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Dans l'Egypte de Sissi, le pouvoir s'en prend aux sites internet

  • VOA Afrique

Un employé qatari entre dans à Al-Jazeera, à Doha, Qatar, le 1er novembre 2006.

L'Egypte du président Abdel Fattah Al-Sissi, déjà accusée de museler la liberté d'expression et toute forme d'opposition, a renforcé son emprise sur les médias en bloquant plusieurs sites internet, dont celui de la chaîne qatari Al Jazeera.

Le site de la chaîne de télévision et une vingtaine d'autres sites internet qataris ou égyptiens étaient inaccessibles en Egypte depuis mercredi soir.

Parmi les autres sites figurent plusieurs médias qataris comme les journaux Al Watan ou Al Raya et des sites politiques islamistes comme celui des Frères musulmans Ikhwan Online. Le site d'Al-Sharq, une télévision favorable aux Frères musulmans basée en Turquie, a également été bloqué.

Mais l'interdiction vise aussi le site indépendant Mada Masr, connu notamment pour sa liberté de ton sur des sujets comme la corruption, ou encore Huffpost Arabi, le site en arabe du média américain The Huffington Post.

Ces mesures interviennent alors que les organisations de défense des droits de l'Homme accusent régulièrement le président Sissi, l'ex-chef de l'armée qui a destitué son prédécesseur islamiste Mohamed Morsi en 2013, de réprimer toute voix dissidente.

"Il n'y a aucune tolérance pour les critiques", estime Timothy Kaldas, expert du Tahrir institute for Middle East Policy.

Silence de Washington

Et alors que le président américain Donald Trump a loué à plusieurs reprises le bilan du président Sissi, les autorités "se sont rendues compte qu'il n'y aura pas de pression de la part des Etats-Unis", poursuit M. Kaldas.

"Ce n'est pas la première répression que l'on voit en Egypte, et M. Trump ne semblait déjà pas vouloir critiquer les atteintes aux droits de l'Homme", ajoute-t-il.

Al-Jazeera n'en est pas à ses premiers déboires en Egypte. En 2013, les autorités avaient arrêté et emprisonné trois journalistes d'Al-Jazeera, dont un Canadien et un Australien, soulevant une vague de protestation internationale. Les trois journalistes avaient finalement été libérés en 2015.

Et le 23 décembre, Mahmoud Hussein, un Egyptien de 51 ans qui travaillait au siège d'Al-Jazeera à Doha, a été arrêté trois jours après son retour en Egypte pour des congés en famille.

Al Jazeera est accusée par Le Caire de soutenir le mouvement des Frères musulmans, interdit par les autorités égyptiennes. Depuis l'éviction de M. Morsi, issu des Frères musulmans, le pouvoir accuse le mouvement islamiste de violences et le considère comme une organisation "terroriste".

Jeudi matin, Mada Masr a publié sur son compte Twitter un dessin de presse montrant une porte fermée en plein milieu du désert, accompagné de la légende suivante: "nous avons la confirmation que le site de Mada Masr a été bloqué. Restez connectés pour savoir où nous retrouver".

Lourdes amendes

Le Huffpost Arabi demandait jeudi matin dans un tweet: "tu trouves un problème à consulter notre site? Pour outrepasser le blocage, suivre les étapes suivantes: 1/ ouvrir l'application Huffpost sur le portable, 2/ choisir Arabi, 3/ lire nos sujets".

Le Huffpost préconise aussi de visiter sa page Facebook pour "lire immédiatement les articles".

Parallèlement, en Arabie saoudite, le site internet d'Al Jazeera était inaccessible depuis mercredi soir. Et aux Emirats arabes unis, le site d'Al Jazeera et d'autres médias qataris étaient également bloqués.

En Egypte, une loi sur le terrorisme adoptée en août 2015 prévoit de lourdes amendes pour "ceux qui publient d'une manière délibérée de fausses informations sur les actes terroristes à l'intérieur du pays".

Le texte précise aussi qu'il est interdit de publier des informations en matière de terrorisme "qui seraient contraires aux communiqués officiels du ministère de la Défense".

Au classement mondial de la liberté de la presse 2017 publié par Reporter sans Frontières, l'Egypte est au161e rang sur 180.

Et la liste est longue désormais des personnalités du monde des médias qui ont dû renoncer à leurs activités ou qui ont eu des démêlés avec la justice.

En mars, l'ex-président du syndicat de la presse égyptienne, Yehya Kallache, et deux de ses collaborateurs ont été condamnés à de la prison avec sursis pour avoir abrité deux reporters recherchés par la justice.

Début janvier, le commentateur politique Ibrahim Eissa, qui a critiqué le gouvernement de M. Sissi après l'avoir soutenu dans un premier temps, a vu son émission suspendue.

Avec AFP

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