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L'austérité est-elle la véritable cause des manifestations en Iran

Policiers anti-émeutes empêchant des étudiants de rejoindre une manifestations, à Téhéran, en Iran, le 30 décembre 2017.

En dépit des slogans anti-régime lancés par les manifestants en Iran, les experts estiment que le mouvement de contestation actuel est né du même sentiment de colère qui a agité d'autres pays frappés par l'austérité.

"Ce qui fait descendre les Iraniens dans la rue le plus souvent, ce sont des problèmes économiques ordinaires --la frustration face au manque d'emplois, l'incertitude par rapport à l'avenir de leurs enfants", explique Esfandyar Batmanghelidj, fondateur du Europe-Iran Business Forum.

Selon cet expert, les troubles de ces derniers jours ont été provoqués par les mesures d'austérité du président Hassan Rohani depuis son arrivée au pouvoir en 2013, comme les réductions des budgets sociaux ou les augmentations des prix des carburants annoncées il y a quelques semaines.

"Pour Rohani, les budgets d'austérité sont certes difficiles à faire passer mais il s'agit de mesures nécessaires face à l'inflation et aux problèmes de devise ainsi que pour tenter d'améliorer l'attractivité de l'Iran pour les investissements", affirme M. Batmanghelidj.

>> Lire aussi : Dix morts dans des troubles nocturnes en Iran

Cependant, "après une période de sanctions très difficile, l'austérité ne peut qu'entamer la patience des gens".

Les manifestations ont éclaté jeudi à Machhad, deuxième ville d'Iran, avant de se propager à travers le pays. Douze personnes sont mortes dans les troubles liés aux protestations qui ont dégénéré en violences dans plusieurs endroits, et des centaines ont été arrêtées.

Des slogans comme "Mort au dictateur" et des attaques visant les symboles du régime ont donné aux manifestations --les plus importantes depuis celles de 2009-- un air de révolution.

Le gouvernement a accusé "des éléments hostiles" basés à l'étranger d'attiser le mouvement de contestation.

Certains suspectent aussi les conservateurs, rivaux du courant modéré dont fait partie M. Rohani, de vouloir saboter la politique économique du gouvernement au risque de déclencher un mouvement qui pourrait devenir difficile à maîtriser.

"Il existe des preuves, particulièrement à Machhad, que les manifestations étaient organisées pour marquer des points politiques", a déclaré à l'agence iranienne Tasnim Amir Mohebbian, un expert basé à Téhéran.

Il a souligné que les organisateurs de ce mouvement "n'avaient évidemment pas anticipé qu'il prendrait une telle ampleur. On ne peut pas jouer avec les mouvements de contestation".

Des banques qui s'effondrent

Néanmoins, la colère suscitée par la situation économique est palpable depuis quelques années et a dominé les dernières élections en mai.

De petits mouvements ont eu lieu: ces dernières semaines, l'agence ILNA liée aux syndicats a fait état notamment de protestations de plusieurs centaines d'employés du secteur pétrolier pour des retards de paiement, ainsi que des fabricants de tracteurs à Tabriz contre la fermeture de leur usine.

La colère n'a fait qu'augmenter avec l'effondrement de sociétés de crédit qui a affecté des millions d'investisseurs.

Ces sociétés se sont multipliées sous le mandat du président Mahmoud Ahmadinejad et se sont effondrées quand la bulle immobilière a explosé.

"Je ne suis pas surpris par ces manifestations. Nous avons eu ces deux dernières années des défilés dans la rue contre les banques et les sociétés de crédit", rappelle le politiste Mojtaba Mousavi, basé à Téhéran.

"Tout le monde dit que les manifestants viennent des classes défavorisées mais de nombreux manifestants font partie de la classe moyenne qui a perdu beaucoup de ses avoirs", assure-t-il.

Droit de protester

En dépit des causes économiques évidentes, des griefs portant sur les restrictions concernant les libertés civiles sont toujours d'actualité.

