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Les Libyens désabusés sur de possibles élections

Un père et ses enfants à l’extérieur de leur maison dans la zone 2 à Syrte, en Libye, le 16 juillet 2012.

Sept ans après la révolte qui chassa Mouammar Kadhafi du pouvoir, l'ONU ambitionne d'organiser des élections dont ni la nature ni la date ne sont encore connues.

"Nous ne pouvons pas avoir une situation pire", lâche Amina al-Kouafi, une habitante de Benghazi, berceau de la révolte de 2011 en Libye, à propos de possibles élections pour sortir le pays de sept ans de chaos.

Comme cette mère de famille, beaucoup de Libyens ne se font pas trop d'illusions quant au succès d'un scrutin dans un pays morcelé avec deux autorités rivales et une multitude de factions armées, qui mènent une lutte acharnée pour la domination de ce riche pays pétrolier.

>> Lire aussi : Une transition chaotique qui s'éternise sept ans après la révolte en Libye

Censées contribuer à mettre un terme aux rivalités, à l'insécurité, à l'instabilité, à la corruption et à une crise économique aigüe, sept ans après la révolte qui chassa Mouammar Kadhafi du pouvoir, l'ONU ambitionne d'organiser des élections dont ni la nature ni la date ne sont encore connues.

"Nous avons vécu sept années difficiles depuis la fin de la révolution", déplore Amina Al-Kouafi qui promène ses enfants sur la plage, près des décombres du quartier al-Sabri réduit en poussière par les violences.

Mais elle veut garder "peu d'espoir". "Peut-être que cette année sera celle de la délivrance", dit-elle, à la veille du 7e anniversaire du début de la révolte qui commença à Benghazi le 17 février 2011 et mit fin huit mois plus tard à 42 ans d'un régime autoritaire sous Mouammar Kadhafi.

Présent aussi à Benghazi, à un millier de km à l'est de la capitale Tripoli, Saad al-Badri, un journaliste libyen de 35 ans, n'est pas non plus optimiste.

"Aucune solution politique en Libye n'est viable à court terme tant qu'il y a cette avidité effrénée pour le pouvoir", dit-il dans cette cité meurtrie par des attentats attribués à des jihadistes.

20 millions d'armes

Des élections pour rétablir la sécurité ou la sécurité d'abord pour garantir la réussite des élections? La question divise dans un pays où la chute du régime autoritaire avait entraîné la désintégration de l'appareil sécuritaire.

"Quand il y a 20 millions d'armes pour 6 millions d'habitants, comment imaginer que des élections puissent réussir" en Libye, se demande Federica Saini Fasanotti du Brookings Institution à Washington. "Les élections sont l'apothéose de la démocratie, pas le début".

Quoiqu'il en soit, plusieurs étapes restent à franchir avant la tenue éventuelle du scrutin, dont un référendum sur un projet de constitution et la rédaction d'une loi électorale agréée par l'ensemble des protagonistes.

La semaine dernière, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a reconnu que "toutes les conditions ne sont pas réunies aujourd'hui" pour la tenue d'élections.

"Mais le plus important est d'obtenir l'acceptation par toutes les parties des résultats des élections", avant même leur tenue, a-t-il dit, d'autant que les Libyens ne gardent pas un bon souvenir des dernières législatives de 2014.

Quelques jours après l'annonce des résultats du scrutin, le Parlement élu avait été contraint de s'exiler dans l'est du pays, après qu'une coalition de milices s'est emparée de la capitale au terme de combats meurtriers.

Aujourd'hui, deux autorités se disputent le pouvoir. Un gouvernement d'union nationale (GNA) issu d'un accord parrainé par l'ONU et basé à Tripoli et un gouvernement parallèle dans l'Est soutenu par le puissant maréchal Khalifa Haftar, qui conteste la légitimité du GNA.

'Expérience amère'

Mettant en avant "l'expérience amère" des élections de 2014, le professeur en sciences politiques Mahmoud al-Murshti juge "important un consensus national pour accepter les résultats des prochaines élections". Il ne faudrait pas recourir aux armes "au cas où les résultats ne satisferaient pas l'une des parties".

En attendant la levée de toutes ces incertitudes, la Commission électorale libyenne, l'une des rares institutions crédibles et indépendantes dans le pays, a commencé à mettre à jour sa liste électorale.

Jusqu'au 14 février, le nombre des inscrits a atteint 2,4 millions d'électeurs dont 894.095 nouveaux inscrits, selon elle.

Sur les 3,4 millions d'électeurs éligibles, seulement 1,5 million s'étaient inscrits pour les législatives de 2014, contre 2,7 millions en 2012.

Karima al-Badri, une banquière de Tripoli, figure parmi le million de femmes inscrites.

Sur une note plus optimiste, elle souligne que "la liberté de voter est la principale réalisation de la révolution". "Nous devrions nous concentrer sur l'avenir pour essayer de reconstruire le pays, même si la lumière au bout du tunnel semble lointaine".

