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Un ballet pour retrouver l'unité nationale perdue en Centrafrique

Classe d'art à l'orphelinat de la Fondation Voix du Coeur à Bangui, le 20 avril 2017. (VOA/Z. Baddorf)

Malgré l'unité affichée, le Ballet national ne compte pas de danseurs ou musiciens originaires de l'extrême-nord de la Centrafrique, zone à majorité musulmane.

Le son des percussions jaillit d'une ruelle en latérite asséchée par l'écrasant soleil de Bangui : quelques badauds s'arrêtent, attirés par le rythme entrainant de musiciens du Ballet national de la République centrafricaine.

Ici, pas d'ethnie ni de religion et la guerre qui ravage ce pays semble bien lointaine. Dans le centre-ville de Bangui, la passion commune des cultures centrafricaines réunit chaque lundi et jeudi après-midi une trentaine d'artistes professionnels, danseurs et musiciens.

"C'est pour tous les Centrafricains, même si c'est un chrétien, même si c'est un musulman", s'enthousiasme Kevin Bemon, 37 ans, directeur technique de la troupe, tout en enfilant son costume d'apparât. Même un étranger, "on peut le former et ça nous plaît", dit-il.

Le discours est surprenant tant les antagonismes sont forts entre les différentes communautés centrafricaines depuis le début de la crise en 2013.

>> Lire aussi : Douze membres d'un groupe armé condamnés en Centrafrique

A côté de lui, les musiciens-danseurs abandonnent leur tenue de ville pour revêtir des tenues traditionnelles faites de couronnes de plumes, de perles ou de coquillages, de peaux de bêtes, de jupes de poils.

Puis la troupe s'élance, suivant d'un pas chaloupé les variations polyphoniques des cornes de linga, une essence de bois présente en Centrafrique.

Les corps se couvrent de sueur, les visages rayonnent: oubliées, les galères du quotidien et les milices armées qui rôdent à quelques kilomètres de la capitale.

Comme les costumes, les danses et les musiques sont un mélange des cultures issues des seize préfectures centrafricaines, aujourd'hui déchirées par dix-huit groupes armés contrôlant les deux-tiers du pays.

Malgré l'unité affichée, le Ballet national ne compte pas de danseurs ou musiciens originaires de l'extrême-nord de la Centrafrique, zone à majorité musulmane.

C'est de cette région qu'était partie la rébellion de la Séléka, à l'origine du coup d'Etat de 2013 qui a plongé le pays dans un cycle de violences intercommunautaires dont il n'est toujours pas sorti.

Aujourd'hui, même si les membres de la troupe sont presque tous de Bangui, ils assurent que ni l'ethnie ni la religion ne comptent.

"Je n'ai pas de danseurs qui viennent de la Vakaga (région du nord frontalière du Tchad et du Soudan du sud), mais j'aimerais en avoir", reconnaît Dieudonné Koumba, 59 ans, directeur du ballet qui vante néanmoins la "représentativité solide" du pays dans la troupe.

Création de Bokassa

Créé en 1969 par l'ex-président Jean-Bedel Bokassa, le ballet national a sillonné de nombreux pays.

"C'est un symbole de l'unité du pays. Ici, il n'y a pas de différences, pas de divisions, c'est comme au football", affirme Maurice Souanenbgi, 77 ans, conseiller du ballet et balafoniste depuis 32 ans.

Mémoire vivante du ballet, il se souvient avoir dansé en Côte d'Ivoire, au Maroc devant le roi Mohammed VI, en Libye devant l'ex-leader Mouammar Kadhafi, en Algérie, en France, et même en Chine.

>> Lire aussi : Le chef de la Minusca dénonce la réticence de quelques groupes armés en Centrafrique

Malgré les difficultés, la troupe continue à voyager une ou deux fois par an à l'invitation de différents festivals.

Dernier voyage en date: Douala, au Cameroun, où la troupe s'est produite lors du festival Ti-î, en décembre. "L'objectif était de favoriser la cohésion sociale en faisant la fête avec les réfugiés centrafricains de Douala", explique Dieudonné Koumba.

En plus des performances musicales et chorégraphiques, il aimerait monter des représentations théatrales. Des ambitions pour l'instant contrariées par un manque de moyens: "nous avons une ligne budgétaire prévue par l'Etat, malheureusement nous n'avons pas encore été payé".

Le directeur du ballet explique avoir récemment monté un dossier à l'attention du Ministre des Arts, du Tourisme, de la Culture et de la Francophonie, dans l'espoir que sa demande pourra aboutir et lui permettre de mener ses projets à bien.

