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Rwanda

Publication d'une note sur "l'attentat déclencheur" du génocide rwandais

Les crânes et os de victimes d'un massacre à l'église de Ntarama. (Photo prise le 4 avril 2014 au Mémorial du Génocide de Kigali).

Mediapart et Radio France ont publié mercredi des extraits d'une note des services secrets français qui, selon ces médias, a désigné, dès septembre 1994, deux "extrémistes hutus" rwandais comme les "principaux commanditaires" de l'attentat déclencheur du génocide au Rwanda en 1994.

Ces médias précisent que cette note de la Direction générale de la sécurité extérieure française (DGSE) "a été déclassifiée par le ministre (français) de la Défense le 17 septembre 2015" à la demande des juges d'instruction parisiens qui enquêtaient sur cet attentat.

"Ce document du renseignement français", en septembre 1994, "désigne deux extrémistes du régime, les colonels Théoneste Bagosora, ancien directeur du cabinet du ministre de la Défense, et Laurent Serubuga, ancien chef d'état-major des Forces armées rwandaises (FAR), comme +les principaux commanditaires de l'attentat du 6 avril 1994+", affirment Médiapart et Radio France, qui s'interrogent: "les services de l'Etat (français) ne savaient-ils vraiment +rien+?".

L'attentat du 6 avril 1994 contre l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, un Hutu, est considéré comme l'événement déclencheur du génocide qui fit 800.000 morts selon l'ONU, principalement parmi la minorité tutsi.

Le colonel Bagosora fut un des principaux instigateurs du génocide. Il a été condamné à une longue peine de prison par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qu'il purge au Mali.

Laurent Serubuga, soupçonné d'implication dans le génocide par Kigali, "s'est installé en France dans les années 90", selon Mediapart et Radio France. La justice française a rejeté en 2014 la demande d'extradition de ce Rwandais vers Kigali.

Théoneste Bagosora et Laurent Serubuga "se sont longtemps considérés comme les héritiers légitimes du régime (...) Leur mise à la retraite, prononcée en 1992 par le président Habyarimana, alors qu'ils espéraient obtenir le grade de général (...) a été à l'origine d'un lourd ressentiment et d'un rapprochement remarqué auprès de Mme Agathe Habyarimana, veuve du président et considérée souvent comme l'un des principaux cerveaux de la tendance radicale du régime", selon cette note citée par les médias.

"Cette opération (l'attentat contre l'avion de M. Habyarimana) aurait été préméditée de longue date par les extrémistes hutus (...) L'assassinat de ministres de l'opposition modérée et de Tutsis, moins d'une demi-heure après l'explosion du Falcon présidentiel, confirmerait le haut degré de préparation de cette opération", ajoute la note citée.

En France, une enquête ouverte en 1998 après la plainte des familles de l'équipage français de l'avion avait d'abord privilégié l'hypothèse d'un attentat commis par des soldats de l'ex-rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), dirigé par Paul Kagame, devenu président en 2000.

Mais cette thèse a été fragilisée après un rapport d'experts en balistique, qui se sont rendus sur place et qui ont désigné le camp de Kanombe, alors aux mains de la garde présidentielle d'Habyarimana, comme zone de tir probable.

Fin décembre 2018, l'enquête s'est terminée par un non-lieu, les magistrats instructeurs soulignant notamment "l'absence de charges suffisantes" contre les proches de Paul Kagame.

Sollicité par Médiapart et Radio France au sujet de cette note, l'ancien secrétaire général de la présidence française au moment du génocide, Hubert Védrine, a déclaré: "c'est bien possible". "Il y avait des tas de notes, d'origines diverses envisageant les deux hypothèses (...)".

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Controverse sur Mitterrand et le génocide au Rwanda

L'ancien président français François Mitterrand, en exercice au moment du génocide au Rwanda, à Paris, France, 11 juillet 1994.

L'association Survie a déploré la "véhémence" avec laquelle 23 anciens ministres socialistes français s'étaient insurgés contre des propos critiques sur l'ex-président François Mitterrand en place au moment du génocide au Rwanda, la jugeant "révélatrice du déni sur le sujet".

