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Khashoggi: nouvelles révélations embarrassantes pour le prince saoudien

Donald Trump et Mohammed ben Salmane dans le Bureau ovale à Washington le 14 mars 2017 ( AFP/Archives / NICHOLAS KAMM )

Des révélations embarrassantes pour Ryad ont relancé jeudi le débat sur le rôle du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane dans l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, au moment où Donald Trump est de nouveau sommé par le Congrès américain de désigner et punir les responsables.

Selon le New York Times, le jeune et puissant dirigeant du royaume, surnommé "MBS", avait dit en 2017 à un proche conseiller, Turki Al-Dakhil, qu'il utiliserait "une balle" contre le journaliste saoudien s'il ne rentrait pas en Arabie saoudite et ne mettait pas en sourdine ses critiques à l'égard du régime.

Cette conversation, qui date de septembre 2017, soit un an avant le meurtre, a été interceptée par le renseignement américain, rapporte le quotidien, citant des responsables américains et étrangers.

Le 2 octobre, Jamal Khashoggi, qui collaborait notamment avec le Washington Post et résidait aux Etats-Unis, a été tué et démembré dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando d'agents saoudiens venus depuis Ryad.

Le 10 octobre, un groupe de sénateurs américains, républicains et démocrates, ont activé une loi qui oblige Donald Trump à dire au Congrès, dans un délai de 120 jours qui prend fin vendredi, quels ressortissants étrangers il considère responsables de cet assassinat -- et à prendre, le cas échéant, des sanctions à leur encontre.

Interrogé sur cette obligation légale, le porte-parole de la diplomatie américaine Robert Palladino a répondu jeudi que le gouvernement américain avait déjà sanctionné mi-novembre 17 responsables saoudiens. "Je n'ai rien à ajouter aujourd'hui", a-t-il dit, semblant minimiser cette date-butoir, tout en assurant vouloir "continuer à travailler avec le Congrès" dont il partage "l'indignation".

Or parmi ces 17 personnes sanctionnées, aucun haut dirigeant saoudien n'a été mis en cause, alors que le Sénat américain, pourtant contrôlé par le camp républicain du président, a adopté par consentement unanime une résolution jugeant le prince héritier "responsable" du meurtre.

- Des sénateurs passent à l'acte -

L'administration Trump affirme ne pas disposer de preuve irréfutable de l'implication directe du dirigeant saoudien, bien que les sénateurs, après avoir été informés à huis clos à l'automne des conclusions de la CIA, aient assuré avoir été confortés dans leur mise en cause du prince héritier.

La rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires a de son côté affirmé jeudi détenir des "preuves" montrant que le meurtre avait été "planifié et perpétré par des représentants de l'Etat d'Arabie saoudite".

Ryad dément catégoriquement toute responsabilité de Mohammed ben Salmane, et l'administration Trump a clairement fait savoir que l'alliance "stratégique" avec l'Arabie saoudite était, quoi qu'il en soit, prioritaire.

Lors d'une rencontre jeudi à Washington, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le ministre d'Etat saoudien aux Affaires étrangères Adel al-Jubeir "sont convenus de l'importance de voir l'Arabie saoudite poursuivre ses investigations" de "manière transparente" pour que "toutes les personnes impliquées rendent des comptes", selon le département d'Etat.

"Le président Trump donne clairement plus de poids à la parole d'un dictateur étranger qu'à ses propres agences de renseignement", a déploré le vice-président de Human Rights First, Rob Berschinski, dans un communiqué commun avec cinq autres organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse. "Il revient au Congrès d'agir", a-t-il insisté, appelant à des "mesures concrètes immédiates pour faire avancer la justice".

Au Sénat, un groupe d'élus des deux bords politiques a présenté jeudi une proposition de loi pour interdire notamment certaines ventes d'armes à l'Arabie saoudite, en raison du meurtre du journaliste mais aussi du rôle controversé de Ryad dans "le conflit dévastateur au Yémen".

Pour "éviter que le président Trump mette sous le tapis le meurtre de M. Khashoggi", "le Congrès doit désormais prendre ses responsabilités et imposer des mesures pour réexaminer radicalement nos relations avec le Royaume d'Arabie saoudite", a déclaré le sénateur démocrate Bob Menendez.