Avec AFP

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Le sortant Azali grandissime favori de la présidentielle aux Comores

Le président des Comores, Azali Assoumani, arrive à un bureau de vote lors du référendum constitutionnel, à Mitsoudje, près de Moroni, Comores, le 30 juillet 2018

Le président du petit archipel des Comores Azali Assoumani sollicite dimanche son maintien à la tête du pays dans un scrutin lourd de tensions avec l'opposition, qui l'accuse de dérive autoritaire et redoute un "hold-up électoral".

Au pouvoir depuis 2016, M. Azali, 60 ans, fait figure de grandissime favori au terme d'une campagne qu'il a écrasée de tous les moyens de l'Etat.

Sûr de sa force, le chef de l'Etat sortant a rassemblé vendredi plusieurs milliers de personnes dans la capitale Moroni autour du slogan "un seul jour, un seul tour, un seul homme". "Nous gagnerons cette élection dès le 24 mars", a-t-il assuré à ses partisans.

"Il a une vision pour le pays, lui seul est capable d'offrir un avenir meilleur à tous", s'est enthousiasmée une de ses fidèles, Fatoumia Alibazi, chapeau bleu à larges bords aux couleurs de son champion sur la tête.

La machine Azali s'est mise en marche avec la réforme constitutionnelle approuvée par référendum l'an dernier.

Très controversée, elle a étendu d'un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée successivement à chacune des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan).

Ce système a donné un coup de canif au fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d'Etat à répétition qui agitaient l'archipel depuis son indépendance en 1975.

- 'Mascarade' -

L'opposition a hurlé au loup mais rien n'y a fait. Au contraire. M. Azali a riposté à la contestation en embastillant nombre de ses détracteurs, à commencer par son ennemi de toujours, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, accusé de corruption.

Sur sa lancée, l'ex-putschiste, élu en 2016, a remis son quinquennat en jeu dès cette année. En cas de succès, il pourrait garder les rênes du pays jusqu'en 2029.

L'opposition espère bien l'en empêcher. Mais, prise de cours par l'accélération du calendrier politique, elle s'est lancée dans la bataille en ordre dispersé. Et la Cour suprême l'a encore fragilisée en écartant quelques-uns de ses champions de la route du président.

Patron de l'Union de l'opposition, l'ancien vice-président Mohamed Ali Soilihi a été interdit de scrutin. Assigné à résidence, il ne décolère pas.

"Cette élection est une grosse mascarade", se lamente-t-il. "Le scénario est écrit d'avance: le 24 mars au soir, il y aura une déclaration de victoire (d'Azali Assoumani) au premier tour, c'est un passage en force."

C'est l'antienne reprise par tous les adversaires du président. "Tout le monde est contre lui, si le scrutin est transparent, il ne peut pas gagner", assure lui aussi le candidat du parti Juwa, l'avocat Mahamoudou Ahamada, 48 ans. "Azali n'a d'autre choix que de voler les élections".

Plus que la crainte de fraudes, les partisans de l'opposition reprochent au pouvoir sortant la pauvreté persistante de la population et le train de vie des dirigeants du pays.

- 'Plus que Macron' -

"Tu ne peux pas m'expliquer que je vais avoir une vie sans électricité, sans eau. C'est pas possible", se lamente Mahmoud Mze, chômeur de 48 ans. "Et lui (M. Azali), il gagne 34.000 euros par mois, plus que (le président français Emmanuel) Macron. Ca ne va pas !"

Privée par la réforme de présidence tournante en 2021, l'île d'Anjouan, la plus pauvre de l'archipel, bouillonne.

En octobre, des civils armés hostiles au président ont fait le coup de feu avec l'armée pendant six jours à Mutsamudu, la capitale de l'île, avant de s'évaporer mystérieusement dans la nature.

En campagne à Anjouan, le colonel Soilihi Mohamed, dit "Campagnard" pour ses origines rurales, a mis en garde contre les risques d'un passage en force du président.

"Le peuple va s'exprimer par une révolution dans les urnes", prédit l'ancien officier, aussi raide que le sortant est bonhomme. Mais "si jamais le président tente de faire autrement, on risque une révolution populaire".

La menace fait sourire le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou, qui promet "la transparence totale".

"Il y a trop de mensonges de l'opposition, notre pays n'est pas une dictature", déclare le secrétaire général de la Mouvance présidentielle, Ali Mliva Youssouf.

Plus de 800 observateurs de la société civile comorienne, financés par l'Union européenne (UE), sont annoncés dans les 731 bureaux de vote du pays pour garantir la régularité du scrutin. Les premiers résultats sont attendus lundi.

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