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Des Rwandais vivent dans l'incertitude au Congo-Brazzaville

Des familles rwandaises attendent la distribution de nourriture au camp de réfugiés de Kingtele à quelques kilomètres de Brazzaville, le 27 août 1998.

Ils étaient encore 10.000 Rwandais fin 2017 au Congo Brazzaville. En majorité Hutus, ils ont fui après le génocide des 800.000 Tutsis et le massacre des Hutus modérés perpétrés par des Hutus (forces de sécurité, milices extrémistes, autorités, population) entre avril et juillet 1994.

"On me dit de repartir. Repartir où? Faire quoi là-bas? Tout le monde est mort", murmure Gilbert Bigirimana, 18 ans, Rwandais dans un camp de réfugiés au nord du Congo-Brazzaville qui n'a jamais foulé le sol du Rwanda.

Comme lui, ils étaient encore 10.000 Rwandais fin 2017 au Congo Brazzaville. En majorité Hutus, ils ont fui après le génocide des 800.000 Tutsis et le massacre des Hutus modérés perpétrés par des Hutus (forces de sécurité, milices extrémistes, autorités, population) entre avril et juillet 1994.

Ils se sont d'abord installés en République démocratique du Congo (RDC) avant d'en partir à la fin des années 1990 vers le Congo-Brazzaville, fuyant les deux guerres du Congo, contrecoup du génocide rwandais.

Aujourd'hui, ils attendent dans l'incertitude, et la grande majorité d'entre eux, 9.200, ont perdu leur statut de réfugié début 2018.

>> Lire aussi : Les réfugiés rwandais à Brazzaville insensibles aux appels de rapatriement

"Lorsque les conditions qui ont poussé au départ des réfugiés ont disparu, on invoque la clause de cessation" du statut de réfugié, explique Jean-Claude Kourouma, chef du bureau du Haut-Commissariat de l'ONU (HCR) de Betou, ville du nord du Congo qui accueillait près de 1.900 réfugiés rwandais en 2017.

Critiquée par des ONG congolaises, cette décision de cessation du statut de réfugiés s'est appliquée le 31 décembre 2017 pour les réfugiés rwandais du Congo. "Les personnes n'ayant pas bénéficié de l'exemption se trouvent désormais en situation irrégulière sur le territoire congolais", a ainsi récemment déclaré le gouvernement de Brazzaville.

Avant cette date butoir, une centaine de Rwandais avaient fait le choix du retour. D'autres les ont suivis depuis.

"Cinq familles ont, elle, fait le choix de l'intégration locale", explique Jean-Claude Kourouma: ces familles ont entamé des démarches avec les autorités rwandaises afin d'obtenir un passeport, qui leur permettra ensuite de faire une demande pour être naturalisées congolaises.

"On va nous massacrer"

Pour d'autres, comme Gilbert Bigirimana, l'avenir est encore très incertain.

Pour lui, pas question de repartir dans un pays qu'il ne connaît que par les témoignages - réels ou fantasmés - de ses compatriotes, en majorité des Hutus qui ont fui en 1994 à l'arrivée au pouvoir de la rébellion tutsi du FPR dirigée par Paul Kagame, l'actuel président rwandais.

>> Lire aussi : Les réfugiés rwandais opposés au retour au pays à Brazzaville

"Kagame privilégie sa +race+. Si on retourne là-bas, on va nous massacrer", redoute Gilbert, un Hutu. Adoptée en 2003, la Constitution du Rwanda place l'"éradication des divisions ethnique" au rang de ses principes fondateurs.

"Je suis orphelin de père, je n'ai que ma mère mais elle est très malade, elle dort", raconte ce jeune Rwandais, né en 2007.

Depuis que sa famille et lui ont perdu leur statut de réfugiés, la situation s'est compliquée.

"Ils ont coupé nos rations. C'est moi qui travaille seul, pour nourrir mes cinq petits frères et soeurs. Je cultive un petit jardin, et j'essaie d'aller à l'école. Mais comment je peux tout faire tout seul?"

"Je préfère rester ici jusqu'à ce qu'on m'enterre", conclut le tout jeune homme.

Années d'errances

"Je resterai là tant qu'il y a la paix", jure de son côté Antoinette Mokamakombe, une Rwandaise de 28 ans à l'orée du camp de réfugiés de Betou, à quelques encablures de Gilbert Bigirimana.

Contrairement à ce dernier, elle a pu conserver son statut de réfugié grâce à une exemption de la clause de cessation du statut.

>> Lire aussi : Les réfugiés centrafricains de Bétou souhaitent l’unité entre musulmans et chrétiens

"J'ai eu le droit car mon cas est +exceptionnel+", raconte la jeune femme de 28 ans.

Exceptionnel, car depuis son départ du Rwanda en 1994, Antoinette n'a fait que fuir ses terres d'accueil, d'une guerre à l'autre: le Rwanda, puis la RDC qu'elle quitte quand la guerre éclate à la fin des années 1990, ensuite la Centrafrique, qu'elle fuit en 2013 quand le conflit embrase le pays.

Difficile d'en savoir plus sur ses années d'errances. Elle ne veut pas s'y attarder, invoquant les fortes migraines qui l'assaillent lorsqu'elle fouille sa mémoire.

