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France: changement de ton vis-à-vis des violences policières

Photo prise le 16 juillet 1995 du président de la République Jacques Chirac lors des cérémonies commémoratives de la rafle du Vel d'Hiv le 16 juillet 1942.

Changement de ton au sein de l'exécutif français : alors que la liste de blessés lors de manifestations s'allonge, il admet aujourd'hui certains "manquements déontologiques" au sein des forces de police, sans remettre en cause la doctrine française du maintien de l'ordre.

La polémique enfle depuis de longs mois, au fil des manifestations de "gilets jaunes", un mouvement de contestation fiscale et sociale qui a souvent attiré les black block, puis de celles contre la réforme des retraites. Les réseaux sociaux égrènent les photographies de manifestants ayant perdu un œil, une main, de visages enflés... sans que, jamais, les autorités ne prennent acte d'une violence excessive ou ne remettent en question l'utilisation, pour le maintien de l'ordre, de certaines armes, comme les décriés lanceurs de balles de défense.

Des événements récents ont changé la donne, comme le décès d'un père de famille de 42 ans, des suites d'une asphyxie avec fracture du larynx, après un plaquage ventral par des policiers pratique interdite notamment en Suisse et en Belgique et une clef d'étranglement. Ou la diffusion d'une vidéo montrant une femme chutant après le croc-en-jambe d'un policier.

"On ne fait pas de croche-pied à l'éthique", a réagi le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner après avoir appelé les policiers à l'"exemplarité" et à un "usage juste et proportionné de la force".

Le président Macron a, lui, fustigé "des comportements pas acceptables", pouvant "atteindre la crédibilité et la dignité" des forces de l'ordre, enjoignant M. Castaner de faire des "propositions pour améliorer la déontologie" dans leurs rangs.

À peine quelques jours plus tard, dimanche, une enquête administrative était ouverte en moins de 24 heures, après la diffusion d'une vidéo montrant un policier frapper un manifestant à terre.

Cette affaire est néanmoins l'objet de versions contradictoires, et le jeune homme est convoqué en février au tribunal pour y être jugé pour "violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique", "rébellion et participation à un groupement formé en vue de commettre des violences et des dégradations".

- "Fini le déni" -

Les déclarations de l'exécutif ont été mal accueillies par des syndicats de police, au lendemain de la mort d'un de leurs collègues en intervention et alors que les forces de l'ordre se disent exténuées par plus d'un an de contestations.

Elles ont en revanche été saluées par des éditorialistes : "Fini le flagrant déni", a titré en Une Libération (gauche) tandis que La Voix du Nord (régional) fustigeait “le silence des autorités (qui) depuis des mois autorise insidieusement les violences".

Ce n'était pourtant pas faute d'avoir été dénoncées par des associations, syndicats, universitaires. La Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU avait réclamé le 6 mars à la France une "enquête approfondie" sur ces incidents, s'attirant une sèche réplique de Paris.

"La parole gouvernementale sort du déni total et littéral pour entrer dans une reconnaissance de +manquements déontologiques+, de +comportements inacceptables+", estime le sociologue Jérémie Gauthier, spécialiste des questions de police.

"Jusqu'à maintenant, la question +des violences policières+ était un sujet tabou (...). C'est tout à fait inédit qu'un ministre de l'Intérieur, qu'un président, dans ses vœux aux policiers, rappelle à la déontologie, à l'éthique en citant explicitement des cas de violence", renchérit la consultante Aline Daillère, spécialiste des questions de Police-justice.

Pourtant, la question "travaille la société française depuis longtemps", "mais elle la travaille à partir de ses marges, à la fois urbaines et sociales", pointe M. Gauthier.

Or, désormais, "ces actes se déroulent sur des populations qui ne sont pas les cibles +habituelles+ de ces violences. On parle aujourd'hui de populations blanches, de centre-ville, de catégories professionnelles variées", avec une médiatisation plus facile grâce aux téléphones intelligents et réseaux sociaux, explique l'universitaire.

Il rappelle que les LBD dont le défenseur des Droits en France a demandé la suspension ont tout d'abord été mis en service dans les unités anti-criminalité avant d'être utilisés dans le maintien de l'ordre. "En Allemagne, on n'utilise ni grenade de désencerclement ou offensive, ni LBD pour le maintien de l'ordre (...). L'usage d'armes classées comme des armes de guerre en maintien de l'ordre, renvoie à des choix de doctrine opérés par l'institution policière ainsi qu'à des décisions politiques".

