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L'UE s'alarme de la situation politique et sociale de la Côte d'Ivoire


Les femmes préparent la semoule de manioc pour la préparation du plat d'accompagnement attiéké à Abidjan, le 22 mai 2018.
Les femmes préparent la semoule de manioc pour la préparation du plat d'accompagnement attiéké à Abidjan, le 22 mai 2018.

Dérive autoritaire du pouvoir, corruption, flagrantes inégalités sociales : dans un rapport confidentiel dont l'AFP a eu connaissance jeudi, l'Union européenne (UE) s'alarme de la situation politique et sociale de la Côte d'Ivoire avant la prochaine élection présidentielle de 2020.

"La Côte d’Ivoire affiche l’image rassurante d’une stabilité retrouvée, portée par des taux de croissance élevés" (8% par an en moyenne depuis 2011, ndlr), mais "les indicateurs sociaux stagnent (taux de pauvreté à 46% en 2015)" et "la population s’interroge de plus en plus ouvertement sur cette croissance qui ne lui semble pas ou peu bénéfique", écrivent les ambassadeurs de l'UE dans ce rapport commun rédigé début juillet et qui ne devait pas être publié, selon une source de l'UE.

La population ivoirienne "tolère d’autant moins les largesses financières dont bénéficient les cercles du pouvoir", "une 'classe dirigeante' dont l’enrichissement ces dernières années est parfois spectaculaire", selon le rapport.

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L'UE pointe "les failles politiques importantes de la reconstruction" après la décennie de crise politico-militaire qui a divisé le pays dans les années 2000, et "les fragilités non résorbées d’un pays peut-être moins solide et démocratique que sa bonne image pourrait le laisser penser".

"Face à ces difficultés, les autorités se montrent hermétiques aux critiques internes et externes, et semblent désireuses de ne laisser aucun lieu de pouvoir leur échapper", selon le texte.

"La confrontation entre un pouvoir qui restreint progressivement les espaces d’expression, et une contestation sociale grandissante, n’augurerait rien de bon pour l’échéance de 2020", s'inquiète l'UE.

Sur le plan politique, la création d'un "parti unifié" voulue par le président Alassane Ouattara, "annoncé comme la solution à l’instabilité passée (...) a été dès le début compris par tous comme une manière pour la coalition au pouvoir de s’assurer une réélection systématique, en reléguant les éventuels mouvements d’opposition à la périphérie du jeu politique".

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Les chefs de mission de l'UE estiment encore que "la relation de l’Union européenne avec la Côte d’Ivoire est affectée par le manque de dialogue politique", une "situation (qui) n’est pas compatible avec la relation forte entre l’Europe et la Côte d’Ivoire, dont témoigne notamment le haut niveau de soutien politique et financier apporté par l’Union européenne".

"Au vu de ce constat, les Chefs de Mission de l’UE incitent (...) à une réflexion sur le soutien de l’UE à la Côte d’Ivoire", conclut le rapport.

L'aide de l'UE à la Côte d'Ivoire se monte à 273 millions d'euros pour la période 2014-2020, à quoi s'ajoutent les aides bilatérales, notamment de la France et de l'Allemagne.

Avec AFP

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