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Des femmes bravent tradition et religion sur le terrain de foot en Somalie

Khadija Mohamed Dirie, ministre somalienne de la Jeunesse et des Sports, et le président de la CAF Ahmad Ahmad lors d'une visite d'un stade de foot à Mogadiscio, le 17 avril 2017.

Au petit matin à Mogadiscio, lorsque la chaleur est encore supportable, un groupe de femmes débarquent sur un terrain de football et enlèvent leurs encombrants hijabs pour révéler des maillots bleus ou verts.

Le port d'épais collants sous les shorts pour cacher leurs jambes, et de voiles ou bonnets pour cacher leurs cheveux n'y fait rien, c'est sous les regards aussi désapprobateurs qu'intrigués de jeunes hommes, choqués par ces vêtements trop moulants pour la société somalienne, que les joueuses enchaînent les exercices.

Toujours le sourire aux lèvres, conscientes de leur rôle de pionnières, elles zigzaguent entre des plots de couleur, effectuent des séries d'abdominaux et se passent un ballon usé sur un terrain en herbe synthétique. Le tout à moins de 200 mètres d'un barrage de sécurité gardé par des hommes lourdement armés.

Car ces jeunes femmes ne bravent pas seulement les conventions d'une société musulmane très conservatrice, elles affrontent aussi la peur, omniprésente à Mogadiscio, des islamistes shebab.

Affiliés à Al-Qaïda, ces derniers y mènent régulièrement des attaques meurtrières, et condamnent toute forme de divertissement tel le football, d'autant plus s'il est pratiqué par des femmes.

"C'est évident, nous avons peur malgré le fait que nous portons des vêtements épais par dessus nos shorts et t-shirts sur le chemin du terrain de sport", explique Hibaq Abdukadir, 20 ans, l'une des quelque 60 footballeuses s'entraînant au Golden Girls Center de Mogadiscio, le premier club de football féminin du pays.

Mohamed Abukar Ali, 28 ans, qui a fondé ce club après s'être rendu compte que la Somalie ne comptait aucune équipe féminine, confirme: "Lorsque les filles viennent à l'entraînement, on doit organiser le transport pour les amener ici puis les ramener chez elles, parce que ce sont des filles et on pense à leur sécurité."

"Il y a tellement de défis, qu'il s'agisse de la sécurité ou du manque de ressources", regrette-t-il. "Mais cela ne va pas nous décourager dans notre ambition d'établir des clubs de football féminin dans ce pays", assure-t-il.

"Nous pensons que le temps est venu et que nous devons avoir le courage de penser différemment", ajoute Mohamed Abukar Ali, expliquant vouloir faire des joueuses de son club "les premières joueuses somaliennes professionnelles".

'Elles ont l'air nues'

"Cela fait sept mois que je joue au football, mais ma famille n'est au courant que depuis deux mois", explique Sohad Mohamed, 19 ans. "J'ai caché cela à ma mère parce qu'elle ne m'aurait pas permis de jouer au football. Elle l'accepte désormais, et c'est déjà ça, mais le reste de ma famille n'est pas content."

Car le port de pantalons, shorts ou t-shirts en public reste un tabou en Somalie pour les femmes, les autorités islamiques estimant que les tenues sportives ne sont pas appropriées.

"Je viens les regarder s'entraîner, mais honnêtement, je ne serais pas content de voir ma soeur faire cela, ce n'est pas bon aux yeux de la société car elles ont l'air nues", tance Yusuf Abdirahman, qui habite à proximité du terrain de football.

Mohamed Yahye, un autre badaud, juge lui "qu'il n'y a rien de mal à ce que les femmes jouent au football". "La seule chose qu'elles devraient changer, c'est leur tenue, elles doivent porter quelque chose qui ne soit pas aussi moulant", estime-t-il toutefois. "Tant que leur corps n'est pas visible, elles sont en conformité avec les règles d'habillement islamiques."

