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Moyen-Orient

En Irak, pas de sépulture pour les morts du coronavirus

Un cercueil est chargé sur un véhicule avant un enterrement, à Bassora, en Irak le 26 septembre 2018. (AP Photo/Nabil al-Jurani)

Le coronavirus a emporté son père et la peur de la contagion prive désormais Saad Malak d'une sépulture: en Irak, où la mort violente rôde pourtant depuis des décennies, les corps des victimes de la pandémie attendent dans des morgues, faute de terrain pour les enterrer.

Parce qu'ils se sont heurtés au refus des gestionnaires de cimetières et des habitants des alentours, Saad et son cousin Salem al-Chemmari ont dû se résigner à laisser le corps du vieil homme dans l'un des hôpitaux de Bagdad, dont les nombreuses morgues n'ont cessé d'accueillir des corps au fil des conflits sanglants du pays.

"Notre pays est si grand. Est-ce qu'il n'y a vraiment pas quelques mètres carrés vides pour enterrer ces corps?", lâche, en larmes, Saad Malak à l'AFP. "Cela fait une semaine que mon père est mort et nous n'avons toujours pas pu organiser ses funérailles ou l'enterrer".

Face à un virus qui a déjà tué 42 personnes et contaminé plus de 500 personnes --selon les chiffres officiels, sûrement bien en-dessous de la réalité en Irak pays de 40 millions d'habitants--, seuls quelques milliers ont été testés. Et la méfiance règne.

- Refus des tribus -

Dans un pays au système de santé indigent, les tribus, dont les coutumes font loi, refusent catégoriquement d'offrir des parcelles de terrain à ces morts infectés.

Il y a quelques jours, l'un de ces clans a forcé une délégation du ministère de la Santé qui tentait d'enterrer quatre victimes de la maladie Covid-19 dans une zone du nord-est de Bagdad, à faire demi-tour.

Les employés du ministère ont ensuite tenté leur chance ailleurs, au sud-est de la capitale. Là, des dizaines d'habitants en colère les ont aussi forcés à rebrousser chemin.

Le petit convoi n'a alors pas eu d'autre choix que de redéposer les quatre corps dans des tiroirs frigorifiés de la morgue d'où ils avaient été sortis.

M. Chemmari, lui aussi, a sorti le corps du père de Saad d'une morgue une fois. Escortés par la police, les deux hommes voulaient l'enterrer.

"Des hommes armés se présentant comme appartenant à une tribu nous ont menacés: +on brûle votre voiture si vous l'enterrez ici+", rapporte-t-il à l'AFP. "La présence de la police n'y a rien fait".

Car les habitants des environs ont peur. L'un d'eux, qui préfère ne pas donner son nom, affirme à l'AFP craindre "pour les enfants et les familles". "C'est pour ça que nous refusons les enterrements près de chez nous", dit-il.

- Enterrés à la maison -

Le ministre de la Santé, Jaafar Allaoui, a personnellement assuré qu'il n'y avait pas de risque de contagion par les corps mis en terre, mais en a appelé aux plus hautes autorités religieuses chiites pour qu'elles interviennent.

Le grand ayatollah Ali Sistani a prononcé un édit: chaque mort du coronavirus devra être enveloppé de trois linceuls et les autorités doivent faciliter les enterrements.

Mais aux portes des provinces de Najaf et Kerbala, les deux grandes villes saintes du sud de l'Irak, le ministère de la Santé ne peut imposer sa volonté aux autorités locales, assure un médecin.

Sous le couvert de l'anonymat, il affirme à l'AFP qu'au moins un corps en route pour être enterré à Najaf a été arrêté à l'entrée de la province, et des familles rapportent la même histoire à l'entrée de Kerbala.

Un comble dans un pays qui abrite l'un des plus grands cimetières du monde, Wadi Salam, à Najaf.

Faute de terrain, "un mari m'a dit +je vais enterrer ma femme chez nous+", rapporte le médecin à l'AFP.

"Et pour le moment, nous n'avons qu'une quarantaine de morts, mais que ferons-nous quand il y en aura beaucoup plus?", s'alarme-t-il.