Selon son collègue républicain Lindsay Graham, souvent proche des positions de Donald Trump, "si l'Arabie saoudite est un allié stratégique, le comportement du prince héritier, à plusieurs titres, a manqué de respect à cette relation, ce qui le rend (...) plus que toxique".

Avec AFP

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Le Parlement russe débat du nouveau Premier ministre voulu par Poutine

Le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre désigné Mikhaïl Michoustine

Le Parlement russe examine jeudi la candidature du nouveau Premier ministre, désigné par le président Vladimir Poutine, au lendemain de la démission surprise du gouvernement et de l'annonce de révisions constitutionnelles.

Ces annonces chocs, qui ont pris de court l'ensemble de la classe politique et des médias russes, sont perçues comme visant à baliser le terrain avant 2024, date de la fin du mandat actuel de Vladimir Poutine qui, en l'état actuel de la législation, n'a pas le droit de se représenter.

M. Poutine a choisi comme remplaçant à son fidèle Premier ministre sortant, Dmitri Medvedev, un personnage de l'ombre: Mikhaïl Michoustine, le patron du fisc russe.

Inconnu du grand public, ce Moscovite de 53 ans est un ingénieur de formation qui a suivi une longue carrière de haut fonctionnaire dans plusieurs agences gouvernementales avant de prendre la tête d'un fonds d'investissement puis en 2010 du service des impôts, qu'il a transformé en profondeur.

Apprécié de Vladimir Poutine, fan comme lui de hockey sur glace et chantre d'une modernisation de l'économie russe, sa candidature doit désormais être approuvée par les députés.

Une formalité, puisque la Douma est totalement contrôlée par des forces pro-Poutine.

Homme chauve au visage épais qui s'est forgé la réputation d'être un haut fonctionnaire efficace, Mikhaïl Michoustine n'a fait aucune déclaration mercredi, le Kremlin ne diffusant que des photos de l'intéressé en costume sombre, en tête-à-tête avec Vladimir Poutine.

Sa désignation est intervenue après la démission surprise du gouvernement, dans la foulée d'un discours de Vladimir Poutine annonçant une réforme de la Constitution qui doit accorder plus de pouvoirs au Parlement, tout en préservant le caractère présidentiel du système qu'il pilote depuis 20 ans.

- Après 2024 -

Lors de ses mandats de 2000 à 2008, le président russe avait déjà nommé à la tête du gouvernement des responsables guère connus, à l'instar de Mikhaïl Fradkov en 2004, qui était alors ambassadeur auprès de l'Union européenne.

Les annonces de mercredi sont néanmoins interprétées par les analystes comme par les opposants comme la preuve que le président organise l'après 2024, date de la fin de son mandat actuel.

M. Poutine est jusqu'à présent resté très évasif sur ses intentions et n'a jamais évoqué de successeur.

Les propositions de réformes exposées par M. Poutine visent aussi à renforcer les gouverneurs régionaux, à interdire aux membres du gouvernement et aux juges de disposer d'un permis de séjour à l'étranger et à obliger tout candidat à l'élection présidentielle à avoir vécu les 25 dernières années en Russie.

Le chef de l'Etat conservera le droit de limoger tout membre du gouvernement et nommera les chefs de toutes les structures sécuritaires.

Le départ de Dmitri Medvedev, proche parmi les proches du chef de l'Etat, intervient alors que l'ex-Premier ministre stagnait à moins de 30% de popularité - contre près de 70% pour M. Poutine - sur fond d'anémie économique et de niveau de vie en baisse.

Le Kremlin a fait aussi face cet été au plus grand mouvement de contestation, vivement réprimé, depuis le retour en 2012 de Vladimir Poutine à la présidence. Les candidats du pouvoir ont essuyé dans la foulée un camouflet aux élections locales à Moscou.

Trump signe un accord commercial "historique" avec la Chine

Poignée de main entre le vice-Premier ministre chinois Liu He et le président américain Donald Trump à la Maison Blanche à Washington, États-Unis, le 15 janvier 2020. REUTERS

Donald Trump a signé mercredi un accord commercial préliminaire avec le vice-Premier ministre chinois Liu He, "un pas de géant" pour rééquilibrer le commerce entre les deux grandes puissances économiques, qui suscite cependant des réserves aux Etats-Unis.