Même au sein de la classe politique conservatrice, on reconnaît que les Iraniens ont peu d'espace pour exprimer leurs plaintes.

"Notre Constitution reconnaît le droit de protester mais en pratique, il n'y a pas de mécanisme pour le faire", souligne Gholamreza Mesbahi Moghddam, porte-parole de l'Association du clergé combattant (conservatrice) à l'agence ISNA.

"Les responsables doivent écouter le peuple. Les médias, également, ont la responsabilité de couvrir les manifestations", a-t-il ajouté.

>> Lire aussi : Environ 200 manifestants arrêtés à Téhéran samedi

Au lendemain de son appel au calme et à sa promesse "d'un plus grand espace pour les critiques", M. Rohani a averti lundi que "le peuple iranien répondra aux fauteurs de troubles", une "petite minorité" selon lui.

Certains experts doutent que les manifestations puissent être une menace sérieuse pour le régime, estimant qu'elles ne semblent pas obéir à une organisation claire.

Les slogans politiques sont vus comme une aubaine pour le régime, lui permettant de réprimer les manifestants en les accusant d'éléments anti-sociaux et violents.

"Le système préfère les manifestations politiques plutôt que celles suscitées pour des raisons économiques car elles sont plus faciles à contrôler", souligne M. Mousavi.

Avec AFP

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Manifestations à travers la Syrie contre la décision américaine sur le Golan

Des Syriens contre la décision du président américain Donald Trump de reconnaître la souveraineté israélienne sur les hauteurs du Golan le 26 mars 2019.

Des manifestations ont eu lieu mardi dans de nombreuses villes de Syrie pour protester contre la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté israélienne sur la partie occupée et annexée du plateau du Golan.

Le président américain Donald Trump a signé lundi à la Maison Blanche, en présence du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, un décret reconnaissant la souveraineté israélienne sur ce territoire conquis en 1967 par l'Etat hébreu et annexé en 1981. L'ONU n'a jamais reconnu cette annexion.

Le gouvernement syrien avait dénoncé dès lundi "une violente attaque contre l'intégrité territoriale" de la Syrie.

Mardi, des Syriens sont descendus dans la rue pour protester contre la décision américaine à Homs (centre), Qamichli et Hassaké, dans le nord-est du pays sous administration kurde, à Alep (nord), Deir Ezzor (est) ainsi que dans la capitale Damas et les fiefs du président Bachar al-Assad à Lattaquié et Tartous (ouest), selon l'agence de presse officielle Sana.

Ils ont brandi des portraits du président ainsi que des drapeaux syriens et palestiniens, selon la même source.

"Le parti pris éhonté des Etats-Unis en faveur d'Israël ne changera pas l'identité syrienne du Golan", a affirmé le ministre de l'Information Imad Sara à la télévision d'Etat syrienne lors de la manifestation à Damas.

"Le Golan est arabe et syrien que ça leur plaise ou non", a déclaré à l'AFP un des manifestants, Mohammad Shaaban, à Alep.

"L'Amérique est maintenant le premier ennemi des Arabes", a dénoncé dans une déclaration lue devant le palais de justice de Damas un représentant de l'ordre des avocats syriens, selon des images de la télévision d'Etat. A Hama (centre), les avocats ont interrompu les audiences pendant une heure en signe de protestation, selon Sana.

La Russie et l'Iran, alliées du régime syrien, ainsi que plusieurs Etats arabes ont rejeté la décision des Etats-unis.

Prévues de longue date, des consultations à huis clos du Conseil de sécurité sur la force de l'ONU (Fnuod) déployée sur le plateau du Golan doivent se tenir mercredi à New York. Dès mardi, une réunion mensuelle publique du Conseil sur le Proche-Orient devrait aussi permettre aux membres de l'instance de l'ONU d'évoquer la décision américaine.

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