Car l'inquiétude est grande que l'épidémie enfle en Irak --voisin de l'Iran où le virus a déjà fait plus de 2.500 morts-- en pénurie chronique de médicaments, de médecins et d'hôpitaux.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le pays compte 14 lits d'hôpital pour 10.000 habitants --contre 60 en France par exemple.

- Moyens dérisoires -

Et l'Irak, deuxième producteur de l'Opep, ne consacre que 1,8% de son budget à la santé. Pire, le ministre de la Santé a récemment accusé le Premier ministre démissionnaire de lui avoir refusé cinq millions de dollars.

Frappées de plein fouet par la chute des cours du pétrole, les autorités n'ont cessé de lancer des appels à contribution au secteur privé --quasi-inexistant en Irak-- et aux banques.

Mais en plus des hôpitaux détruits par la guerre, l'Irak doit aussi affronter la pandémie avec moins de médecins par habitants que la Libye, en plein chaos, car ils ont fui le pays par centaines face aux enlèvements et autres violences.

Redoutant des hôpitaux infectés ou incapables de faire face, des Irakiens tentent, avec les moyens du bord, de trouver des solutions.

Mortada al-Zoubeidi, ingénieur médical du sud de l'Irak, a par exemple construit une capsule transparente avec lit médicalisé, bouteille d'oxygène, climatiseur et même téléviseur, pour confiner les malades.

Les autorités, elles, ont décrété le couvre-feu total jusqu'au 11 avril et interdit les rassemblements, même pour les funérailles.

M. Chemmari, lui, attend toujours.

"Maintenant, la mort ne nous fait plus rien. Nous n'avons plus qu'un rêve: enterrer nos morts".

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Une frappe américaine fait 17 morts en Syrie

Un combattant kurde tient son arme près d'un char dans le quartier de Ghwairan à Hasaka, en Syrie, le 22 août 2016.

Les Etats-Unis ont frappé jeudi des infrastructures utilisées par des milices pro-iraniennes dans le nord-est syrien, faisant 17 morts au cours de la première opération militaire de l'administration de Joe Biden décidée en réponse aux récentes attaques contre des intérêts occidentaux en Irak.

Qualifiant dans un communiqué cette opération militaire de "défensive", le porte-parole du ministère de la Défense américain John Kirby, a précisé que des frappes avaient détruit "de multiples infrastructures situées à un poste-frontière utilisé par des milices soutenues par l'Iran, notamment le Kataeb Hezbollah".

"Les frappes ont été autorisées en réponse aux attaques récentes contre le personnel américain et de la Coalition en Irak, et à des menaces toujours en cours contre ce personnel", a-t-il précisé.

Selon les informations préliminaires de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), les frappes ont détruit trois camions de munitions qui arrivaient de l'Irak au niveau d'un poste-frontière illégal au sud de la ville syrienne de Boukamal.

"Il y a beaucoup de morts. Au moins 17 combattants ont péri selon un bilan préliminaire, tous membres du Hachd al-Chaabi", a indiqué à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, en référence à la puissante coalition de paramilitaires irakiens pro-Iran.

Au moment où le président Joe Biden attend un geste de Téhéran avant de réintégrer l'accord dont Washington s'est retiré en 2018 sous l'administration de Donald Trump, trois attaques ont été imputées à des groupes armés pro-iraniens ces derniers jours.

Lundi, des roquettes sont tombées près de l'ambassade américaine à Bagdad. Samedi, des tirs ont visé la base aérienne irakienne de Balad, plus au nord, blessant un employé irakien d'une entreprise américaine chargée de la maintenance de F-16.

Représailles "calculées"

Le 15 février, des roquettes ont touché une base militaire accueillant des troupes étrangères de la coalition à l'aéroport d'Erbil (nord). Deux personnes ont péri, dont un entrepreneur civil étranger travaillant avec la coalition.

Bien que le Kataeb Hezbollah n'ait pas revendiqué ces attaques, le ministre américain de la Défense, Lloyd Austin a assuré que la puissante organisation pro-iranienne en était bien responsable.