"Aujourd'hui marque une étape historique qui n'avait jamais été franchie (...) vers un accord commercial juste et réciproque entre les Etats-Unis et la Chine", a déclaré le président américain lors d'une longue cérémonie à la Maison Blanche.

Dans une lettre adressée à Donald Trump, son homologue chinois Xi Jinping a salué un accord bon "pour le monde entier".

Face à l'enthousiasme du républicain, la Fédération nationale des détaillants (NRF) et le principal syndicat agricole américain, l'American Farm Bureau Federation, se sont montrés plus mesurés, insistant sur "le travail restant à faire".

La chambre de Commerce, patronat américain, a abondé dans ce sens en exhortant Washington et Pékin à résoudre les problèmes de fond restés en suspens, citant les subventions chinoises aux entreprises publiques.

"Ces problèmes complexes et de longue date (...) ont un impact significatif sur la capacité des entreprises américaines à rivaliser", a commenté Thomas Donohue, son président.

Pour l'heure, le traité profitera essentiellement aux agriculteurs et industriels, victimes collatérales du conflit.

La Chine s'est engagée à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains supplémentaires au cours des deux prochaines années, afin de réduire le déséquilibre commercial, grande revendication de la Maison Blanche.

L'accord contient également des dispositions relatives à la protection de la propriété intellectuelle et aux conditions de transfert de technologies, autres grandes exigences des Etats-Unis.

Déclenché au printemps 2018 pour mettre fin aux pratiques commerciales chinoises jugées "déloyales", le conflit s'est matérialisé par des droits de douane punitifs réciproques sur des centaines de milliards de dollars de marchandises échangées chaque année.

- Tarifs douaniers pour négocier -

Donald Trump a indiqué que les droits frappant actuellement plus de 370 milliards de dollars de produits chinois seraient maintenus tant que la phase 2 de l'accord ne serait pas signée.

Et c'est là que le bât blesse pour nombre d'acteurs économiques. "La guerre commerciale ne sera terminée que lorsque tous les tarifs douaniers auront disparu", estime Mathew Shay, président de la NRF.

Si l'administration soutient mordicus que c'est la Chine qui paie, une grande majorité d'économistes soulignent que ce sont les importateurs américains et peut-être bientôt les consommateurs qui font les frais de ces surtaxes.

L'accord "est bienvenu", a toutefois réagi la directrice générale du FMI Kristalina Georgieva, dans un tweet, alors que l'économie mondiale a fortement ralenti en 2018 et 2019 sous l'effet de la guerre commerciale.

L'administration Trump prédit, elle, que cet accord dopera la croissance des Etats-Unis en 2020 d'un demi-point de pourcentage.

Ce conflit a durement affecté le monde agricole et l'industrie manufacturière, ceux-là mêmes qui avaient porté le président républicain au pouvoir en 2016.

Donald Trump a parié sur leur patriotisme, leur demandant de la patience avant des lendemains meilleurs.

Clamant que les guerres commerciales étaient faciles à gagner, il a aussi constamment répété que l'économie américaine n'était pas affectée par les droits de douane, alors que la croissance chinoise ralentissait.

Pourtant, le conflit, inédit par son intensité et sa durée, a installé un climat d'incertitude qui a freiné l'appétit des investisseurs et ralenti la croissance chinoise, américaine et mondiale.

Qui plus est, l'essentiel du coût des tarifs douaniers a été supporté par les importateurs américains.

- 'Nouveau chapitre' -

L'accord "est un pas de géant", a toutefois estimé le sénateur républicain Lindsay Graham, très proche du locataire de la Maison Blanche.

"La Chine reconnaît l'importance d'établir et de mettre en oeuvre un système juridique complet de protection (...) de la propriété intellectuelle", est-il stipulé dans le texte.

En outre, tout transfert ou licence de technologie doit être fondé sur la base du volontariat et refléter "un accord mutuel", est-il dit, alors que la Chine impose couramment aux entreprises étrangères des transferts de savoir-faire pour travailler sur son sol.

