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Première comparution devant la justice du "roi du kidnapping" nigérian


Des policiers nigérians à Lagos, 1er mai 2014.

"Je suis coupable votre Honneur", a lâché Evans, célèbre criminel nigérian surnommé le "roi du kidnapping", devant la Cour de justice de Lagos mercredi, marquant la première étape d'un procès qui s'annonce comme l'un des plus médiatisés du Nigeria.

Accompagné de cinq de ses présumés complices dont une femme, Chukwudubem Onwuamadike, surnommé Evans, est apparu devant la Cour pour la première fois depuis son arrestation le 10 juin dernier.

Le visage éteint, les cernes marquées, il a plaidé coupable pour deux chefs d'accusations, "enlèvement" et "conspiration" contre un certain Dunu Donatus, détenu entre le 14 février et le 12 avril.

Selon les enquêteurs, Evans et son gang ont collecté une rançon de 223.000 euros en échange de la libération de Dunu Donatus: une goutte d'eau par rapport aux crimes dont il est supposé être le "cerveau", a expliqué mercredi à la presse le commissaire de police David Igbodo.

"Ce cas n'est qu'un seul dossier", a-t-il assuré ainsi à la sortie de l'audience. "La police a terminé ses enquêtes sur neuf autres cas (d'enlèvements)", prévient le commissaire, qui entend faire du cas Evans un "procès d'intérêt public". "Le monde doit savoir de quoi la justice nigériane est capable", a-t-il lancé.

- Haute sécurité -

L'avocat d'Evans, Olukoya Ogungbeje, affirme pourtant n'avoir été informé de la comparution de mercredi que sur les réseaux sociaux.

Il n'a pas eu l'occasion de préparer l'audience avec son client, en garde-à-vue depuis près de trois mois, une détention "illégale" selon lui, pour laquelle il a d'ailleurs porté plainte contre la police de l'Etat de Lagos.

"Il nous a dit clairement que la police lui avait ordonné de plaider coupable, et que dans le cas contraire, ils le tueraient", a déclaré M. Ogungbeje, dans un communiqué envoyé à l'AFP. Notre client "a plaidé coupable contre sa volonté (...) et changera sa déclaration en non coupable lors de la prochaine audience", fixée au 19 octobre, ajoute l'avocat dans ce communiqué.

Au Nigeria, le procès du "roi du kidnapping" passionne déjà les foules. Dans les couloirs du Palais de justice et sur le parking, une centaine d'agents de sécurité ont été déployés mercredi, brandissant armes et téléphones portables pour voler quelques selfies avec la "star du crime".

Les passants s'étaient agglutinés dans les rues et sur les grilles du Palais dans le quartier d'Ikeja, dans la capitale économique Lagos, applaudissant au passage l'impressionnant convoi de fourgons et voitures blindées qui conduisaient les accusés vers la prison de haute sécurité.

- Peine de mort -

Evans a une réputation de criminel notoire à Lagos. Son arrestation musclée en juin avait été décrite par la police comme un "immense succès".

Quelques jours après, les autorités avaient organisé une "visite guidée" pour la presse de son domicile luxueux de Lagos et des interviews avec le présumé coupable, où il expliquait ses méthodes criminelles. Evans avait alors déclaré à des journalistes n'avoir ciblé que des victimes "très riches", mais affirmait n'avoir jamais tué personne "lui-même".

"On transportait la victime en voiture, on le mettait dans le moteur (sic), et on partait", avait-il confié, non sans une certaine fierté. "La plus grosse somme d'argent que l'on a récoltée grâce aux enlèvements, c'est un million de dollars", avait-il affirmé.

S'il est prouvé au cours de son procès qu'Evans a participé au meurtre de l'une de ses victimes, il risque la peine de mort.

Le phénomène du kidnapping contre rançon est particulièrement répandu au Nigeria depuis une dizaine d'années.

Dans ce pays, 10 États (sur 36, notamment dans le sud) appliquent la peine capitale pour les responsables d'enlèvement. Lagos, qui s'était quasiment débarrassé du phénomène pendant plusieurs années mais qui fait face à une forte recrudescence, est le dernier État à avoir mis en place la sanction ultime "en cas de mort de la personne kidnappée".

Un "système de justice inefficace", une "prolifération historique" des armes à feu dans le pays, ainsi qu'un taux de chômage très important, notamment chez les jeunes, expliquent cette recrudescence, note Don Okereke, consultant en sécurité basé à Lagos.

Avec AFP

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