"Nous sommes certains de la cible que nous avons choisie", a-t-il déclaré à la presse dans l'avion l'acheminant vers Washington après une visite éclair du porte-avion USS Nimitz au large de la Californie. "Nous savons qui nous avons frappé".

"Nous sommes certains que notre cible était utilisée par la milice qui a mené les attaques" récentes contre des intérêts occidentaux en Irak, a-t-il précisé à la presse.

Les récentes attaques sont survenues après plusieurs mois d'un calme relatif à la faveur d'une trêve acceptée par les factions pro-Iran face aux menaces des Etats-Unis de fermer leur mission diplomatique.

Le porte-parole du Pentagone a souligné que "cette réponse militaire proportionnée a été menée en parallèle avec des mesures diplomatiques, notamment des consultations avec les partenaires de la coalition" antijihadiste en Irak et Syrie.

Le porte-parole du Pentagone, John Kirby.
Le porte-parole du Pentagone, John Kirby.

"L'opération envoie un message sans ambiguïté: le président Biden protégera les forces américaines et celles de la coalition", a conclu M. Kirby. "En même temps, nous avons agi de façon calculée, afin de calmer la situation dans l'est de la Syrie et en Irak".

Après les derniers tirs lundi, Washington avait fait savoir que l'Iran serait tenu "responsable des actions de ses affidés qui attaquent des Américains", mais souligné que ses forces éviteraient d'alimenter une "escalade".

La frappe de jeudi apparaît comme un avertissement à Téhéran, qui pourrait être tenté d'augmenter sa marge de manoeuvre en cas de négociations avec les Etats-Unis.

La princesse Latifa demande une enquête sur l'enlèvement de sa soeur

Sheikha Latifa bint Mohammed Al Maktoum (Campagne #FreeLatifa-Tiina Jauhiainen/David Haigh via AP)

La princesse Latifa, qui dit être retenue en "otage" par son père, le souverain de Dubaï, a appelé la police britannique à enquêter à nouveau sur l'enlèvement de sa soeur aînée en 2000 à Cambridge, la princesse Shamsa, dans une lettre datée de 2018 dévoilée jeudi par la BBC.

"Tout ce que je vous demande, s'il vous plaît, c'est de prêter attention à son affaire parce que cela pourrait lui permettre de retrouver la liberté", écrit la princesse Latifa dans cette lettre manuscrite, transmise mercredi à la police du Cambridgeshire par des amis.

Sa soeur aînée, la princesse Shamsa, avait tenté de fuir son père Mohammed ben Rached al-Maktoum, souverain de Dubaï et Premier ministre des Emirats Arabes Unis, en août 2000 pendant qu'elle était en vacances en Angleterre.

Selon le récit de Latifa, la jeune femme a été retrouvée après deux mois de fuite, "droguée", ramenée à Dubaï et "enfermée". Aujourd'hui âgée de 39 ans, elle n'a pas été revue depuis.

Dans des vidéos tournées en 2019 et diffusées la semaine dernière par des médias britanniques, la princesse Latifa, 35 ans, disait être elle-même retenue en "otage" dans une "villa transformée en prison" et craindre pour sa vie.

Sa lettre à la police britannique, antidatée en février 2018, avant une tentative d’évasion de Dubaï, aurait été écrite en 2019, selon la BBC.

Dans une déclaration, la police du Cambridgeshire a confirmé avoir reçu cette lettre et indiqué qu'elle serait "examinée" dans le cadre d'un "réexamen en cours" de l'enquête sur la disparition de la princesse Shamsa, de même que les vidéos diffusées par la BBC.

"C'est une affaire complexe et grave", dont il serait "inopportun" de dévoiler des "détails", a ajouté un porte-parole.

En mars 2020, la police britannique avait indiqué qu'elle réexaminerait cette enquête, à la suite d'une décision de la justice britannique selon laquelle l'émir de Dubaï avait commandité l'enlèvement de deux de ses filles.

La justice britannique s'était prononcée dans le cadre d'une procédure opposant l'émir de Dubaï à la princesse Haya de Jordanie, sa sixième épouse, qui avait créé la sensation en 2019 en s'enfuyant à Londres avec leurs deux enfants.

