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France: 2017, la présidentielle de toutes les surprises


Marine Le Pen parle aux journalistes, à New York. (L. Bryant/VOA)

Des têtes d'affiche éliminées, le favori de droite miné par une enquête: la campagne présidentielle en France déroule un scénario imprévisible à 80 jours d'un vote dont l'inconnue majeure reste la capacité de Marine Le Pen à accéder au pouvoir.

"Jeu de massacres", "grande lessive", "chamboule-tout"... Commentateurs et ténors de tous bords assistent, médusés, à un maëlstrom politique commandé par une soif de renouveau. Après le Brexit et l'élection de Donald Trump aux Etats-Unis, cette présidentielle, très observée à l'étranger, "danse sur un volcan", résumait mardi le quotidien Le Monde.

Il y a encore quelques mois les Français imaginaient sans enthousiasme revoir le 7 mai prochain le même duel qu'en 2012 entre l'ex-président de droite Nicolas Sarkozy et le socialiste François Hollande. Ils voient désormais un casting inattendu qui pourrait encore évoluer si le champion de la droite François Fillon, en pleine tourmente, se retirait.

Les pronostics donnent aujourd'hui la présidente du parti du Front national Marine Le Pen devant François Fillon, talonné par l'ex-ministre de l'Economie repositionné au centre, Emmanuel Macron. Puis viennent le champion socialiste, Benoît Hamon -désigné dimanche- et le tribun de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon.

Mais la position de favori n'est plus un gage de succès: les ténors qui occupaient la scène politique depuis une décennie, sont tombés les uns après les autres à la faveur de primaires, un mode d'investiture apparu en 2011 en France. La droite y a eu recours pour la première fois de son histoire en novembre dernier.

Cet épisode a vu chuter Nicolas Sarkozy et l'ex-Premier ministre Alain Juppé, favori pendant des mois. Au parti socialiste, affaibli et divisé, l'ex-Premier ministre Manuel Valls, lui aussi favori après le désistement du président François Hollande, a fait les frais du rejet de la politique gouvernementale qu'il a incarnée pendant deux ans.

Désormais, les candidats plaident tous pour en finir "avec les vieilles recettes", vantent leurs programmes "radicaux", "innovants", ou "antisystème". L'étoile montante de la campagne Emmanuel Macron, 39 ans, n'a jamais eu aucun mandat électif, se présente sans étiquette, son livre programme s'intitule "Révolution".

'Dégagisme'

"Peu de fois dans ma vie politique j'ai senti autant d'exaspération (...) Et on devine que la tendance +dégagiste+ de la société va s'amplifier", pronostiquait dimanche sur sa page Facebook le candidat d'extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon. Comme Emmanuel Macron, il a préféré faire cavalier seul, sans primaire.

Et les coups de théâtre s'enchaînent.

Favori de la course, François Fillon est accusé d'emplois fictifs et visé par une enquête pour détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel.

Selon l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné, son épouse Penelope, mère au foyer jusque-là sans profession connue, a perçu plus de 900.000 euros brut comme "assistante parlementaire" et comme collaboratrice d'une revue. Il a aussi rémunéré deux de ses enfants étudiants comme assistants parlementaires il y a dix ans, selon le journal.

Le couple a été entendu lundi par des policiers. Des enquêteurs ont fait irruption mardi à l'Assemblée nationale pour récupérer des documents.

L'ex-Premier ministre, qui avait fait de la probité un thème clé de sa campagne, a promis qu'il renoncerait à concourir s'il était inculpé. Mais des voix s'élèvent pour son remplacement immédiat, quelle que soit l'issue de cette affaire qui alimente le rejet de la classe politique.

Dirigeante d'un parti en progression constante à toutes les élections depuis 2011 avec son programme anti-Europe et anti-immigration, Marine Le Pen est aussi impliquée dans une affaire d'emplois fictifs au Parlement européen où elle siège comme députée.

L'institution lui a réclamé près de 340.000 euros, ce qui correspond aux sommes qu'elle a perçues et utilisées pour rémunérer deux assistants qui ne travaillaient pas au Parlement européen mais pour son parti.

Engagée dans une stratégie de dédiabolisation depuis plusieurs années après des dérapages de son père Jean-Marie, Marine Le Pen espère tirer profit de la vague nationaliste, eurosceptique et anti-mondialisation en Europe et aux Etats-Unis.

Un des candidats malheureux à la primaire socialiste, Arnaud Montebourg, a récemment mis en garde contre l'austérité et les promesses non tenues, estimant que la période actuelle était "la dernière station-service avant le désert lepeniste".

Avant AFP

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