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Haïti : un mort en marge de la manifestation réclamant la démission du président

Le président haïtien, Jovenel Moise, lors d'une conférence de presse à l'Elysée à Paris, le 11 décembre 2017. REUTERS / Ludovic Marin / Pool -

Un homme a été tué en marge de la manifestation qui a réuni plusieurs milliers d'Haïtiens dimanche à Port-au-Prince, réclamant la démission du président Jovenel Moïse, accusé d'être au coeur d'un "stratagème de détournements de fonds" par la Cour supérieure des comptes.

Le corps sans vie, marqué d'une blessure par balle au thorax, a été rapidement transporté hors de la zone de tensions, a pu constater une journaliste de l'AFP.

En fin de parcours, des violentes échauffourées ont opposé des groupes de jeunes hommes aux forces de l'ordre à proximité du palais présidentiel et du siège départemental de la police. Malgré une importante présence policière et le déploiement de véhicules blindés de l'ONU, deux bâtiments à proximité ont été ravagés par un incendie.

"On ne peut plus être pacifiques. Regardez : ce pouvoir nous tue à chaque fois qu'on manifeste. Et chaque jour, on n'a pas assez d'argent pour manger donc on meurt tous à petit feu. Ce président n'a plus la moralité pour nous gouverner", a confié avec rage Bernard Camillien, un manifestant de 56 ans observant un groupe de jeunes piller un petit commerce.

Alors que manifestants et policiers s'affrontaient à coups de pierre et de grenades lacrymogènes, plusieurs rafales de tirs à balles réelles ont résonné au centre-ville.

- "Système de mafia" -

Avant ces incidents, le cortège de plusieurs milliers de personnes, membres d'organisations de la société civile et de partis d'opposition, avait défilé dans le calme, réclamant justice.

Les juges de la Cour des comptes ont publié la semaine dernière un rapport de plus de 600 pages sur l'utilisation du fonds Petrocaribe, un programme de développement parrainé par le Venezuela, qui se révèle être une litanie d'exemples de gestion calamiteuse et de corruption.

Parmi les centaines de projets épinglés, les magistrats ont découvert qu'en 2014, pour le même chantier de réhabilitation de route, l'État a signé deux contrats avec deux entreprises aux noms distincts, Agritrans et Betexs, mais qui partagent notamment le même matricule fiscal et le même personnel technique.

Avant son arrivée au pouvoir en 2017, Jovenel Moïse était à la tête de l'entreprise Agritrans, laquelle a reçu plus de 33 millions de gourdes (plus de 700.000 dollars américains, au taux de l'époque) pour ce projet routier alors que son activité consistait à de la production bananière.

"Ces gens-là n'ont pas fait beaucoup d'effort pour dissimuler quand ils détournaient l'argent. C'est pour ça que le président doit démissionner : pour qu'on puisse finalement couper toute la tête de ce système de mafia qui se protège pour ne pas aller en prison et aller vers le procès Petrocaribe", a affirmé dimanche avec espoir Velina Charlier, "Petrochallengeuse" de la première heure.

Toujours perçu comme source de gaspillage et de corruption, le fonds Petrocaribe a déjà donné lieu, en 2016 et 2017, à deux enquêtes sénatoriales. Depuis l'été 2018, le mouvement citoyen "Petrocaribe Challenge" a multiplié les manifestations à travers le pays, poussant la Cour des comptes à lancer son contrôle pour déterminer comment les plus de 1,6 milliard de dollars américains ont été dépensés par les quatre administrations successives.

L'appel à un assainissement des institutions nationales est partagé par le secteur catholique.

Ses évêques ont déclaré samedi vouloir voir "à tous les échelons des pouvoirs et de la fonction publique des femmes et des hommes nouveaux par leur mentalité, leur conscience professionnelle et leur compétence".

En février, Haïti a connu une semaine de violentes manifestations contre le pouvoir au cours desquelles au moins sept personnes ont été tuées.