Mais les Golden Girls regardent déjà bien au-delà de ces préoccupations vestimentaires, soutient la jeune Hibaq Abdukadir, aussi optimiste qu'ambitieuse. "J'ai pour but de progresser autant que les footballeuses qui jouent pour Barcelone", dit-elle.

Avec AFP

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Algérie: manifestation contre le patron du principal syndicat, figure du régime

Des employés de la ville installe le drapeau algérien et un poster du président Abdelaziz Bouteflika, à Alger, en Algérie, le 26 avril 2016.

Un millier de syndicalistes ont réclamé mercredi à Alger le départ du patron de l'UGTA, principale centrale syndicale d'Algérie, à qui ils reprochent ses liens avec le clan d'Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir début avril par une contestation inédite, a constaté un photographe de l'AFP.

Les manifestants se sont rassemblés devant le siège de l'Union générale des Travailleurs algériens (UGTA) pour exiger le départ d'Abdelamdjid Sidi Saïd, secrétaire général depuis 1997 de l'ancien syndicat unique et seule organisation syndicale considérée comme représentative par les autorités algériennes.

"Sidi Saïd, dégage", "Sidi Saïd fait partie de la mafia" au pouvoir, "Libérez le syndicat", pouvait on lire sur les pancartes brandis par les manifestants.

Abdelmadjid Sidi Saïd a longtemps été l'un des thuriféraires les plus enthousiastes d'Abdelaziz Bouteflika et fut des mois durant, au côté de la principale organisation patronale, l'un des principaux meneurs des partisans d'un 5e mandat de M. Bouteflika, perspective qui a fait descendre des milliers d'Algériens dans la rue.

Il a, comme d'autres piliers du régime, lâché M. Bouteflika en ralliant la proposition de l'armée de lancer un processus constitutionnel pour l'écarter du pouvoir.

Depuis le début le 22 février du mouvement de contestation du régime, son autorité a été fortement contestée au sein de l'UGTA, par les branches locales ou les syndicats affiliés. Il lui est reproché son autoritarisme, sa proximité affichée avec les cercles du pouvoir et une attitude conciliante avec la politique sociale de l'ex-président Bouteflika.

M. Sidi Saïd est considéré par les manifestants comme l'une des incarnations du "système" au pouvoir dont ils réclament la chute, au même titre que M. Bouteflika, que le Premier ministre Ahmed Ouyahia, depuis limogé, et que l'homme d'affaires Ali Haddad, chef du patronat contraint à la démission puis incarcéré.

Des centaines d'avocats ont aussi manifesté mercredi devant des tribunaux à Alger, à Blida, Béjaia et Tizi Ouzou et Chlef (nord), pour demander "le départ de toutes les personnalités qui représentent le système de gouvernance actuel", selon l'agence officielle APS.

"Les services de sécurité n'ont reçu aucune instruction de la part du gouvernement pour réprimer" les rassemblements, a pour sa part déclaré mercredi le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement Hassane Rabehi à des journalistes.

Le Conseil de sécurité en quête d'une trêve en Libye

Le nouvel émissaire de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, à gauche, lors d’une conférence de presse aux côtés du Premier ministre du gouvernement libyen de l’accord national (GNA) Fayej Seraj, et ministre des affaires étrangères Taher Siala à Tripoli, L

La communauté internationale cherche à négocier un cessez-le-feu en Libye, après le lancement par le maréchal controversé Khalifa Haftar d'une offensive contre la capitale Tripoli, siège du gouvernement d'union (GNA) et cible de tirs de roquettes qui ont fait six morts.

Soumis par le Royaume-Uni à ses 14 partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU, un projet de résolution réclamant un cessez-le-feu et un accès humanitaire inconditionnel aux zones de combats près de Tripoli, ne fait toujours pas l'unanimité, selon des diplomates à New York.

