Liens d'accessibilité

Dernières nouvelles

Amériques

Haïti: manifestations sur fond de vie chère et de corruption

De violentes échauffourées ont vu s'affronter des opposants les plus radicaux aux policiers.

Au moins deux personnes sont mortes jeudi au cours de manifestations ayant rassemblé en Haïti plusieurs milliers de personnes.

Ces manifestants protestaient contre l'inflation galopante et exigeaient le départ du président Jovenel Moïse après la publication d'un rapport édifiant sur la mauvaise gestion des dépenses publiques

"Cela fait deux ans que Jovenel nous promet de remplir nos assiettes, moi je ne mange pas des mensonges", s'est énervé un manifestant, Josué Louis-Jeune, à Port-au-Prince.

"Ce président n'est qu'un bluffeur, il doit partir", a-t-il ajouté.

Deux personnes ont été tuées au cours de cette journée de manifestation nationale, selon le bilan partiel dressé par le gouvernement jeudi soir. Lors d'une conférence de presse, Gary Desrosiers, porte-parole de la police nationale d'Haïti (PNH) a également précisé que 14 policiers avaient été blessés, principalement par des jets de pierres.

Dans la capitale, plusieurs véhicules ont été brûlés par des manifestants qui ont aussi tenté, en vain, d'incendier une station essence.

De violentes échauffourées ont vu s'affronter des opposants les plus radicaux aux policiers, qui ont fait un large usage de grenades lacrymogènes et, à plusieurs reprises, tiré à balles réelles en l'air pour disperser la foule.

Déjà fragilisée par une inflation à plus de 15% depuis deux ans, l'économie haïtienne plonge à cause d'une dévaluation accélérée de la monnaie nationale, la gourde, face au dollar américain, ce qui augmente d'autant les prix des produits de première nécessité, majoritairement importés.

"On n'en peut plus de ce marasme économique: on n'a pas d'électricité, pas de sécurité et maintenant les vendeurs de farine et de pain ont décidé de fermer leurs portes à cause de l'inflation. Donc on s'approche à nouveau d'émeutes de la faim" s'est inquiété Ulrich Louima en tête du cortège de Port-au-Prince.

La semaine dernière, la Cour supérieure des comptes a publié un rapport d'audit édifiant sur la gestion calamiteuse et les possibles détournements des fonds prêtés depuis 2008 par le Venezuela à Haïti pour financer son développement économique et social.

Une quinzaine d'anciens ministres et hauts fonctionnaires sont épinglés. De même qu'une entreprise dirigée à l'époque par l'actuel président Jovenel Moïse, identifiée comme bénéficiaire de fonds pour un projet de construction d'une route sans signature de contrat.

Le président "doit se mettre à la disposition de la justice pour qu'il puisse dire au peuple de quoi il en est", a expliqué Pascale Solages, une citoyenne mobilisée dans un mouvement qui réclame la transparence dans la gestion de ce fonds d'aide vénézuélien.

Avec AFP

Toutes les actualités

Le Canada élit ses députés

Le Canada élit ses députés
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:01:10 0:00

Violents affrontements au Chili

Violents affrontements au Chili
Attendez s'il vous plaît

No media source currently available

0:00 0:00:57 0:00

Au Chili, pourquoi une telle explosion de violence ?

Sebastian Pinera, Valparaiso, Chili, le 1er juin 2019.

Considéré comme un modèle de stabilité politique et économique en Amérique latine, le Chili souffre pourtant de graves fractures sociales, nourrissant depuis des années un mécontentement social qui a fini par exploser, mais que de nombreux analystes avaient prédit.

Malgré le déploiement de l'armée, décrété samedi par le président conservateur Sebastian Pinera, des milliers de Chiliens ont continué d'exprimer leur colère dans la rue dimanche face aux inégalités d'un système politique et économique, qui dans de nombreux domaines, a peu évolué depuis la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

"De l'extérieur, on ne pouvait voir que les réussites du Chili, mais à l'intérieur, il y a des niveaux élevés de fragmentation, de ségrégation et une jeunesse qui, même si elle n'a pas vécu la dictature, a cessé de voter il y a de nombreuses années. Elle en a eu marre et elle est sortie dans la rue pour montrer sa colère et sa déception", a expliqué à l'AFP Lucia Dammert, professeure à l'Université de Santiago du Chili.

Avec une inflation de 2 % par an, un taux de pauvreté de 8,6 % et une croissance qui devrait atteindre cette année 2,5 % du PIB, soit l'une des plus élevées d'une région en crise, le modèle chilien fait des envieux en Amérique latine. Mais plusieurs indicateurs sociaux - comme la santé, l'éducation et les retraites, qui relèvent dans ce pays quasiment exclusivement du secteur privé - montrent de très fortes inégalités.

