Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Afrique

Octopizzo, le rap et le bidonville dans la peau au Kenya

L'artiste kenyan Octopizzo dans un bidonville de Nairobi, au Kenya, le 16 janvier 2018.

Comme la plupart des jeunes du plus grand bidonville du Kenya, Henry Ohanga n'attendait pas grand-chose de la vie. La célébrité, ou simplement quitter un jour la misère, rien de tout cela n'était promis à cet orphelin obligé, à l'adolescence, de voler pour manger.

Henry, 29 ans, est pourtant devenu un des artistes de hip-hop les plus populaires d'Afrique de l'Est: Octopizzo. Fort de sa notoriété, il tente de dédiaboliser le bidonville de Kibera, à Nairobi, et de soutenir des jeunes délaissés qui, comme lui lorsqu'il était enfant, s'estiment tout juste destinés à survivre.

"Tout ça là, c'est à propos de cela que je rappe", explique-t-il à l'AFP, balayant d'un mouvement de bras l'océan de tôle ondulée qui s'étend devant lui, et où vivent encore nombre de ses amis et membres de sa famille.

Silhouette longiligne, survêtement noir, montre et boucles d'oreille bling bling, chaîne dorée bardée d'un pendentif à l'effigie de Jésus, Henry dit avoir "le sentiment que si je n'étais pas né ici, je ne serais pas devenu rappeur".

Kibera, c'est un bidonville de 2,5 km2 niché dans la capitale kényane et où vivent entre 170.000 et 250.000 personnes, selon des recensements récents, souvent avec moins d'un euro par jour.

Henry reconnaît que l'endroit où il a grandi est "la définition même du système défaillant". Il a d'ailleurs quitté le bidonville pour permettre à sa fille de grandir loin de la misère. Mais il assure que Kibera est l'endroit qu'il aime "plus que tout au monde" et y tourne d'ailleurs tous ses clips musicaux (plus d'un million de vues sur YouTube).

Lorsqu'il déambule dans le dédale de rues en terre, ce ne sont pas les innombrables déchets qu'il remarque, dit-il, mais plutôt une "ambiance unique et magnifique": les enfants en uniformes aux couleurs vives sur le chemin de l'école, la musique qui résonne dans la moindre ruelle, le rythme des machines à coudre installées à même la rue.

- 'Les voix de Kibera' -

Kibera, c'est aussi une poudrière qui s'enflamme souvent quand la tension politique monte au Kenya.

Lors de la crise ayant suivi l'élection présidentielle de décembre 2007, Henry s'y déplaçait machette en main pour se protéger alors que le bidonville était déchiré par des violences, notamment ethniques, dont il tient les politiciens pour responsables. Sa colère donne alors naissance à la première chanson enregistrée d'Octopizzo: "Les voix de Kibera".

L'artiste ne percera toutefois qu'en 2012, à la faveur d'un programme culturel du British Council ayant également lancé le groupe kényan d'afro-pop Sauti Sol.

Il rappe désormais au sujet de la nourriture ou de la mode à Kibera, afin de changer l'image négative du bidonville. "J'ai l'impression que depuis que je rappe, les choses ont changé. De nos jours, c'est cool d'être de Kibera".

Mais la politique n'est jamais loin et lorsque des manifestations ont éclaté en 2017 à Kibera, après l'élection présidentielle, Henry Ohanga a parlé avec les protestataires et la police pour calmer le jeu.

Il a aussi fermement condamné la répression des manifestations par la police, qui a fait des dizaines de morts au Kenya. "J'ai une voix et je dois l'utiliser, que cela plaise ou non", soutient-il.

- 'Refugeenius' -

Enfant, Henry Ohanga rêvait d'horticulture, pas de rap. Mais l'opportunité de se former dans le domaine des plantes ne s'est jamais présentée.