Le journal Le Canard Enchaîné révèle dans son édition de mercredi qu'une lettre a été adressée au chef du Parti socialiste français (PS) Olivier Faure, émanant de 23 ex-ministres du PS qui s'insurgent contre des déclarations de Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique aux élections européennes du 26 mai.

"Le Rwanda est le plus grand scandale de la Ve République. Gauche et droite ont trempé dedans, même si c'est François Mitterrand qui avait lancé cette politique et la portait de la manière la plus radicale et abjecte", avait notamment déclaré M. Glucksmann au journal Le Monde le 6 janvier.

Parmi les signataires de la lettre figurent Hubert Védrine, l'ancien secrétaire général de la présidence française au moment du génocide au Rwanda, et Paul Quilès, ancien président d'une Mission d'information de l'Assemblée nationale française sur le Rwanda.

"Comment peut-on porter un tel jugement (...) alors que la France fut le seul pays, dès le feu vert donné par l'ONU, à mener une opération humanitaire en 1994, pendant le génocide, pour sauver des vies, pendant que le monde entier restait indifférent", s'insurgent les signataires.

"Certes, la politique française au Rwanda peut naturellement être évaluée, discutée, ou critiquée. Mais rien ne peut justifier les accusations de "complicité de génocide" relayées par M. Glucksmann, alors qu'il s'exprime aujourd'hui au nom des socialistes", estiment les signataires.

Les zones d'ombres sur le rôle de la France avant, pendant et après ce génocide - qui fit au moins 800.000 morts entre avril et juillet 1994 selon l'ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi mais aussi parmi les Hutu modérés - restent une source récurrente de polémique en France.

Le président Mitterrand est accusé d'avoir, entre 1990 et 1994, pris le parti des Hutus face à la rébellion tutsie, soutenue par l'Ouganda, par crainte d'une expansion de la sphère d'influence anglo-saxonne. Et d'avoir ensuite tardé, comme l'ensemble de la communauté internationale, à réaliser l'ampleur des massacres et à s'interposer pour protéger les Tutsi traqués.

Dans un communiqué mercredi soir, Survie, qui milite "pour une refonte réelle de la politique étrangère de la France en Afrique", estime que cette lettre est "révélatrice du déni sur le sujet, 25 ans après".

"Ces anciens ministres se scandalisent des accusations de "complicité de génocide" ? Pourtant, aucun ne peut ignorer le rôle central de François Mitterrand dans le soutien jusqu'au-boutiste au gouvernement intérimaire rwandais qu'il qualifia pourtant de "bande d'assassins" à la mi-juin 1994", affirme notamment Survie.

Mais cette "véhémence" et cette "énième levée de boucliers montre que des personnalités qui ont eu des rôles clé à l'époque ou dans le PS les années suivantes sont encore capables de se coaliser", ajoute Survie.

Jeudi, M. Glucksmann a estimé sur les médias RMC et BFMTV que le génocide au Rwanda n'était "pas un enjeu de polémique électorale".

"A l'époque, il y avait un président de gauche, François Mitterrand, et un Premier ministre de droite, Édouard Balladur, on est en pleine cohabitation et la France a soutenu, armé, formé les milices et l'armée qui allaient faire le génocide, ça c'est une vérité", a-t-il martelé.

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Arrestation d'un chef rebelle accusé d'attaques meurtrières

Richard Sezibera, ministre rwandais des Affaires étrangères lors d'une conférence de presse sur l'arrestation de Callixte Nsabimana à Kigali, Rwanda, le 30 avril 2019.

Le gouvernement du Rwanda a annoncé mardi avoir arrêté un chef rebelle soupçonné d'avoir lancé une série d'attaques meurtrières dans une zone de forêts proche du Burundi et de la République démocratique du Congo (RDC).

Au Rwanda, Callixte Nsabimana est accusé de "formation d'un groupe armé irrégulier, complicité d'actes terroristes, (...), prise d'otages, meurtre et pillage", a-t-il précisé dans un communiqué.