Le projet est toujours en négociations à New York. La Russie qui avait bloqué la semaine dernière un projet de déclaration du Conseil invitant les forces pro-Haftar à suspendre l'offensive continue à soulever des objections quant aux références critiquant le maréchal, selon l'un des diplomates.

"Ils étaient très clairs. Aucune référence nulle part", a dit ce diplomate.

Depuis le début le 4 avril de son offensive, l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar piétine au sud de la capitale, même si elle proclame des percées. Les combats ont fait en deux semaines au moins 189 morts dont des civils et 816 blessés, selon un dernier bilan de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

L'Organisation internationale pour les migrations (OIM), a fait état mercredi de 25.000 déplacés, dont plus de 4.500 ces dernières 24 heures. "Nous avons constaté la plus forte augmentation de déplacements en un jour, avec plus de 4.500 personnes déplacées" par les combats.

Mardi soir, plusieurs roquettes ont frappé Tripoli, tuant six civils, dont trois femmes, dans les quartiers résidentiels d'Abou Slim et Al-Antissar, a indiqué mercredi le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Ocha).

- "Barbarie" -

Le maire du quartier d'Abou Slim, Abdelrahman Al-Hamdi, a confirmé le bilan de six morts, ajoutant que 35 autres personnes avaient été blessées.

Fayez al-Sarraj, le chef du GNA, reconnu par la communauté internationale, s'est rendu sur place dans la nuit.

Dans une vidéo diffusée par son service de presse, il a dénoncé "la sauvagerie et la barbarie" du maréchal Haftar qualifié de "criminel de guerre".

Il a ajouté que son gouvernement présenterait mercredi "tous les documents à la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité".

Selon lui, il est "de la responsabilité juridique et humanitaire du Conseil de sécurité et de la communauté internationale, de tenir ce criminel responsable de ses actes".

Dans un communiqué, le commandement de l'ANL du maréchal Haftar a toutefois démenti être à l'origine des tirs contre Tripoli. Il a accusé des "milices terroristes qui contrôlent la capitale de tirer aveuglément des roquettes de type Grad et des obus" sur la ville.

L'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, a "condamné avec la plus grande fermeté les bombardements, rappelant que la responsabilité d'actes pouvant constituer des crimes de guerre incombe non seulement aux auteurs des attaques aveugles, mais également à ceux qui les ont commandés", selon Stéphane Dujarric, le porte-parole de l'ONU à New York.

- "Positions irréconciliables" -

La veille, la procureure de CPI Fatou Bensouda a prévenu qu'elle n'hésiterait "pas" à élargir ses enquêtes pour "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité" en Libye.

Jusqu'à présent, le maréchal Haftar ne veut pas entendre parler d'un cessez-le-feu. Et Fayez al-Sarraj refuse tout processus politique en l'absence d'un cessez-le-feu et d'un retrait sur les lignes d'avant le début de l'offensive. "Des positions irréconciliables", note un diplomate à l'ONU.

Au Conseil de sécurité, "tout le monde veut éviter une guerre civile longue avec beaucoup de victimes civiles", indique un autre diplomate.

Avec le risque d'enlisement dans ce pays pétrolier en proie au chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, il est probable que les belligérants cherchent à se réarmer auprès de leurs soutiens.

L'ANL veut légitimer son offensive en la présentant comme une guerre contre le "terrorisme". "Nous nous battons pour toute l'humanité, pas seulement pour la Libye. Nous voulons débarrasser la capitale des terroristes", a dit son porte-parole Ahmad Al-Mesmari.

Le GNA a lui démenti que ses forces comptaient des personnes accusées de "terrorisme" dans leurs rangs, accusant le maréchal Haftar de vouloir "vendre son agression" à la communauté internationale.

M. Salamé semble du même avis. L'offensive de Khalifa Haftar "ressemble davantage à un coup d'Etat qu'à une lutte antiterroriste", a-t-il déclaré dans une interview à la BBC.

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