"Si les policiers ne faisaient pas usage de ces moyens de défense, peut-être que certains auraient été lynchés" lors des dernières manifestations de "gilets jaunes", a récemment justifié le secrétaire d'État à l'Intérieur Laurent Nuñez.

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Algérie/virus: premier ferry pour la France depuis la suspension des traversées

Une Algérienne regarde la mer en visitant une ruine romaine sur le site archéologique de Tipasa, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, à environ 70 km (43 miles) à l'ouest d'Alger, le 4 mai 2012. REUTERS / Zohra Bensemra

Un ferry français a appareillé lundi d'Alger à destination de Marseille, dans le sud de la France, assurant la première liaison maritime pour le transport de passagers entre les deux pays depuis la suspension des traversées en raison de la pandémie de Covid-19.

Le "Danielle Casanova" de la compagnie privée Corsica Linea a quitté le port d'Alger à 15H10 locales (14H10 GMT), avec 970 passagers et 427 véhicules à bord, a précisé à l'AFP la capitainerie du port.

D'une capacité de 2.400 passagers et pouvant embarquer jusqu'à 700 véhicules, le ferry était arrivé vide à Alger à 07H00 locales (06H00 GMT) en provenance de Marseille.

Il est attendu dans la cité phocéenne mardi à la mi-journée.

Tout au long de la matinée, le navire a embarqué des expatriés et des Algériens résidant en France, bloqués en Algérie depuis près de trois mois par les restrictions de déplacements dues à la crise sanitaire, ont constaté des journalistes de l'AFP.

"Je suis bloqué en Algérie depuis plus de trois mois. J'ai dû séjourner durant toute cette période dans un hôtel de la capitale", raconte à l'AFP Mustapha, un Franco-algérien de 49 ans établi à Lyon (sud-est de la France).

"J'attends ici dans l'espoir de pouvoir monter a bord du bateau. Les billets se vendent en sous-main", assure-t-il.

Afin de respecter les normes sanitaires et les règles de distanciation, la Corsica Linea n'a vendu que des places en cabines, dans lesquelles les passagers seront confinés pendant la traversée, selon une source portuaire.

Restaurants et bars à bord resteront fermés mais l'équipage a distribué aux passagers des sandwiches et des boissons.

Le "Danielle Casanova", mis en service en 2002, doit assurer deux dessertes similaires dimanche et mardi prochains, selon la capitainerie. D'autres liaisons sont envisagées dans la première quinzaine de juin.

L'Algérie a fermé ses frontières maritimes depuis le 19 mars, date à laquelle un ferry algérien avait assuré une ultime traversée entre la France et l'Algérie.

Le "Tariq Ibn Ziad", de la compagnie Algérie Ferries, avait alors rapatrié en Algérie depuis Marseille environ 1.700 personnes, piégées en France par la pandémie.

- Vols de retour spéciaux -

Par ailleurs, la mise en place de vols de rapatriement s'accélère depuis plusieurs jours dans les deux sens, assurés notamment par la compagnie nationale Air Algérie.

Depuis la fermeture de l'espace aérien algérien le 17 mars, Air France a organisé des vols spéciaux à partir d'Alger qui ont permis à plus de 6.000 personnes de regagner l'Hexagone, selon l'ambassade de France en Algérie.

La compagnie aérienne ASL Airlines France organise plusieurs vols retour au départ d'Alger, Annaba (nord-est de l'Algérie) et Bejaïa (est), à destination de Paris et Lyon (centre de la France), à partir de ce lundi et jusqu'au 8 juin, selon un programme affiché sur le site de la compagnie.

Et la filiale à bas coûts d'Air France-KLM, Transavia France, va proposer prochainement des vols spéciaux à partir d'Algérie, selon le consulat général de France à Alger.

Au total, au 26 mai, plus de 350 vols spéciaux ont permis de rapatrier 56.000 ressortissants français depuis l'Algérie, le Maroc, et la Tunisie, selon le ministère français des Affaires étrangères --dont 8.000 pour la seule Algérie.

Mais face au nombre important de Français toujours bloqués, Paris a décidé la semaine dernière de renforcer les liaisons aériennes et maritimes vers ces trois pays du Maghreb afin de pouvoir rapatrier 15.000 ressortissants supplémentaires.

Un ferry avait déjà rallié la France depuis Tunis à la mi-mai et un autre est prévu le 17 juin.

Deux navires passagers ont également appareillé du Maroc la semaine dernière.

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