Un chapitre entier est consacré à l'ouverture du marché chinois aux services financiers.

Liu He a assuré lors d'une conférence de presse que son pays poursuivrait ses réformes et s'ouvrirait davantage au reste du monde, a rapporté l'agence Chine nouvelle.

Donald Trump a justement annoncé qu'il se rendrait bientôt à Pékin alors que les négociations pour une seconde phase de l'accord doivent commencer "immédiatement" pour aborder des sujets plus sensibles tels que la cybersécurité.

Si Wall Street a terminé en hausse mercredi, soutenu par la signature de l'accord, celle-ci a provoqué un effet contrastée sur les Bourses chinoises, Shanghai étant stable (-0,05%) et Hong Kong en hausse (+0,66%) en milieu de matinée.

Par ailleurs, la monnaie chinoise poursuivait sa hausse face au billet vert (à 6,8807 yuans contre un dollar), encouragée par la décision des Etats-Unis cette semaine de retirer la Chine de leur liste de pays manipulant leur devise.

Sommet international à Berlin dimanche pour prolonger la trêve libyenne

La conférence internationale sur la Libye à Berlin a été confirmée par la chancelière allemande.Elle vise à poursuivre les efforts diplomatiques visant à parvenir à une résolution du conflit libyen.

Les efforts pour régler le conflit en Libye se sont intensifiés mardi, avec l'annonce par Moscou d'une trêve prolongée de manière "indéfinie" et celle de la tenue d'une conférence internationale dimanche à Berlin pour tenter d'amorcer un processus de paix.

L'annonce concernant la trêve est intervenue lors de négociations à Moscou en présence des deux chefs rivaux libyens, qui ne se sont cependant pas directement rencontrés. Et l'un d'eux, le maréchal Khalifa Haftar, a refusé de signer un accord formel de cessez-le-feu dans l'immédiat.

Selon Moscou, l'homme fort de l'est libyen, qui tente sans succès depuis neuf mois de prendre la capitale Tripoli par les armes, a besoin de "deux jours" supplémentaires pour étudier le document et en discuter avec les tribus qui lui sont alliées. Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement reconnu par l'ONU (GNA), l'a lui signé lundi soir.

"Le principal résultat de la réunion a été la conclusion d'un accord de principe entre les belligérants pour maintenir et prolonger indéfiniment la cessation des hostilités", a affirmé le ministère russe de la Défense.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est fait plus menaçant, prévenant qu'il n'hésiterait pas à "infliger une leçon" au maréchal Haftar si ce dernier reprenait son offensive contre le GNA.

- L'UE critique Russie et Turquie -

Outre le cessez-le-feu, qui a débuté dimanche, le projet d'accord prône "la normalisation de la vie quotidienne à Tripoli et dans les autres villes" et l'accès et la distribution "en toute sécurité" de l'aide humanitaire.

Ankara soutient M. Sarraj et déploie même pour ce faire des militaires tandis que Moscou, malgré ses dénégations, est soupçonné d'appuyer le maréchal Haftar avec des armes, de l'argent et des mercenaires.

Le chef de la diplomatie de l'Union européenne, Josep Borrell, a dénoncé mardi "l'engagement militaire" de la Russie et de la Turquie dans le conflit en Libye, dressant un parallèle avec la situation en Syrie.

"Les choses nous échappent en Libye", a déploré M. Borrell lors d'un débat au Parlement européen à Strasbourg. "Nous disons qu'il n'y a pas de solution militaire au conflit. Mais ce slogan, nous l'avons dit pour la guerre syrienne. Et à quoi avons-nous assisté en Syrie? A une solution militaire. La même situation risque de se reproduire en Libye", a-t-il averti.

M. Borrell a accusé Moscou et Ankara de s'être "engagés militairement" en Libye, "avec des flux d'armes et des mercenaires".

Sur le terrain la tension reste vive.

Sur une de leurs pages Facebook, les pro-Haftar ont affirmé mardi qu'ils étaient "prêts et déterminés à obtenir la victoire".

Pour poursuivre les efforts diplomatiques visant à parvenir à une résolution du conflit, une conférence internationale sur la Libye sera organisée dimanche à Berlin sous l'égide de l'ONU, a confirmé le gouvernement allemand mardi.

