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Droits humains

De nombreux pays clonent secrètement les téléphones des dissidents et des journalistes

Un étudiant de l'université virtuelle à Abidjan, le 28 novembre 2019. (Photo by ISSOUF SANOGO / AFP)

Les acteurs de la société civile, les journalistes et les dissidents politiques basés en Afrique devraient supposer que les gouvernements ont un accès illimité aux contenus de leurs appareils mobiles, a averti lundi un expert en cybersécurité.

"Il est important de comprendre que ces outils pénètrent le téléphone, pas les communications. C’est-à-dire que tout ce qui est dans votre téléphone peut être mis sous écoute", a déclaré John Scott Railton, chercheur principal au Citizen Lab, un groupe de recherche bénévole qui opère à partir de la Munk School of International Affairs, à l'Université de Toronto, au Canada. "Il faut que la société civile soit très vigilante", a-t-il ajouté.

Lundi, Citizen Lab a révélé que le gouvernement togolais avait utilisé des outils de cyber-espionnage contre des dissidents, dont Monseigneur Benoît Comlan Alowonou, l’évêque de Kpalimé, ville située à quelque 120 kilomètres au nord de Lomé, la capitale.

Le prêtre Pierre Marie-Chanel Affognon a été aussi ciblé par cet espionnage numérique, ainsi que l’ancien ministre Elliott Ohin et l’opposant Raymond Houndjo, leader de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC). Le journal français Le Monde et le quotidien britannique The Guardian ont confirmé ces révélations.

Arrestations, chantages et sex-tapes

Selon Citizen Lab, les autorités togolaises ont acquis un logiciel appelé Pegasus, qui leur permet de voir en sourdine tout ce qui se trouve dans le téléphone de la personne visée.

Pegasus est le produit d’une société israélienne appelée NSO Group. En janvier, l'agence de presse Reuters a rapporté que le FBI, la police fédérale américaine, avait ouvert une enquête pour savoir si les outils de NSO Group avaient été utilisés pour espionner les citoyens américains ou leurs institutions. Ni l'entreprise, ni son personnel ou ses propriétaires n'ont été accusés d'un crime.

La société NSO Group n'est pas le seul fournisseur d'outils d'espionnage en Afrique. En fait l’ONG Reporters sans frontières cite de nombreuses autres entreprises dans son rapport 2020 sur les "prédateurs numériques".

Parmi elles, Memento Labs (également connu sous le nom de Hacking Team), que RSF accuse d'avoir attaqué des journalistes en Éthiopie et au Maroc. Il y a aussi le groupe Gamma, ou FinFisher, basé en Allemagne, fabricant du logiciel FinSpy.

Leurs logiciels donnent au gouvernement un accès direct aux téléphones ciblés et peuvent ainsi usurper l’identité du propriétaire sans que ce dernier ne s’en rende compte. Même les applications sécurisées telles que WhatsApp ou Telegram n’échappent pas à ce type d’espionnage.

Dans certains cas, les cibles font l’objet d’un chantage ou subissent un discrédit total, comme par exemple par la divulgation d’images intimes ou de sex-tapes. Dans d’autres cas, les autorités retracent la cartographie des réseaux de dissidents pour identifier les meneurs connus et ceux qui les soutiennent dans l’ombre.

Le marketing de ces produits les présente comme des outils de lutte contre le terrorisme, mais "le fil connecteur entre toutes ces entreprises c’est que leurs produits sont orientés vers les pays autocratiques ou pas très démocratiques pour viser leur opposition politique", a déploré M. Railton.

Selon RSF, la surveillance gouvernementale a été abusée dans de nombreux pays à travers le monde. Sur le continent africain, notamment en Algérie, en Égypte et au Soudan, les appareils sécuritaires sont notoires pour leur mainmise sur les communications privées des dissidents et des journalistes, selon l’ONG.

"C’est pourquoi c’est tellement problématique de mettre de tels outils entre les mains des États non démocratiques, parce que ça leur permet d’atteindre tout le monde, même dans la diaspora", a conclu M. Railton.

John Scott Railton: "Tout ce qui est sur votre téléphone peut être mis sous écoute"
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Un tribunal camerounais valide la prison à perpétuité pour 10 sécessionistes anglophones

Les avocats et l’assistance dans la cour du tribunal militaire lors de l'audience criminelle spéciale de deux leaders de la contestation anglophone, à Yaoundé, Cameroun, 7 juin 2017. (VOA / Emmanuel Jules Ntap)

Une cour d’appel camerounaise a confirmé jeudi la condamnation à la prison a perpétuité pour dix dirigeants séparatistes anglophones, rapporte la presse locale.

D’après le quotidien d’expression anglophone The Guardian Post, le juge Mindjimba Mindjimba, qui préside la Cour d’appel de la région du Centre, s’est empressé de rejeter l’appel des 10 condamnés.