Comme elles, quelques 802 réfugiés rwandais du Congo ont pu bénéficier de cette exemption, qui "concerne les personnes visées par leur origine, ou dans une situation particulière qui menace leur sécurité", explique Jean-Claude Kourouma.

"Il n'y a pas de génocidaires qui aurait pu bénéficier du statut de réfugié", précise-t-il.

Après le génocide des Tutsi au Rwanda de 1994, quelques milliers de Rwandais s'étaient réfugiés au Congo, petit pays d'Afrique centrale d'environ 5 millions d'habitants.

Un million avait fui dans l'est de l'ex-Zaïre, l'actuelle République démocratique du Congo. De passage à Goma dimanche, le Haut-commissaire des Nations unies aux réfugiés, Filippo Grandi, a promis de faciliter le retour dans leur pays des Rwandais toujours présents dans l'est de la RDC.

Avec AFP

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Le sortant Azali grandissime favori de la présidentielle aux Comores

Le président des Comores, Azali Assoumani, arrive à un bureau de vote lors du référendum constitutionnel, à Mitsoudje, près de Moroni, Comores, le 30 juillet 2018

Le président du petit archipel des Comores Azali Assoumani sollicite dimanche son maintien à la tête du pays dans un scrutin lourd de tensions avec l'opposition, qui l'accuse de dérive autoritaire et redoute un "hold-up électoral".

Au pouvoir depuis 2016, M. Azali, 60 ans, fait figure de grandissime favori au terme d'une campagne qu'il a écrasée de tous les moyens de l'Etat.

Sûr de sa force, le chef de l'Etat sortant a rassemblé vendredi plusieurs milliers de personnes dans la capitale Moroni autour du slogan "un seul jour, un seul tour, un seul homme". "Nous gagnerons cette élection dès le 24 mars", a-t-il assuré à ses partisans.

"Il a une vision pour le pays, lui seul est capable d'offrir un avenir meilleur à tous", s'est enthousiasmée une de ses fidèles, Fatoumia Alibazi, chapeau bleu à larges bords aux couleurs de son champion sur la tête.

La machine Azali s'est mise en marche avec la réforme constitutionnelle approuvée par référendum l'an dernier.

Très controversée, elle a étendu d'un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée successivement à chacune des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan).

Ce système a donné un coup de canif au fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d'Etat à répétition qui agitaient l'archipel depuis son indépendance en 1975.

- 'Mascarade' -

L'opposition a hurlé au loup mais rien n'y a fait. Au contraire. M. Azali a riposté à la contestation en embastillant nombre de ses détracteurs, à commencer par son ennemi de toujours, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, accusé de corruption.

Sur sa lancée, l'ex-putschiste, élu en 2016, a remis son quinquennat en jeu dès cette année. En cas de succès, il pourrait garder les rênes du pays jusqu'en 2029.

L'opposition espère bien l'en empêcher. Mais, prise de cours par l'accélération du calendrier politique, elle s'est lancée dans la bataille en ordre dispersé. Et la Cour suprême l'a encore fragilisée en écartant quelques-uns de ses champions de la route du président.

Patron de l'Union de l'opposition, l'ancien vice-président Mohamed Ali Soilihi a été interdit de scrutin. Assigné à résidence, il ne décolère pas.

"Cette élection est une grosse mascarade", se lamente-t-il. "Le scénario est écrit d'avance: le 24 mars au soir, il y aura une déclaration de victoire (d'Azali Assoumani) au premier tour, c'est un passage en force."

C'est l'antienne reprise par tous les adversaires du président. "Tout le monde est contre lui, si le scrutin est transparent, il ne peut pas gagner", assure lui aussi le candidat du parti Juwa, l'avocat Mahamoudou Ahamada, 48 ans. "Azali n'a d'autre choix que de voler les élections".

Plus que la crainte de fraudes, les partisans de l'opposition reprochent au pouvoir sortant la pauvreté persistante de la population et le train de vie des dirigeants du pays.

- 'Plus que Macron' -

"Tu ne peux pas m'expliquer que je vais avoir une vie sans électricité, sans eau. C'est pas possible", se lamente Mahmoud Mze, chômeur de 48 ans. "Et lui (M. Azali), il gagne 34.000 euros par mois, plus que (le président français Emmanuel) Macron. Ca ne va pas !"

Privée par la réforme de présidence tournante en 2021, l'île d'Anjouan, la plus pauvre de l'archipel, bouillonne.

En octobre, des civils armés hostiles au président ont fait le coup de feu avec l'armée pendant six jours à Mutsamudu, la capitale de l'île, avant de s'évaporer mystérieusement dans la nature.

En campagne à Anjouan, le colonel Soilihi Mohamed, dit "Campagnard" pour ses origines rurales, a mis en garde contre les risques d'un passage en force du président.

"Le peuple va s'exprimer par une révolution dans les urnes", prédit l'ancien officier, aussi raide que le sortant est bonhomme. Mais "si jamais le président tente de faire autrement, on risque une révolution populaire".

La menace fait sourire le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou, qui promet "la transparence totale".

"Il y a trop de mensonges de l'opposition, notre pays n'est pas une dictature", déclare le secrétaire général de la Mouvance présidentielle, Ali Mliva Youssouf.

Plus de 800 observateurs de la société civile comorienne, financés par l'Union européenne (UE), sont annoncés dans les 731 bureaux de vote du pays pour garantir la régularité du scrutin. Les premiers résultats sont attendus lundi.

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