Plusieurs pays y seront représentés, dont la Russie, la Turquie, les Etats-Unis, la Chine, l'Italie et la France, mais un doute plane encore sur la participation du maréchal Haftar et de M. Sarraj, tous deux invités mais dont la présence n'est pas à ce stade confirmée.

- "Libye souveraine" -

Cette rencontre, qui se déroulera à la chancellerie allemande, entre dans le cadre du processus engagé par l'ONU pour parvenir à une "Libye souveraine" et pour soutenir "les efforts de réconciliation à l'intérieur de la Libye" même, a indiqué le gouvernement allemand dans un communiqué.

Son objectif premier consistera à empêcher tout pays étranger à s'immiscer dans les affaires intérieures libyennes, notamment en terme de soutien militaire. Sur cette base, un embargo sur les armes pourrait sera proposé aux participants, a indiqué mardi le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas.

Cette évolution constitue "la condition sine qua non pour qu'il n'y ait pas de solution militaire en Libye, mais une solution politique", a-t-il dit.

Car entre l'arrivée sur le terrain libyen de la Turquie, la présence suspectée de mercenaires russes, l'existence d'une multitude de groupes armés -- notamment des milices jihadistes --, et celle de trafiquants d'armes et de passeurs de migrants, la communauté internationale craint de voir le conflit libyen dégénérer.

L'UE redoute en particulier que la Libye ne devienne une "seconde Syrie" et veut réduire la pression migratoire à ses frontières.

Pour Moscou, les Occidentaux sont responsables du conflit en Libye car ils ont soutenu militairement les rebelles qui ont renversé et tué le colonel Mouammar Kadhafi en 2011.

La Russie comme la Turquie ont des visées économiques en Libye, qui dispose des plus importantes réserves africaines de pétrole.

Boeing abattu en Iran: des arrestations, l'indignation perdure

Manifestation dans une université à Téhéran.. (Photo by Atta KENARE / AFP)

Téhéran a annoncé mardi des arrestations dans le cadre de l'enquête sur l'avion civil ukrainien abattu en Iran, où des manifestations ont eu lieu pour le quatrième jour dans le sillage de l'indignation provoquée par ce drame.

Après deux jours de démentis officiels de la thèse selon laquelle un missile avait été tiré sur le Boeing 737 d'Ukraine International Airlines, les forces armées iraniennes ont reconnu samedi leur responsabilité, en évoquant une "erreur humaine".

Les 176 personnes à bord, en majorité des Iraniens et des Canadiens, sont décédées.

Cette annonce a provoqué une vague de colère en Iran, où des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent samedi des manifestations rythmées par des slogans hostiles aux autorités, y compris au clergé chiite.

Selon de nouvelles images, impossibles à authentifier immédiatement, de nouvelles manifestations ont eu lieu mardi soir, dans des universités à Téhéran et des affrontements pourraient avoir eu lieu entre des étudiants et des Bassidji (volontaires musulmans loyalistes).

- Face-à-face tendu -

Dans l'après-midi, quelque 200 étudiants, pour la plupart masqués, s'étaient livrés à un face-à-face tendu avec des Bassidji, avait constaté l'AFP.

Les Bassidji criaient "Mort au Royaume-Uni" et brûlaient l'effigie en carton de l'ambassadeur britannique Rob Macaire, brièvement arrêté samedi et accusé par Téhéran d'avoir participé à une manifestation interdite, ce qu'il dément.

Maintenus à distance par les forces de l'ordre, les deux groupes avaient fini par se disperser.

Selon des journalistes de l'AFP, le dispositif policier a été nettement réduit mardi à Téhéran. Internet était nettement perturbé.

Fait extrêmement rare, l'agence de presse Fars, proche des ultraconservateurs, avait rapporté lundi que les contestataires avaient crié la veille "Mort au dictateur!" et scandé des slogans hostiles aux Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne.

Selon l'Autorité judiciaire, une trentaine de personnes ont été arrêtées entre samedi et lundi.

- "Vous restez muets !" -

Un groupe de journalistes réformateurs de Téhéran a publié un communiqué dénonçant le manque de liberté de la presse et des médias officiels.