"Beaucoup de demandes latentes n'ont pas eu de réponse. La tension s'est accumulée, la frustration s'est renforcée chaque jour dans la vie quotidienne", souligne Octavio Avendaño, sociologue et politologue à l'Université du Chili.

Pour le spécialiste, ce n'est pas un hasard si la genèse de l'explosion sociale a été l'augmentation de 3% des tarifs du métro, une hausse qui touche le quotidien de très nombreux Chiliens et que le président Sebastian Pinera a finalement suspendue samedi face à des manifestations devenues incontrôlables.

- Consommation, endettement, déconnexion -

Le revenu par habitant au Chili, de plus de 20.000 dollars, est le plus élevé d'Amérique latine. Mais le système de retraites par capitalisation, très critiqué car il n'offre le plus souvent qu'une retraite inférieure au salaire minimum d'environ 400 dollars, des coûts élevés de santé et d'éducation, ainsi qu'un marché immobilier en surchauffe, constituent un cocktail explosif, selon plusieurs analystes.

Pour le sociologue Alberto Mayol, de l'Université du Chili, "dans une société où l'intégration sociale se produit à travers la consommation, les gens ont besoin de consommer (...) et pour cela doivent s'endetter".

L'endettement est l'un des grands maux qui affectent les ménages chiliens. Selon une étude de l'Université de Saint-Sébastien et d'Equifax, un adulte sur trois est incapable de faire face à son endettement avec ses ressources.

De nombreux Chiliens, sortis ces dernières années de la pauvreté, sont d'ailleurs les plus touchés car les avantages sociaux sont peu nombreux pour la classe moyenne à laquelle ils appartiennent désormais. Ce sont les membres de ces familles qui ont allumé les flammes de cette révolte sans précédent.

Lors des manifestations, de nombreux protestataires ont également dénoncé le pouvoir économique des dirigeants et l'injustice d'un système économique qui favorise avant tout le capital, alors que le président Sebastian Pinera est lui-même un des hommes les plus riches du Chili et que son gouvernement compte de nombreuses personnalités du monde des affaires.

Le gouvernement Pinera concentre le pouvoir économique, politique et institutionnel, une "trinité" à l'origine d'une importante fracture entre la population et les dirigeants, estime Alberto Mayol.

De nombreuses pancartes brandies par des manifestants pendant les protestations faisaient d'ailleurs référence aux scandales de corruption dans laquelle ont été impliqués de puissants groupes économiques proches du chef de l'Etat.

Dans une société très cloisonnée en fonction de la classe sociale, les responsables politiques, qui vivent dans les quartiers huppés de Santiago, sont le plus souvent perçus comme déconnectés de la réalité.

"Le monde politique a son mea culpa à faire", estime Lucia Dammert. Quant à Alberto Mayol, il estime que l'évolution de la situation reste pour l'heure un "mystère".

Avec AFP

Haïti: des milliers de manifestants anti-Jovenel à Port-au-Prince

Les manifestants demandent la démission du président haïtien Jovenel Moise lors d'une marche dirigée par la communauté artistique de Port-au-Prince, à Haïti, le 13 octobre 2019.

Des milliers de personnes ont manifesté dimanche à Port-au-Prince, à l'appel de dirigeants religieux et artistes populaires, pour réclamer la démission du président haïtien Jovenel Moïse, mot d'ordre d'un mouvement de contestation lancé fin août.

"Jovenel est incapable et incompétent, il faut qu'il plie bagages parce qu'Haïti doit vivre", déclare l'un des manifestants, Jean Ronald. "Il n'est pas normal de vivre dans un pays aussi inégalitaire", ajoute-t-il, devant le char de "Prophète Mackenson", un dirigeant religieux haïtien aussi populaire que controversé.

Mackenson Dorilas, autoproclamé "prophète", a été sanctionné par le ministère haïtien des Cultes fin 2018 après avoir annoncé pouvoir guérir le sida avec un remède à base de punaises de lit.

La foule de ses fidèles a sillonné les rues de la capitale, suivie par de larges groupes de manifestants répondant à l'appel de chanteurs populaires. Prières et slogans hostiles au président ont été scandés pendant des heures à Port-au-Prince.

En raison des manifestations répétées et des barricades régulièrement installées sur les principaux axes routiers, la majorité des établissement scolaires gardent leurs portes closes depuis plus d'un mois.

"J'ai mis mon uniforme aujourd'hui, il est tout neuf, et la première occasion que j'ai de le mettre, c'est dans une manifestation" déplore Nelly Delamet, 19 ans.

Me Johnny Trov Salomon manifeste lui avec sa robe d'avocat et un exemplaire de la constitution en main. "Toutes les couches sociales sont présentes: on veut que le monde entier voit qu'on n'est pas favorable à Jovenel".

