. Saïd.

Le réalisateur a demandé une licence en octobre 2016. L'autorité égyptienne de la censure l'a inondé de demandes de documents puis a finalement cessé de répondre à ses appels.

Après avoir initialement accepté de répondre à l'AFP, le président de l'autorité de la censure, Khaled Abdel-Geleel, n'a pas donné suite.

'Très mauvaise idée'

Le film n'a pas été autorisé car "il y a une forte ressemblance entre ce qu'il se passait à l'époque (sous Moubarak) et ce que la situation semble être aujourd'hui", analyse Hossam Fazulla, chargé du programme sur la liberté des créations artistiques à l'Association pour la liberté de penser et d'expression (AFTE).

Après une phase de liberté après la révolution de 2011, le monde de la culture a en effet subi, comme les opposants politiques ou les défenseurs des droits de l'Homme, la même intransigeance de la part du régime au pouvoir depuis 2013, après la destitution par l'armée du président islamiste Mohamed Morsi.

"Cette période a connu plus de restrictions que la précédente", rappelle M. Fazulla. A ses yeux, "le gouvernement essaie de façonner un modèle de citoyen obéissant, dompté, qui convient à ce régime".

Selon M. Fazulla, ces restrictions ont provoqué l'extinction de certaines formes d'art qui ont pullulé après le soulèvement populaire de 2011.

Les arts de rues et les concerts ont notamment souffert de la loi de 2013 qui interdit les manifestations non autorisées au préalable, a-t-il assuré.

"Le Caire confidentiel", du réalisateur suédois d'origine égyptienne Tarik Saleh, dont les affiches ont inondé les rues de Paris, a pour sa part été interdit de tournage en Egypte.

S'inspirant d'un épisode fameux de l'Egypte de Moubarak, le film évoque la corruption dans la police à travers l'affaire d'un magnat de l'immobilier Hicham Talaat Moustafa. Ce proche de l'ancien raïs a été condamné en 2010 pour le meurtre de sa maîtresse Suzanne Tamim, une jeune chanteuse libanaise.

Vouloir filmer en Egypte était "une très mauvaise idée", a dit M. Saleh dans une interview diffusée sur la chaîne YouTube du Festival du film de Munich, en Allemagne.

"Nous avons été expulsés trois jours avant que nous ne commencions à filmer, alors nous sommes partis à Casablanca", au Maroc, a-t-il expliqué.

'Adorateurs du diable'

L'autorité de la censure n'a pas non plus épargné la musique. En juillet, le très populaire groupe de pop-rock Cairokee, connu pour ses hymnes à la liberté, a révélé l'interdiction de plusieurs titres de leur dernier album "Une goutte de blanc".

Sur Facebook, le groupe a ironisé en soulignant que la décision ne s'appliquait pas à internet, où les morceaux interdits ont circulé librement.

Le Syndicat des musiciens, reconnu par l'Etat, a aussi imposé des restrictions aux artistes, selon l'AFTE.

Parmi les dernières cibles, la musique métal. Une controverse est née après une tentative de faire annuler un concert en février 2016.

Le très conservateur président de ce syndicat Hany Shaker, lui-même chanteur de variétés, avait annoncé à la chaîne Al Assema avoir dénoncé à la police "une soirée avec des adorateurs du diable portant des vêtements étranges".

"Notre rôle se limite à informer la sécurité. Et la sécurité égyptienne est très alerte", a déclaré à l'AFP le porte-parole du Syndicat des musiciens Tarek Mortada, se refusant à tout autre commentaire.

Avec AFP

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