En 2018, la princesse Latifa avait tenté de s'évader de la riche cité-Etat du Golfe avant d'y être reconduite manu militari.

Des proches disent ne plus avoir de ses nouvelles depuis plusieurs mois, et Londres comme l'ONU ont demandé des preuves de vie.

L'ambassade des Emirats Arabes Unis à Londres a affirmé que la princesse était "prise en charge chez elle".

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Biden déclassifie le rapport sur le meurtre de Jamal Khashoggi

Des gens tiennent des photos du journaliste saoudien Jamal Khashoggi lors d'un rassemblement pour marquer le deuxième anniversaire de son meurtre au consulat saoudien, à Istanbul, en Turquie, le 2 octobre 2020.

L'administration Biden veut déclassifier un rapport des services de renseignement sur le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, selon Avril Haines, cheffe du renseignement. Ce dossier pourrait impliquer le prince héritier d'Arabie saoudite dans cet assassinat.

Jamal Khashoggi, journaliste du Washington Post et résident américain qui a écrit des articles critiques sur le prince héritier saoudien, aurait été brutalement assassiné par des agents saoudiens dans l'enceinte du consulat saoudien en Turquie en octobre 2018.

Même si les médias avaient déclaré que les renseignements américains avaient déterminé avec assez de certitude que le prince Mohammed ben Salman avait ordonné le meurtre, ces allégations n'ont jamais été officiellement publiées jusqu'ici.

Le prince héritier nie toute implication dans cette affaire.

Les autorités saoudiennes soutiennent que sa mort était le fruit d'une équipe d'agents chargés de ramener le journaliste dans le royaume.

Cinq personnes ont été condamnées à mort pour le meurtre par un tribunal saoudien, mais ces condamnations ont été commuées en 20 ans de prison en septembre dernier, selon divers rapports de presse.

Que sait-on du rapport?

Le rapport des renseignements américains, qui devrait être publié plus tard jeudi, conclut que le prince héritier Mohammed ben Salman a approuvé "et probablement ordonné" le meurtre de Khashoggi, ont déclaré quatre responsables américains à l'agence de presse Reuters.

Ils ont déclaré que la Central Intelligence Agency (CIA) - l'agence d'espionnage américaine à l'étranger - était le principal contributeur au rapport.

Le parquet saoudien et le prince Mohammed insistent sur le fait que ce dernier n'avait aucune connaissance du meurtre.

Les responsables américains pensaient qu'une telle opération aurait nécessité l'approbation du prince.

Le Washington Post, pour lequel Khashoggi travaillait, avait écrit à l'époque que la CIA avait conclu que le prince héritier avait ordonné l'assassinat de Khashoggi, qui critiquait régulièrement le gouvernement saoudien dans ses colonnes.

Le Post avait déclaré que l'évaluation de la CIA était basée en partie sur un appel téléphonique passé par le frère du prince héritier, le prince Khalid ben Salman, alors ambassadeur saoudien aux États-Unis.

Le prince Khalid, qui est maintenant vice-ministre de la Défense, aurait appelé Khashoggi sous la direction de son frère et lui aurait donné l'assurance qu'il serait en sécurité pour se rendre au consulat d'Istanbul. Le prince Khalid a par la suite nié toute communication avec le journaliste.

En 2019, la rapporteure spéciale de l'ONU, Agnès Callamard, a accusé l'État saoudien d '"exécution délibérée et préméditée" de Khashoggi et a rejeté le procès saoudien comme une "antithèse de la justice".

À quoi peut-on s'attendre après la publication du rapport?

La publication du rapport Khashoggi soulèvera une foule de nouvelles questions et pourrait redéfinir les relations entre les États-Unis et l'Arabie saoudite.

Au cours de la campagne électorale de 2020, M. Biden a lancé des attaques cinglantes contre le prince héritier, affirmant que l'Arabie saoudite devait être traitée comme "un paria".

On s'attend à ce que le gouvernement Biden cherche à freiner les ventes d'armes à l'Arabie saoudite, mais elle pourrait également prendre des mesures plus ciblées contre le prince Mohammed, y compris des sanctions financières.

La distribution des vaccins s’intensifie à travers le monde

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