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La CAF mise sous tutelle de la Fifa


Le président de la CAF, Ahmad Ahmad, lors d'une conférence de presse à Accra, Ghana le 30 novembre 2018.

Malgré les soupçons de corruption qui l'éclaboussent, le président Ahmad Ahmad se maintient à la barre de la Confédération Africaine de football (CAF) à la veille du coup d'envoi de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) en Egypte.

Dans un communiqué publié lors de la conférence de presse d'ouverture de la CAN, la CAF a annoncé la nomination de la secrétaire générale de la Fifa Fatma Samoura comme déléguée générale pour l'Afrique à partir du 1er août, pendant six mois, pour superviser la CAF, tout en restant à son poste de numéro deux de la Fifa.

La décision des deux instances internationales fait office de réponse aux multiples polémiques et scandales qui ont agité la CAF ces derniers mois.

Au cours de la conférence de presse au stade du Caire, le président Ahmad a affirmé avoir sollicité lui-même cette supervision de la Fifa qui prévoit notamment "un audit général de la CAF (...) dans les plus brefs délais par la Fifa et la CAF".

Le dirigeant, à la tête de l'organisation sportive africaine depuis mars 2017, avait été interpellé le 6 juin à Paris par l'Office anticorruption de la police judiciaire (Oclciff).

Il est ressorti libre et sans poursuites de sa garde à vue quelques heures après son interpellation.

Interrogé par l'AFP, un de ses conseillers a déclaré: "L'épreuve qu'a vécu le président Ahmad est maintenant derrière lui. Il n'est ni accusé, ni n'a de poursuites". "Libre, il a repris normalement ses activités de président de la CAF", a-t-il ajouté.

- Accusations en cascade -

L'interpellation a eu lieu dans le cadre d'une information judiciaire ouverte à Marseille notamment pour association de malfaiteurs, corruption, abus de confiance et faux et usage de faux. Elle porte sur la rupture par la CAF, en décembre 2017, d'un contrat avec Puma, au profit d'une autre société basée dans le sud de la France, fournissant elle du matériel Adidas.

Cette nouvelle péripétie ne fait que s'ajouter à une série de mésaventures traversées par la CAF ces derniers mois.

Lorsqu'en 2018 la CAF a constaté que le Cameroun ne serait pas prêt à temps pour accueillir la CAN-2019, elle a finalement désigné l'Egypte en janvier, après plusieurs inspections et quelques tergiversations.

En avril, le secrétaire général de l'instance Amr Fahmy a été licencié. Ce dernier avait envoyé une lettre à la Fifa en mars dans laquelle il accusait M. Ahmad, de corruption - paiement de pots-de-vin à plusieurs dirigeants, usage personnel de fonds de la CAF - et de harcèlement sexuel à l'encontre de plusieurs salariées de la Confédération.

Plus récemment, une vive polémique a éclaté après la finale de la Ligue des champions africaine. Le 31 mai, l'Espérance de Tunis a été sacrée contre le Wydad de Casablanca: son adversaire marocain a décidé de quitter la pelouse pendant le match en raison d'un litige et d'une panne de l'assistance vidéo à l'arbitrage (VAR).

La CAF a ensuite décidé que le match serait rejoué après la CAN, déclenchant la colère des supporters tunisiens.

- Crédibilité en jeu -

Sur les réseaux sociaux, dans la presse sportive, les critiques se sont multipliées: l'image de la CAF, basée au Caire, mais aussi celle du football africain en général, ne ressort pas grandie, à la veille de la première CAN de l'histoire à 24 pays.

"Certains gens veulent toujours nous détruire. Ce n'est pas la réussite de cette CAN qui va les arrêter", s'est défendu Ahmad Ahmad. "Quand on regarde les efforts entrepris, il y a beaucoup de positif".

Mais, interrogé avant la nomination de Mme Samoura, James Dorsey, chercheur à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour et auteur de "The Turbulent World of Middle East Soccer", dit à l'AFP "douter" que M. Ahmad puisse se maintenir à la tête de la CAF dans ces conditions.

"Sa propre crédibilité est en jeu mais c'est aussi la crédibilité d'organisations qui ont été secouées au cours de la dernière décennie par des scandales successifs", a-t-il souligné.

Le président de l'instance africaine va devoir se défendre "de façon très convaincante", estime M. Dorsey tout en ajoutant qu'il ne devait "pas être condamné avant d'être jugé. Il doit faire la preuve de son innocence au-delà de tout doute".

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