Nsabimana est le porte-parole du Front de libération nationale (FLN), un groupe armé qui a revendiqué la responsabilité de nombreuses attaques dans la région de Nyungwe, prisée des touristes désireux de voir des gorilles des montagnes, une espèce menacée.

Le FLN est affilié aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe rebelle basé en RDC qui mène des attaques au-delà de la frontière, contre les forces rwandaises.

Nsabimana a revendiqué les attaques via les réseaux sociaux, affirmant que son groupe avait pour objectif de renverser le président rwandais Paul Kagame.

Les autorités rwandaises ont refusé de préciser la date de son arrestation ou de sa comparution en justice. "Il a été arrêté et ramené ici", s'est contenté de déclarer mardi le ministre des Affaires étrangères, Richard Sezibera, au cours d'une conférence de presse.

En décembre dernier, Nsabimana avait revendiqué l'incendie de bus dans la région de Nyungwe qui avait fait deux morts et de nombreux blessés.

Les attaques à Nyungwe avaient conduit de nombreux pays occidentaux, dont la France, l'Allemagne, le Canada et l'Australie à déconseiller à leurs ressortissants de voyager dans cette région.

Naufrage d'un bateau en RDC: 15 corps retrouvés au Rwanda

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Le Chef politique des FDLR est mort en Allemagne

Igance Murwanashyaka, le chef policitique des rebelles hutu rwandais des FDLR, à Rome, 31 mars 2005.

Le chef politique de la rébellion hutu rwandaise, accusé d'avoir commis des exactions en RD Congo en 2009, est mort mardi en Allemagne où il était détenu et où il attendait le réexamen de sa condamnation, a indiqué mercredi le tribunal régional de Stuttgart.

Ignace Murwanashyaka est décédé mardi à 55 ans à la clinique universitaire de Mannheim, a indiqué le quotidien allemand Tageszeitung.

Son état de santé s'était brutalement détérioré le 11 avril en détention, a expliqué l'instance stuttgartoise à l'agence de presse allemande dpa en confirmant la mort mais pas le lieu.

Le tribunal a indiqué ne pas disposer d'informations plus précises sur sa maladie ni sur les causes de sa mort en raison du secret médical.

Ignace Murwanashyaka, président (chef politique) des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), avait été arrêté en novembre 2009 en Allemagne où il vivait depuis les années 80.

Il était accusé, aux côtés du vice-président des FDLR Straton Musoni, d'avoir téléguidé depuis l’Allemagne plusieurs attaques dans la région du Nord-Kivu dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC).

Le tribunal de Stuttgart avait condamné Murwanashyaka à 13 ans de prison en septembre 2015, à l'issue d'un long et complexe procès, et Musoni à huit ans.

Mais cette condamnation avait été annulée en décembre par la Cour fédérale de Karlsruhe en raison "d'erreurs juridiques en sa faveur comme en sa défaveur" et devait être réexaminée.

M. Murwanashyaka, né en 1963, et M. Musoni, devaient initialement répondre de 26 crimes contre l'humanité et 39 crimes de guerre, commis en 2009, ainsi que de "la direction d'une entreprise terroriste à l'étranger".

Mais la cour avait finalement abandonné les trois quarts des accusations pour se concentrer sur les meurtres, expliquant ne pas vouloir mettre en péril les enfants-soldats recrutés de force et les femmes violées.

Plusieurs rapports d'experts désignaient Ignace Murwanashyaka comme le chef de l'organisation depuis fin 2001, sous le nom de code Mihigo.

Recherché par Kigali et objet de sanctions des Nations unies depuis 2005, il a fait sa vie en Allemagne après ses études.

Les FDLR sont présentes dans l'est de la RDC depuis 1994. Certains de leurs chefs sont accusés d'être responsables du génocide au Rwanda perpétré par le régime hutu extrémiste sur les Tutsis et les Hutus modérés, avant leur renversement par les forces pro-Tutsi de l'actuel président rwandais Paul Kagame.

La RDC a été ravagée par deux guerres régionales (1996-1997 et 1998-2003), entamées dans le Kivu par des rébellions qui se sont élargies, allant jusqu'à impliquer sept pays africains sur le sol congolais, dont le Rwanda.

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