"Nous assistons aux funérailles de la confiance du public", dénonce le texte dont s'est fait écho l'agence officielle Irna.

"A l'heure où vous devez venir pour présenter des excuses et des explications, vous restez muets! Pourquoi nous couvrez-vous de honte devant l'audience?", a tweeté Elmira Sharifi, un des visages de l'information à la télévision d'Etat.

Le journal Hamshahri, plus grand tirage de la presse iranienne, rapporte une "vague de protestation d'artistes face (au drame) de l'avion et à la façon (dont le peuple a été) informé", ajoutant qu'ils ont annulé leur participation aux festivals de Fajr qui ont lieu en février à l'occasion de l'anniversaire de la Révolution islamique.

Pour Mehdi Rahmanian, directeur de la publication du quotidien réformateur Shargh, "les responsables seront obligés de parler aux gens plus honnêtement", a-t-il estimé auprès de l'AFP.

M. Rahmanian a aussi noté que l'attitude des forces de l'ordre s'était "améliorée par rapport au passé". Le mois dernier, la répression de manifestations liées au coût de la vie avait fait au moins 300 morts, selon l'ONG Amnesty International.

L'Autorité judiciaire a par ailleurs annoncé mardi des arrestations (en nombre non précisé) dans le cadre de la "vaste enquête" menée pour déterminer les responsabilités après le crash.

Le président Hassan Rohani a réaffirmé que son pays devait "punir" tous les responsables du drame. "Il est très important (...) que quiconque ait été fautif ou négligent" soit poursuivi, a-t-il dit.

M. Rohani a demandé la formation d'un "tribunal spécial avec des juges de haut rang et des dizaines d'experts". "Le monde entier va regarder", a-t-il averti.

- "Conséquences" -

L'Iran a déjà invité des experts du Canada, de France, d'Ukraine et des Etats-Unis à participer à l'enquête.

Lors d'un entretien téléphonique, le Premier ministre canadien Justin Trudeau a demandé au président ukrainien Volodymyr Zelensky de l'aider à établir un dialogue avec les autorités iraniennes -- avec qui Ottawa a rompu ses relations en 2012-- pour que celles-ci identifient les corps des victimes canadiennes.

Selon de nouvelles images vidéo publiées mardi par le New York Times, l'avion a été atteint par deux missiles tirés depuis une base militaire près de Téhéran.

Ces images, tirées d'une caméra de vidéo-surveillance et filmées par un téléphone portable, montrent la trajectoire d'un objet brillant dans la nuit, puis une explosion dans le ciel après près de 20 secondes.

Un second objet lumineux est lancé dix secondes plus tard du même endroit, dans la même direction, et explose dix secondes après. Une minute plus tard, une boule de feu apparaît brièvement en haut de l'écran.

Sur un autre dossier, les pays européens parties à l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien --France, Royaume-Uni, Allemagne-- ont déclenché mardi le mécanisme de règlement des différends prévu dans le texte afin de contraindre Téhéran à revenir au respect de ses engagements.

Les Européens ont dit ne pas se joindre pour autant à "la campagne" de "pression maximale contre l'Iran", mais Téhéran, qui s'est affranchi de plusieurs de ses engagements depuis plusieurs mois (en riposte au retrait américain de l'accord) les a mis en garde contre les "conséquences" de leur décision.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, chargé de superviser ce mécanisme, a appelé tous les signataires, dont Téhéran, à préserver l'accord, "impossible" à remplacer.

La catastrophe aérienne du 8 janvier est survenue en plein pic des tensions entre Téhéran et Washington, après l'élimination de Qassem Soleimani, un important général iranien tué par un tir de drone américain le 3 janvier à Bagdad.

Cette opération a été suivie le 8 janvier de tirs de missiles iraniens contre deux bases militaires utilisées par l'armée américaine en Irak, sans faire de victimes.

Quelques heures plus tard, l'avion ukrainien était abattu "par erreur" par un missile iranien alors que la défense du pays était en état d'alerte "guerre".

L'accord commercial avec la Chine, répit pour Trump et ses électeurs

Le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping.