Son père est mort quand Henry n'avait que 14 ans et sa mère un an plus tard. La solution qu'il trouve alors pour pouvoir manger est de rejoindre un gang qui se livre au vol. "Je ne regrette pas (...), je n'ai jamais tué qui que ce soit", affirme Henry. Il a consacré une chanson aux gangsters et dealers, les seuls venus vers lui lorsqu'il en avait besoin, dit-il.

Henry a maintenant sa propre fondation et travaille notamment avec l'Agence de l'ONU pour les réfugiés pour aider les jeunes à réaliser leur potentiel. En 2016, il a entraîné des réfugiés des camps de Dadaab et Kakuma qui ont alors enregistré un album, "Refugeenius".

Le rappeur à la fine moustache se souvient avoir grandi sans connaître de personnes ayant eu du succès, et explique vouloir jouer le rôle de modèle pour la jeunesse actuelle. "Je veux être le visage qui incarne les possibilités".

Daniel Owino, 22 ans, est un de ceux qu'Octopizzo a su toucher à Kibera. Le décrivant comme un "mauvais garçon" qui avait des problèmes avec tout le quartier, Henry assure lui avoir dit: "Moi aussi je suis passé par là, on a volé des gars mais ce n'est pas grave, on peut changer".

Daniel, alias Futwax, travaille désormais comme moto-taxi tout en continuant à développer sa passion pour la musique avec 13 chansons enregistrées jusqu'à présent.

Octopizzo "est un modèle pour moi", souligne Daniel. "Je venais chez lui ici dans le bidonville et il travaillait très dur. J'ai eu le sentiment que moi aussi, un jour, je pourrais y arriver".

Avec AFP

Toutes les actualités

Le président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa parle de la corruption

Le président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa parle de la corruption
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:38:46 0:00

Au moins 15 soldats tués dans l'attaque d'une base militaire par Boko Haram

Soldats nigérians à Damasak, Nigeria le 18 mars 2015.

Au moins 15 soldats ont été tués dans l'attaque d'une base militaire par des combattants du groupe jihadiste Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, en proie à une sanglante insurrection armée depuis 10 ans, a-t-on appris mardi auprès de sources sécuritaires concordantes.

Des hommes soupçonnés d'appartenir à la faction de l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (Iswap) ont pris d'assaut lundi soir une base militaire à la périphérie de la ville de Gajiram, à 80 km de la capitale régionale, Maiduguri.

"Les corps de 15 soldats ont déjà été retrouvés dans le cadre des opérations de recherche et de secours", a déclaré à l'AFP un officier de l'armée nigériane sous couvert d'anonymat. "Ce chiffre pourrait changer étant donné que les opérations (de recherches) sont toujours en cours et que de nombreux soldats manquent toujours à l'appel".

Une autre source militaire jointe au téléphone a confirmé ce bilan.

"Quinze soldats ont payé le prix suprême, leurs corps ont été retrouvés et la recherche d'autres soldats portés disparus continue", a précisé cette source.

Les jihadistes ont emporté des armes et des véhicules après avoir mis en déroute l'armée et incendié la base, causant d'importants dégâts, selon les deux sources militaires.

Arrivés à bord de neuf pick-up, "ils ont délogé les soldats de la base après des combats", avait confié plus tôt à l'AFP une autre source sécuritaire sous couvert d'anonymat.

Selon des témoignages d'habitants, les jihadistes sont ensuite entrés dans la ville de Gajiram, où ils ont pillé des magasins et tiré des coups de feu en l'air, obligeant les habitants à se réfugier dans leurs maisons ou à fuir en brousse.

"Les hommes armés ont pénétré dans la ville vers 18h00 (17h00 GMT) après avoir vaincu les soldats de la base", a déclaré Mele Butari, un habitant de Gajiram.

"Ils sont restés près de cinq heures. Ils sont entrés par effraction dans les magasins et ont pillé les stocks de nourriture", a ajouté M. Butari. "Ils n'ont blessé personne et n'ont fait aucune tentative pour attaquer les gens qui s'étaient réfugiés dans la brousse ou chez eux".

Des habitants ont vu mardi matin des soldats revenir vers la ville depuis la brousse environnante, probablement après avoir fui durant l'attaque.

