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La faiblesse de l'Etat centrafricain suscite les convoitises

Des soldats rebelles de la Seleka marchent devant l'hôtel Ledger Plaza à Bangui, en République centrafricaine, le 27 mars 2013.

La présence de plus en plus visible des Russes en Centrafrique pose la question de l’intérêt des puissances étrangères dans ce pays en crise. Thierry Vircoulon est chercheur associé à l'IFRI. Il a séjourné récemment sur place et nous livre son analyse.

Que faut-il penser de la mort des trois journalistes russes qui enquêtaient sur une société de sécurité en Centrafrique ?

Thierry Vircoulon : "Le fait qu’ils soient retrouvés morts alors qu’ils enquêtaient sur cette société Wagner est surprenant. L’explication du gouvernement est tout aussi floue sur le fait qu’ils auraient été tués par des hommes enturbannés."

Cela repose la question de la présence russe en Centrafrique ces derniers mois.

Thierry Vircoulon : "Tout à fait. On les voit partout. Dans le centre-ville de Bangui et même dans la partie rebelle du pays contrôlée par l’ex-Seleka où ils sont installés à deux endroits. Officiellement, il y a un accord de défense avec le gouvernement russe pour former l’armée centrafricaine et assurer la sécurité rapprochée du président Touadéra."

>> Lire aussi : Rapatriement à Moscou des corps des trois journalistes tués en Centrafrique

Que font les Russes en zone rebelle ?

Thierry Vircoulon : "Je crois qu’ils sont installés dans des zones riches en or et en diamants avec de nombreuses mines artisanales. Ils souhaitent probablement s’impliquer dans ce business qui se trouve en zone rebelle. C’est pour cela que le gouvernement russe a tenté de monter une médiation à Khartoum début juillet entre le gouvernement centrafricain et les seigneurs de guerre de l’ex-Seleka. Cette tentative a échoué mais elle visait à obtenir un accord de paix dans une zone où les Russes pourraient faire du business."

Thierry Vircoulon
Thierry Vircoulon

Quelles zones sont aujourd'hui contrôlées par l'Etat centrafricain ?

Thierry Vircoulon : "J’aurais tendance à dire que rien n’est contrôlé par le gouvernement central, sauf les zones où il y a une présence de la Minusca, notamment à Bangui. Certaines provinces de l’ouest du pays sont aussi calmes et il n’y a plus d’affrontements sur place."

L’élection non contestée de Faustin-Archange Touadera à la tête du pays n’a pas permis de rétablir la paix et la stabilité partout en Centrafrique. Pourquoi ?

Thierry Vircoulon : "Une élection ne permet jamais de rétablir tout cela comme on l’a vu en Somalie, au Mali, en RDC, etc. Il y a une illusion électorale de penser qu’un scrutin est un mode de règlement des conflits. "

Diriez-vous aujourd’hui que la Centrafrique est un Etat en faillite ?

Thierry Vircoulon : "L’administration a complètement disparu en Centrafrique, qui est un territoire à prendre. L’arrivée des Russes illustre cela mais les risques sont grands. La Centrafrique c’est aussi un environnement difficile, le gouvernement étant virtuel et les Nations Unies ne contrôlant pas grand-chose."

Peut-on dire que ce sont les groupes armées qui contrôlent le pays ?

Thierry Vircoulon : "Bien sûr. Quand on se promène dans les zones tenues par les groupes armés, on voit bien qu’ils s’enrichissent. Par exemple, dans l’est du pays, ils perçoivent des taxes sur les commerçants et jouent aux douaniers."

Les Forces armées centrafricaines (FACA) ont-elles les moyens de sécuriser le pays ?

Thierry Vircoulon : "On parle sur le papier de 7.000 hommes pour les FACA. Ils sont déployés dans quelques grandes villes du pays mais n’ont qu’une très faible capacité opérationnelle. Là encore, on bâtit une armée sur des sables mouvants puisqu'elle n'a pas de budget."

>> Lire aussi : Course à l'armement en Centrafrique, selon un rapport de l'ONU

Qu’en est-il de l’influence tchadienne en Centrafrique ?

Thierry Vircoulon : "Les relations entre les deux gouvernements restent mauvaises. Un certain nombre de groupes armés, qui opèrent dans la partie nord du pays, ont une relation coupable avec N’Djamena. Une partie de leur business se retrouve au Tchad."

Devant un tableau si sombre la situation en Centrafrique, y a-t-il des pistes de sortie de crise ?

Thierry Vircoulon : "Il y a une médiation de l’Union africaine qui ne donnera rien. Il y a aussi, depuis l’année dernière, des accords locaux qui sont des trêves conclues entre des communautés trop épuisées pour continuer à se battre. Cela semble être le plus efficace, pour l’heure, pour instaurer un semblant de paix localement."

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Un chef coutumier et 4 civils tués dans deux attaques à Beni

Soldats des FARDC à Paida, près de Beni, dans la province du Nord-Kivu en RDC, le 7 décembre 2018.

Un chef traditionnel et quatre civils ont été tués dans la nuit de samedi à dimanche dans deux attaques dans le territoire de Beni, théâtre de violences permanentes dans l'est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris des sources militaire et administrative.

"Nous avons repoussé la nuit une attaque des ADF (Allied Democratic Forces, rebelles musulmans ougandais) à Magboko près d'Oicha. Les combats se sont poursuivis jusqu'à la fuite de l'ennemi que nous poursuivons. Malheureusement, deux civils ont été exécutés", a déclaré à l'AFP le major Mak Hazukay, porte-parole de l'armée dans le Nord-Kivu (est).

A Eringeti, situé à 30 km de cette première localité attaquée et à 60 km au nord de la ville de Beni, un chef coutumier a été tué avec deux autres civils dont une femme", a indiqué Donat Kibwana, administrateur du territoire de Beni.

"Si à Magboko, l'incursion des ADF ayant fait deux morts a débuté vers 23 heures, pour le cas d'Eringeti, les enquêtes sont en cours pour identifier les auteurs de cet acte", a précis M. Kibwana.

"Les victimes de Magboko ont été tuées à la machette alors que celles d'Eringeti ont été tuées par balles tirées par des éléments en uniformes non encore identifiés", a souligné Teddy Kataliko, l'un des responsables de la société civile du territoire de Beni.

"C'est inconcevable qu'un chef du village soit abattu dans un milieu où l'armée est déployée", a-t-il ajouté.

Miliciens musulmans ougandais présents dans l'est de la RDC depuis 1995, les ADF sont accusés par le gouvernement congolais et la mission de l'ONU, la Monusco, d'être responsables des massacres des civils dans la région de Beni, ayant fait plus de mille morts depuis octobre 2014.

Cette appréciation est remise en cause par un rapport du Groupe d'étude sur le Congo (GEC) de l'Université de New York, selon lequel les ADF portent effectivement une part très importante de responsabilité dans ces tueries, mais au côté d'autres éléments armés, parmi lesquels des soldats de l'armée régulière.

Le village de Mukoko déserté à Beni après les massacres (vidéo)
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Dans l'est congolais, plusieurs dizaines de groupes armés locaux et étrangers sont actifs depuis plus de deux décennies.

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