Donald Trump paraphe mercredi un accord synonyme de trêve à la guerre commerciale avec la Chine, adressant un signal d'apaisement à sa base à l'aube d'une année électorale qui débute par un retentissant procès en destitution.

La signature de ce traité, prévue à la Maison Blanche à 11H30 locales (16H30 GMT) en présence du vice-Premier ministre chinois Liu He, mettra temporairement fin à un bras de fer dont l'enjeu est ni plus ni moins la domination économique et technologique mondiale.

Entamé au printemps 2018 pour mettre fin aux pratiques commerciales chinoises jugées "déloyales", ce conflit s'est matérialisé par des droits de douane punitifs réciproques sur des centaines de milliards de dollars de marchandises.

Il a durement affecté le monde agricole et l'industrie manufacturière aux Etats-Unis, ceux-là mêmes qui avaient porté le président républicain au pouvoir en 2016.

Donald Trump a parié sur leur patriotisme, leur demandant de la patience avant des lendemains meilleurs. Son administration a présenté la guerre commerciale comme un mal nécessaire pour rééquilibrer le commerce avec le partenaire chinois.

L'ancien homme d'affaires, qui clamait que les guerres commerciales étaient faciles à gagner, a aussi constamment répété que l'économie américaine restait immune quand la croissance chinoise ralentissait.

Pour autant, ce conflit inédit a suscité la colère, parfois le désespoir du monde agricole.

Un seul exemple: les exportations de soja américain vers la Chine se sont effondrées en 2018, représentant 3,1 milliards de dollars contre 12,3 milliards en 2017.

En moins de deux ans, la Chine a été reléguée de la deuxième à la cinquième place pour les exportations des produits agricoles américains.

Pour atténuer les pertes, l'administration Trump a dû débloquer 28 milliards de dollars d'aide au total entre 2018 et 2019.

Un maigre réconfort pour les agriculteurs, qui n'ont eu de cesse de demander une solution négociée pour reprendre leur activité plutôt que d'être maintenus en vie sous perfusions.

Selon des données chinoises, les achats de soja américain par Pékin ont déjà augmenté de façon significative en décembre (+67% par rapport à l'année précédente).

- Cérémonie éclipsée par les démocrates -

Cet accord est "une grande victoire pour les entreprises américaines et les agriculteurs américains", a déclaré le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin sur Fox Business, évoquant un "pas de géant".

Donald Trump "est le premier président à s'être attaqué" au problème de la Chine, auxquels ont été confrontés "démocrates et républicains", a-t-il également observé.

Pour autant, cette victoire politique --un accord commercial avec Pékin était aussi une promesse électorale de 2016-- sera sans doute éclipsée mercredi par les démocrates de la Chambre des représentants, qui doivent transmettre au Sénat l'acte d'accusation retenu contre Donald Trump.

Le procès en destitution devrait, lui, s'ouvrir mardi prochain.

Nul doute que l'administration Trump tentera de présenter dans une lumière favorable les détails de l'accord avec la Chine.

"Pour la première fois, nous avons un accord complet sur les problématiques technologiques, les services financiers, les achats" supplémentaires de biens chinois, ainsi qu'un "vrai mécanisme pour faire appliquer" l'accord, fait valoir Steven Mnuchin.

Les experts scruteront en particulier toute précision sur les achats supplémentaires de biens américains.

Selon Washington, Pékin va acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains supplémentaires sur une période de deux ans comparé au niveau d'achat de 2017.

En échange des engagements chinois, l'administration Trump a renoncé à imposer de nouveaux droits de douane à la Chine et diminué de moitié ceux imposés le 1er septembre sur 120 milliards de dollars de biens chinois.

Le gouvernement américain devrait aussi insister sur le lancement imminent des négociations pour une phase 2 de l'accord, abordant des questions plus sensibles telles que la cybersécurité.

Et comme pour faire taire à l'avance les rumeurs d'une inflexion de la stratégie américaine, les services du Trésor et du représentant américain au Commerce ont indiqué mardi qu'il n'y avait pas d'accord sur une diminution à venir des droits de douane. Une exigence de longue date de Pékin.

"Le président ne réduira les tarifs douaniers que s'il y a une phase 2 de l'accord, qui est également pleinement exécutoire", a insisté Steven Mnuchin.

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