Ces émeutes ont entrainé mi-mars la chute du gouvernement, mais depuis le processus politique pour installer un nouveau cabinet est bloqué par le Parlement.

Sans ministres en fonction, sans encore de budget voté pour l'année fiscale qui a débuté en octobre, Haïti est également menacée par une crise constitutionnelle car la tenue d'élections législatives à l'automne est incertaine.

Cette fragilité institutionnelle aggrave la crise économique à laquelle le pays fait face. Avec une inflation dépassant les 17%, couplée à une forte dévaluation de la monnaie nationale, les besoins des familles les plus vulnérables s'amplifient.

Avec AFP

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Haïti: nouvelle manifestation réclamant la démission du président

Des policiers éteignent un véhicule en flammes appartenant à Radio Tele-Ginen lors d'une manifestation réclamant la démission du président Jovenel Moise à Port-au-Prince, en Haïti, le lundi 10 juin 2019. (AP Photo / Edris Fortune)

Près de 2.000 personnes ont manifesté jeudi dans le centre-ville de Port-au-Prince pour réclamer la démission du président haïtien Jovenel Moïse, qui a assuré la veille qu'il n'était "pas impliqué dans la corruption".

"On rejette le discours du président d'un revers de la main: ce n'est pas à nous, le peuple, qu'il doit dire qu'il n'est pas corrompu mais c'est vers la justice du pays qu'il doit se diriger, en donnant à la justice les moyens nécessaires pour travailler", a expliqué Evens Paul, un manifestant de 31 ans.

Dans un discours mercredi lors d'une cérémonie officielle à Port-au-Prince, M. Moïse s'est adressé directement à la population haïtienne: "Votre président, celui pour lequel vous avez voté, n'est pas impliqué dans la corruption", a-t-il assuré.

Les abords du palais présidentiel étant tacitement interdits à toute manifestation, les organisateurs du rassemblement de jeudi avaient établi un parcours faisant sept fois le tour de l'édifice par les rues adjacentes.

"Ce n'est pas de l'acharnement politique: on n'a aucun problème avec le président", a témoigné Mehdi Garlet, au coeur du cortège majoritairement composé de jeunes hommes.

"En tant que représentant de la République, il doit être au-dessus de tout soupçon mais la Cour des comptes l'implique comme l'un des receveurs de l'argent Petrocaribe avant même qu'il y ait eu un contrat signé, donc la morale publique l'oblige à démissionner", a ajouté l'étudiant de 26 ans.

Plusieurs barricades ont été enflammées le long du parcours de la manifestation, qui s'est déroulée sans incidents majeurs. Quelques dégâts ont été constatés par des journalistes de l'AFP, dans des quartiers périphériques à la place du Champ de Mars où est situé le palais présidentiel.

La Cour supérieure des comptes a rendu le 31 mai un rapport de plus de 600 pages sur la mauvaise gestion de l'aide reçue du Venezuela par Haïti, rapport dans lequel Jovenel Moïse est accusé d'être au coeur d'un "stratagème de détournement de fonds".

Les juges ont découvert entre autres que l'Etat avait signé en 2014, pour le même chantier de réhabilitation de route, deux contrats avec deux entreprises aux noms distincts --Agritrans et Betexs-- mais partageant notamment le même matricule fiscal et le même personnel technique.

Avant son arrivée au pouvoir en 2017, M. Moïse dirigeait Agritrans qui a reçu plus de 33 millions de gourdes --plus de 700.000 de dollars à l'époque-- pour ce projet routier alors que son activité consistait à la production bananière. Cette entreprise, détenue par l'actuel président, avait même reçu une avance de fonds près de deux mois avant la signature du contrat.

Plusieurs milliers de Haïtiens ont déjà manifesté dimanche à Port-au-Prince et dans les principales villes du pays pour réclamer la démission du président.

Deux personnes ont été tuées par balle en marge du rassemblement dans la capitale, qui s'était achevé avec d'importantes violences et quelques destructions matérielles.

Avec AFP

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