Avec AFP

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Le sortant Azali grandissime favori de la présidentielle aux Comores

Le président des Comores, Azali Assoumani, arrive à un bureau de vote lors du référendum constitutionnel, à Mitsoudje, près de Moroni, Comores, le 30 juillet 2018

Le président du petit archipel des Comores Azali Assoumani sollicite dimanche son maintien à la tête du pays dans un scrutin lourd de tensions avec l'opposition, qui l'accuse de dérive autoritaire et redoute un "hold-up électoral".

Au pouvoir depuis 2016, M. Azali, 60 ans, fait figure de grandissime favori au terme d'une campagne qu'il a écrasée de tous les moyens de l'Etat.

Sûr de sa force, le chef de l'Etat sortant a rassemblé vendredi plusieurs milliers de personnes dans la capitale Moroni autour du slogan "un seul jour, un seul tour, un seul homme". "Nous gagnerons cette élection dès le 24 mars", a-t-il assuré à ses partisans.

"Il a une vision pour le pays, lui seul est capable d'offrir un avenir meilleur à tous", s'est enthousiasmée une de ses fidèles, Fatoumia Alibazi, chapeau bleu à larges bords aux couleurs de son champion sur la tête.

La machine Azali s'est mise en marche avec la réforme constitutionnelle approuvée par référendum l'an dernier.

Très controversée, elle a étendu d'un à deux mandats de cinq ans la durée de la présidence attribuée successivement à chacune des trois îles de l'archipel (Grande-Comore, Mohéli, Anjouan).

Ce système a donné un coup de canif au fragile équilibre institutionnel instauré en 2001 pour mettre fin aux crises séparatistes et aux coups d'Etat à répétition qui agitaient l'archipel depuis son indépendance en 1975.

- 'Mascarade' -

L'opposition a hurlé au loup mais rien n'y a fait. Au contraire. M. Azali a riposté à la contestation en embastillant nombre de ses détracteurs, à commencer par son ennemi de toujours, l'ancien président Ahmed Abdallah Sambi, accusé de corruption.

Sur sa lancée, l'ex-putschiste, élu en 2016, a remis son quinquennat en jeu dès cette année. En cas de succès, il pourrait garder les rênes du pays jusqu'en 2029.

L'opposition espère bien l'en empêcher. Mais, prise de cours par l'accélération du calendrier politique, elle s'est lancée dans la bataille en ordre dispersé. Et la Cour suprême l'a encore fragilisée en écartant quelques-uns de ses champions de la route du président.

Patron de l'Union de l'opposition, l'ancien vice-président Mohamed Ali Soilihi a été interdit de scrutin. Assigné à résidence, il ne décolère pas.

"Cette élection est une grosse mascarade", se lamente-t-il. "Le scénario est écrit d'avance: le 24 mars au soir, il y aura une déclaration de victoire (d'Azali Assoumani) au premier tour, c'est un passage en force."

C'est l'antienne reprise par tous les adversaires du président. "Tout le monde est contre lui, si le scrutin est transparent, il ne peut pas gagner", assure lui aussi le candidat du parti Juwa, l'avocat Mahamoudou Ahamada, 48 ans. "Azali n'a d'autre choix que de voler les élections".

Plus que la crainte de fraudes, les partisans de l'opposition reprochent au pouvoir sortant la pauvreté persistante de la population et le train de vie des dirigeants du pays.

- 'Plus que Macron' -

"Tu ne peux pas m'expliquer que je vais avoir une vie sans électricité, sans eau. C'est pas possible", se lamente Mahmoud Mze, chômeur de 48 ans. "Et lui (M. Azali), il gagne 34.000 euros par mois, plus que (le président français Emmanuel) Macron. Ca ne va pas !"

Privée par la réforme de présidence tournante en 2021, l'île d'Anjouan, la plus pauvre de l'archipel, bouillonne.

En octobre, des civils armés hostiles au président ont fait le coup de feu avec l'armée pendant six jours à Mutsamudu, la capitale de l'île, avant de s'évaporer mystérieusement dans la nature.

En campagne à Anjouan, le colonel Soilihi Mohamed, dit "Campagnard" pour ses origines rurales, a mis en garde contre les risques d'un passage en force du président.

"Le peuple va s'exprimer par une révolution dans les urnes", prédit l'ancien officier, aussi raide que le sortant est bonhomme. Mais "si jamais le président tente de faire autrement, on risque une révolution populaire".

La menace fait sourire le ministre de l'Intérieur Mohamed Daoudou, qui promet "la transparence totale".

"Il y a trop de mensonges de l'opposition, notre pays n'est pas une dictature", déclare le secrétaire général de la Mouvance présidentielle, Ali Mliva Youssouf.

Plus de 800 observateurs de la société civile comorienne, financés par l'Union européenne (UE), sont annoncés dans les 731 bureaux de vote du pays pour garantir la régularité du scrutin. Les premiers résultats sont attendus lundi.

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