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Guinée

Les chantiers du "bâtisseur" Condé à l'épreuve de la pauvreté et du vote

Les partisans du principal candidat de l'opposition, Cellou Dalein Diallo, se tiennent sur une camionnette lors d'un rassemblement électoral, à Conakry le 14 octobre 2020.

Entre Fatou Conté et Diabate Famoro, le jugement sur la Guinée après dix années de présidence Alpha Condé et à l'aube d'une présidentielle incertaine ne saurait être plus discordant, y compris sur l'approvisionnement en électricité.

"Depuis Condé, on a la lumière", dit Fatou Conté, vendeuse de pain de 41 ans. Diabate Famoro, 33 ans, qui subsiste comme il peut malgré un diplôme de chaudronnier, se plaint des coupures incessantes parmi toutes les incertitudes de sa vie, et s'inquiète de savoir comment il va recharger son portable.

Dans le vacarme des haut-parleurs de campagne et des klaxons des motos qui slaloment en escadrilles dans l'encombrement de Conakry, Fatou Conté et Diabate Famoro ont en commun d'appartenir aux vastes classes populaires. Leur contradiction rend compte à la fois des progrès réalisés depuis 2010, année où Alpha Condé a accédé à la présidence, et des retards qui maintiennent le pays parmi les plus pauvres du monde, malgré des ressources naturelles considérables.

M. Condé brigue un troisième mandat, faisant fi de mois de contestation. Il a fait dresser d'immenses portraits de lui promettant la "prospérité partagée". Dans la ville trépidante pavoisée aux couleurs jaunes du parti du président ou vertes et blanches de son adversaire, ce dernier, Cellou Dalein Diallo, proclame sur ses affiches que "le changement, c'est maintenant".

M. Condé invoque dix années de redressement de l'Etat et d'avancée des droits, malgré les accusations d'Amnesty International ou de Human Rights Watch. Mais il se veut surtout un "bâtisseur" qui dit avoir avoir relevé son pays à force de grands chantiers et de réformes après l'avoir trouvé à terre en 2010.

Ebola puis Covid

"La banque centrale n’avait pas un mois de réserve, l’inflation était à 21%, on n’avait terminé aucun programme avec la Banque mondiale qui nous appelait 'le panier percé'", disait-il au quotidien français le Monde en 2019.

Le Premier ministre Kassory Fofana revendiquait récemment une "impulsion sans précédent" donnée sous M. Condé à l'exploitation des riches ressources minières, avec plus de 10 milliards de dollars d’investissements et 17.000 emplois directs et 50.000 emplois indirects créés.

La Guinée a les premières réserves mondiales de bauxite, dont elle est le deuxième producteur mondial après l'Australie. Elle recèle du fer, de l'or et du diamant. Le "château d'eau de l'Afrique" dispose d'une autre manne avec ses cours d'eau, ses reliefs et sa pluviométrie, et la présidence Condé s'enorgueillit des barrages qu'elle a construits. Le plus important à Souapiti, projet gigantesque sur fonds chinois, est censé finir de répondre aux besoins du pays en courant et même permettre d'exporter de l'électricité après sa mise en service, en principe d'ici à la fin de l'année.

Ce projet phare fait dire à Fatou Conté, la vendeuse de pain, qu'Alpha Condé "a construit, il a fait sortir la Guinée d'une crise (de dimension) mondiale". Sous Lansana Conté, président de 1984 à 2008, "le pouvoir n'était pas tranquille. Depuis Condé, on a la lumière, tout est stable, tout va bien", dit-elle, casquette et tee-shirt aux couleurs jaunes du parti de M. Condé, au milieu d'un meeting où des femmes en boubou dansent sur des chants braillés par des enceintes géantes à la gloire du président.

Sous la présidence Condé, l'économie a été éprouvée par la fièvre Ebola (2013-2016), puis est revenue à une croissance forte, à nouveau émoussée par le Covid-19. Plus d'un Guinéen sur deux vit dans la pauvreté selon l'ONU. L'accès à l'électricité et à l'eau est disparate.