La colère populaire contre Jovenel Moïse, décrié par les opposants les plus radicaux depuis son arrivée au pouvoir en février 2017, s'est accentuée fin août à la suite d'une pénurie de carburants généralisée à travers le pays.

Majoritairement issus des quartiers les plus pauvres, les manifestants exigent d'autant plus la démission du chef de l'État que des entreprises qu'il dirigeait avant son entrée en politique ont été épinglées par la Cour supérieure des comptes comme étant "au coeur d'un stratagème de détournement de fonds".

Avec AFP

Elections en Bolivie: Morales en tête, mais contraint à un second tour inédit

Un assesseur exhibe un bulletin de vote au nom du président Evo Morales après la fermeture des bureaux de vote à La Paz, en Bolivie, le dimanche 20 octobre 2019. (AP Photo / Juan Karita)

Le président bolivien sortant, Evo Morales, est arrivé dimanche en tête de l'élection présidentielle, suivi de près par son principal adversaire, le centriste Carlos Mesa, le contraignant à un second tour inédit dans ce pays, selon des résultats partiels.

Le socialiste Morales remportait 45,28% des voix, tandis que M. Mesa totalisait 38,16% des votes, a annoncé vers 20H00 (00H00 GMT) la présidente du Tribunal suprême électoral bolivien, Maria Eugenia Choque, avec près de 84% des bulletins dépouillés.

Pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40% des voix avec 10 points de pourcentage d'écart sur le second.

Neuf candidats aspiraient à diriger la Bolivie, mais seul Carlos Mesa, un journaliste de 66 ans qui fut déjà président entre 2003 et 2005, semblait en mesure de faire trébucher le chef de l'Etat de 59 ans, jusqu'ici systématiquement élu dès le premier tour.

Dans ce pays de 11,3 millions d'habitants, le vote est obligatoire.

Dans le centre de La Paz, Jorge Aguilera, 24 ans, et son père Hector, ont assisté, en tant que simples citoyens, au dépouillement dans le collège Hugo Davila.

"C'était important de venir, à cause de ce qui s'est passé dans le pays", déclare Jorge à l'AFP, à propos des risques de manipulation des résultats. "Je ne crois pas que la fraude ait lieu à ce niveau (...) mais au moment de rentrer l'information dans le système informatique. Le risque est là!", ajoute son père une fois le décompte manuel terminé.

L'opposition a appelé à un "vote sanction", le camp présidentiel au "vote sûr". Après avoir voté, le vice-président Alvaro Garcia Linera a enjoint les électeurs à "penser à la tranquillité de la Bolivie", en mentionnant les violentes manifestations au Chili et en Equateur.

Collier de fleurs et chemisette blanche, le chef de l'Etat a voté dans son fief du Chaparé (centre), une des régions de production de coca. Avant de repartir pour La Paz, Evo Morales s'est dit "optimiste" et "confiant en la démocratie".

De son côté, Carlos Mesa a dit dans un entretien à l'AFP craindre des fraudes car le parti de M. Morales "contrôle tous les organes de l'Etat".

- Candidature mal vue -

Pour la politologue bolivienne Maria Teresa Zegada, "le pouvoir a remplacé les politiques destinées à toute la population par d'autres qui ne servent les intérêts que de certains secteurs, et des leaders de l'opposition ont été persécutés". "Tout cela a provoqué un malaise citoyen et donné l'impression que la démocratie était en danger", analyse-t-elle dans un entretien à l'AFP.

En outre, la décision de M. Morales de briguer un quatrième mandat, malgré le "non" lors du référendum de février 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l'opposition, qui estime que le pays pourrait verser dans l'autocratie en cas de nouvelle victoire.

Tant les partisans du Mouvement vers le socialisme (MAS) au pouvoir que ceux de l'opposition, dont certains secteurs ont appelé à la "rébellion", ont promis de descendre dans la rue en cas de victoire du camp adverse.

Enfin, les gigantesques incendies qui ont ravagé en août et septembre une zone presque de la taille de la Suisse ont provoqué l'indignation des peuples indigènes, qui accusent Evo Morales d'avoir sacrifié la Pachamama, la Terre mère en langue quechua, pour étendre les terres agricoles et augmenter la production de viande destinée à la Chine.

Les défenseurs de l'environnement mettent en cause une récente loi autorisant une augmentation de 5 à 20 hectares de la déforestation par brûlis.

De son côté, M. Morales a fait campagne en insistant sur sa réussite économique (maintien d'une croissance économique élevée, forte réduction de la pauvreté, niveau record de réserves internationales), qui a fait de la Bolivie un des pays avec le meilleur taux de croissance de la région.

Les 7,3 millions d'électeurs boliviens ont voté dimanche pour leurs président et vice-président, ainsi que pour leurs 130 députés et 36 sénateurs.

Avec AFP

Voir plus

XS
SM
MD
LG