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La communauté afghane de New York s'inquiète après Orlando


Danse traditionnelle afghane par des étudiants, U.S. Defense Language Institute, Monterey, Californie, le 13 mai 2016. (Photo by Amber K. Whittington)
Danse traditionnelle afghane par des étudiants, U.S. Defense Language Institute, Monterey, Californie, le 13 mai 2016. (Photo by Amber K. Whittington)

Quand Fatima Rahmati a découvert que l'auteur du massacre d'Orlando était un Américain d'origine afghane, son sang s'est glacé. Pour les victimes, mais aussi par peur de représailles, dans un climat politique américain de plus en plus tendu.

"Tout le monde est sous le choc", dit cette Afghano-Américaine de 37 ans qui travaille dans une association new-yorkaise aidant les femmes afghanes à s'intégrer, avec notamment des cours d'anglais et de conduite. "Cela fait peur".

La petite communauté afghane aux Etats-Unis est estimée à entre 80.000 et 300.000 personnes, avec les concentrations les plus importantes en Californie et Virginie. Des milliers vivent à New York et c'est là qu'était né le tueur d'Orlando, Omar Mateen, en 1986.

"A ce stade, on ne sait pas quelles pourraient être les conséquences", dit Fatima, qui essaie de monter une réunion d'urgence des femmes fréquentant son association, pour les sensibiliser à d'éventuels comportements suspects ou harcèlement des enfants à l'école.

Après les attentats de Paris en novembre et San Bernardino en décembre, le nombre de délits présumés motivés par la haine et visant des musulmans a triplé aux Etats-Unis, selon une enquête du New York Times.

L'islamophobie y a atteint un niveau sans précédent, selon des représentants musulmans, nourrie en outre par les propos du candidat républicain à la Maison Blanche Donald Trump, qui veut interdire temporairement l'entrée du pays aux musulmans.

"Dans le pire des cas, il pourrait y avoir des représailles", estime Fatima. "Le climat politique souffle sur les braises. Cela peut permettre à quelqu'un de se sentir en droit de faire quelque chose", dit-elle, inquiète.

Certains Américains seraient surpris de savoir qu'elle est Afghane et musulmane.

Née en Afghanistan, elle a grandi en Australie et vit depuis 12 ans aux Etats-Unis. Elle est vêtue à l'occidentale, ne reflète en rien l'image des femmes en burqa dans les rues poussiéreuses d'Afghanistan, relayée par les médias.

Les Afghans étaient jusqu'à la guerre en Syrie la plus grosse population de réfugiés au monde. Des millions avaient fui en Iran et au Pakistan durant l'invasion soviétique. De nombreux Afghans sont aussi arrivés aux Etats-Unis dans les années 1980.

A New York, ils sont chauffeurs de taxis, femmes ou hommes de ménage, infirmières, chirurgiens, enseignants, chefs d'entreprise.

A l'échelle nationale, il y a aussi une petite élite américano-afghane. Zalmay Khalilzad a par exemple été ambassadeur des Etats-Unis à Kaboul, à Bagdad et aux Nations unies sous la présidence de George W. Bush. Khaled Hosseini, auteur du best-seller "Les cerfs-volants de Kaboul", est aussi Afghano-Américain.

- Consternée -

Wazhmah Osman, 42 ans, a été consternée par la tuerie d'Orlando qui a fait 49 morts dans une boite de nuit gay, que beaucoup considéraient comme un refuge.

Elle est membre de l'Association des artistes et auteurs afghano-américains, qui défend les droits des personnes LGBT (Lesbiennes, Gays, Bissexuelles et Trans).

"Cela m'a atteint directement", ajoute-t-elle. Son association s'est empressée de publier un communiqué condamnant le massacre, pour contrer "le vitriol et la rhétorique haineuse des médias", dit-elle.

"Certains d'entre nous s'identifient comme homosexuels et dans tout le spectre du genre et de la sexualité, et il était très important pour nous d'exprimer nos profonds regrets".

Khaalid Abdumalik, étudiant-ingénieur qui enseigne aussi le Coran aux enfants, est lui "furieux" contre Mateen et les autres auteurs d'attaques revendiquées aux noms d'organisations djihadistes.

"Nous en perdons le sommeil, un parce que c'est un acte affreux, et deux parce que nous sommes confrontés à plus d'intolérance", explique-t-il à l'AFP.

"Ils nous font du tort et nous devons gérer les répercussions. Et pas simplement nous, tous les musulmans partout".

Quand il va à la mosquée, Khaalid porte des vêtements religieux. Mais à l'extérieur, il préfère s'habiller à l'occidentale. Parfois dit-il, les gens, disent à sa femme qui porte le hijab "retourne dans ton pays".

Peut-être, dit-il, un contrôle plus strict des armes à feu pourrait aider.

"Je ne veux pas que quelque chose comme ça m'arrive quand je suis sorti, ou à ma famille. Pourquoi ne pas essayer de les contrôler, et voir si cela change les choses ?".

Avec AFP

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