- Trois bases en un mois -

L'insurrection lancée par Boko Haram en 2009 dans le nord-est du Nigeria et sa répression par l'armée ont fait plus de 27.000 morts et 1,8 million de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.

Elle a aujourd’hui gagné le Niger, le Tchad et le Cameroun voisins.

Gajiram et la base militaire attenante ont été attaquées à plusieurs reprises par les jihadistes.

Des dizaines de bases militaires ont été attaquées depuis un an par la faction affiliée au groupe Etat islamique, qui cible principalement l'armée et les symboles de l'Etat.

Depuis début juin, c'est au moins la troisième attaque contre une base recensée par l'AFP dans le nord-est du pays.

La semaine dernière, l'Iswap a revendiqué l'attaque de la base militaire de Kareto, également située dans l'Etat du Borno, affirmant avoir tué 20 soldats. Des sources sécuritaires avaient fait état de "plusieurs morts" à l'AFP, sans donner de bilan précis.

Et le 4 juin, la même faction avait revendiqué une série d'attaques contre cinq bases militaires de la région, parlant de 14 soldats tués. Ces allégations n'ont pu être vérifiées de manière indépendante, mais une source militaire a cependant confirmé que cinq soldats avaient été tués dans la base de la ville de Marte (Etat du Borno).

Par ailleurs, au moins 30 personnes ont été tuées et 40 blessées à Konduga (nord-est) dimanche dans un triple attentat-suicide attribué cette fois à la faction loyale au leader historique de Boko Haram, Abubakar Shekau.

Il s'agissait de l'une des attaques les plus meurtrières de ce groupe jihadiste contre des civils depuis des mois dans cette région.

Plus de 300 000 déplacés par les violences

Plus de 300 000 déplacés par les violences
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:00:54 0:00

Ebola: impact sur le commerce à la frontière

Ebola: impact sur le commerce à la frontière
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:02:21 0:00

38 morts et de nombreux blessés" dans une attaque contre deux villages

Quelques personnes regardent au loin le lieu d’une attaque-kamikaze dans la région de Gao, dans le centre-nord du Mali, 1er juillet 2018. (VOA/ Sidi Elhabib Maiga)

Une nouvelle tuerie dans le centre du Mali a fait "38 morts et de nombreux blessés", a indiqué mardi soir le gouvernement malien, selon un bilan encore provisoire.

Dans le même temps, une embuscade contre une patrouille de l'armée plus au nord a occasionné des "pertes humaines et matérielles", selon les Forces armées maliennes.

Des bilans antérieurs avaient évoqué entre une vingtaine et une quarantaine de morts lors de cette attaque survenue lundi dans deux villages dogons de cette région du centre du pays, où un massacre commis dans village dogon proche de Bandiagara le 9 juin avait fait 35 morts, dont 24 enfants.

"Des attaques terroristes ont visé hier lundi 17 juin 2019, dans la soirée, les localités de Gangafani et Yoro dans le cercle de Koro, non loin de la frontière avec le Burkina Faso. Le bilan provisoire officiel est de 38 morts et de nombreux blessés", précise le gouvernement dans un communiqué publié dans la soirée.

"Des forces de défense et de sécurité a été dépêché sur les lieux pour sécuriser les populations et leurs biens et traquer les auteurs de ces attaques", selon le texte.

"Une patrouille des FAMa (Forces armées maliennes) est tombée dans une embuscade des terroristes à Banguimalam, au sud-ouest de Gossi (nord). Des renforts ont été dépêchés pour secourir les éléments victimes d'attaque terroriste et sécuriser la zone", ajoute le communiqué du gouvernement.

"Les #FAMa sont tombées dans une embuscade dans la journée du mardi 18 juin 2019. C'était dans la localité de #Gossi. Au cours de cet accrochage, les FAMa ont enregistré des pertes humaines et matérielles", ont confirmé sur Twitter les Forces armées maliennes.

Voir plus

XS
SM
MD
LG