Partir ?

Des lois insuffisantes, un système bancaire inadapté, une corruption dénoncée de toutes parts, des routes et des infrastructures délabrées ou inexistantes font obstacle au développement.

Bady Balde, directeur exécutif adjoint de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives, organisation pour la bonne gouvernance dans ce secteur, note que la Guinée a accompli des "progrès significatifs" pour surmonter la défiance des investisseurs, par exemple en réformant son code minier en 2013. Mais "les progrès sont loin d'être suffisants" et "la Guinée est loin d'avoir atteint tout son potentiel".

Dans un rapport sur les promesses tenues ou non par M. Condé et le gouvernement, l'Association des blogueurs de Guinée, qui dit oeuvrer pour la bonne gouvernance par le numérique, note que les mines, qui tirent la croissance, sont, avec 38%, l'un des secteurs où le pouvoir a le mieux honoré ses engagements, derrière les affaires sociales (50%) et avant la justice (30%). Mais en tout seuls 40 engagements sur 315 ont été respectés, soit un taux de 13%, dit-il.

Diabate Famoro, le diplomé en chaudronnerie, dit n'avoir "rien compris à ces dix années". Il est venu avec un ami, Sylla Mohamed Lamine, amener son père de 63 ans à l'hôpital Ignace Deen.

"On parle de prospérité", dit Sylla Mohamed Lamine, 34 ans, en regardant l'une des affiches de M. Condé. En fait "c'est la galère". Diabaté Famoro n'ira pas voter. Sylla Mohamed Lamine votera nul. Souvent il pense à partir: "Pourquoi je ferai pas comme les autres, prendre la Méditerranée et tenter ma chance".

Des menaces de troubles pèsent sur le scrutin guinéen
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Allègement du dispositif de sécurité autour du domicile de l'opposant Diallo

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Levée du dispositif sécuritaire autour du domicile de l'opposant guinéen Cellou Dalein Diallo

Le chef de l'opposition guinéenne Cellou Dalein Diallo lors d'une réunion de l'opposition à Conakry, le 16 juillet 2017.

Les autorités guinéennes ont allégé mercredi le dispositif sécuritaire en place depuis la présidentielle, notamment autour du domicile du chef de l'opposition, tandis que le président Alpha Condé, proclamé vainqueur par la commission électorale, effectuait sa première sortie en 10 jours. 

Pour la première fois depuis des jours, les forces de sécurité étaient moins présentes en banlieue de Conakry, réputée favorable à l'opposition, selon des témoins.

Si les véhicules de la police et de la gendarmerie étaient toujours présents aux carrefours dans des quartiers comme Bambéto, Cosa, Wanindara et Sonfonia, l'armée, qui avait été déployée en renfort, était nettement moins visible. Les forces de sécurité qui bouclaient le domicile de Cellou Dalein Diallo se sont elles aussi retirées.

La levée de ce blocus avait été réclamée la veille par des médiateurs de la Cédéao, de l'Union africaine et de l'ONU.

Quant au président sortant Alpha Condé, il a effectué mercredi sa première sortie publique depuis le jour du vote en se rendant dans deux hôpitaux où il s’est entretenu avec des policiers et gendarmes blessés dans la capitale et en province, avant de visiter l'hôpital Donka, où sont soignés des civils.

Selon les résultats provisoires annoncés le 24 octobre, le chef de l'Etat, 82 ans, a été reconduit pour un troisième mandat controversé en obtenant 59,5% des suffrages exprimés le 18 octobre.

Le chef de l'opposition, Cellou Dalein Diallo, a été crédité de 33,5% des voix, un score qu'il veut contester en justice. L'opposition a jusqu'au début de la semaine prochaine pour introduire un recours devant la Cour constitutionnelle, qui disposera ensuite d'un délai de cinq jours pour prononcer les résultats définitifs.

Reprise progressive des activités à Conakry

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Crise post électorale: les médiateurs appellent au dialogue

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Les médiateurs appellent à un dialogue inclusif entre Guinéens

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