Le jugement de jeudi confirme le verdict d’un tribunal militaire de Yaoundé qui avait condamné le leader des séparatistes, Sisiku Ayuk Tabe, et 9 autres personnes, à la prison à vie. Ils avaient été reconnus coupables de terrorisme et de rébellion contre le Cameroun.

Le juge a rendu sa décision sans donner aux avocats de la défense la possibilité de faire valoir leurs arguments, a déploré Amungwa Tanyi, porte-parole de l'équipe juridique des séparatistes emprisonnés, lors d'un entretien avec James Butty de la VOA.

Dénonçant ce qu’il considère comme un jugement "scandaleux", le juriste a précisé que les accusés n’ont jamais eu l’opportunité de rencontrer leurs avocats. Par ailleurs, a-t-il ajouté, le juge s'est exprimé entièrement en français, malgré le fait que les prévenus maitrisent plutôt l’anglais.

Se réclamant citoyens de la république autoproclamée d'Ambazonie, les séparatistes se battent pour l'indépendance des deux régions anglophones du Cameroun.

Ils avaient été arrêtés en 2018 au Nigeria et déportés au Cameroun. Leur transfert aux autorités camerounaises avait suscité beaucoup d'indignation au sein du mouvement, qui avait vu en cet acte une violation du droit international protégeant les demandeurs d'asile. Même le HCR, l’agence pour les réfugiés des Nations Unies, avait dénoncé leur déportation.

Selon Amungwa Tanyi, l’équipe de défense des dirigeants séparatistes prévoit de faire appel devant la Cour suprême du Cameroun.

"Nous allons continuer à leur enseigner le droit", a-t-il déclaré.

Des hommes armés massacrent une trentaine de civils en Ethiopie

Un militaire éthiopien monte la garde dans la périphérie de Badme, une ville entre l'Érythrée et l'Éthiopie, le 8 juin 2018. (Photo: REUTERS/Tiksa Negeri)

Des hommes armés ont tué plus de 30 personnes dans la zone de Metakal, dans la région de Benishangul-Gumuz en Ethiopie, a déclaré jeudi un haut responsable de l'opposition.

"Des fermiers et des membres de leurs familles ont été kidnappés et amenés dans une école primaire de la région où ils ont été menottés et abattus un par un", a déclaré Desalegn Chane, un membre important du nouveau parti politique, le Mouvement national d'Amhara (NAMA).

Benishangul-Gumuz est une région frontalière du Soudan.

Ce massacre constitue le dernier casse-tête en matière de sécurité pour le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed.

Les attaques, dont les victimes étaient des femmes et des enfants, ont eu lieu du 6 au 13 septembre, selon Desalegn Chane.

"Il y a eu au moins deux séries de meurtres de civils, et des centaines de civils ont également été déplacés", a déploré la commission dans un communiqué.

Sitotaw Aweke, un agriculteur et homme d'affaires, a déclaré que des survivants lui ont dit que toute sa famille avait été tuée dans une attaque alors qu'il était au marché pour acheter des vêtements à ses trois enfants pour le nouvel an éthiopien, qui est célébré le 11 septembre.

"Je n'ai même pas pu les enterrer... chaque fois que je regarde les vêtements que je leur ai achetés, je pleure", a-t-il déclaré à Reuters par téléphone.

Selon le Premier ministre Abiy Ahmed les assaillants sont des groupes visant à renverser le processus de réformes initié par son gouvernement.

La Commission éthiopienne des droits de l'homme a déclaré que des centaines de civils ont été déplacés à la suite des violences et a demandé aux autorités régionales d'ouvrir une enquête.

En juin dernier, des hommes en uniforme ont tué plus de 50 personnes et en ont blessé 23 dans la même région.

20 ans de prison pour avoir violé deux infirmières

Une infirmière préparant un vaccin contre Ebola à Goma dans le Nord-Kivu en RDC, le 7 août 2019. (AFP)

Trois hommes, accusés d'avoir violé deux infirmières et dépouillé des malades dans un centre de santé, ont été condamnés à 20 ans de prison à Kinshasa, où la hausse de l'insécurité inquiète les autorités.

Un tribunal a condamné les trois prévenus pour "viol de deux infirmières, vol qualifié, extorsion et association des malfaiteurs", a indiqué Me Luse Muzembe, avocat de la défense, à la fin du procès dans la nuit de mardi à mercredi.

Le ministère public avait requis la peine capitale, qui n'est plus appliquée depuis 2003. Deux autres prévenus ont été acquittés et trois autres, mineurs, renvoyés devant un tribunal pour enfants, selon l'avocat.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, un groupe d'individus armés de machettes et d'objets tranchants a fait irruption au centre de Santé Révolution de Kisenso, une commune enclavée de la mégapole africaine, d'après les témoins et les autorités.

Ils ont violé deux jeunes infirmières qui étaient de garde, sous le regard des malades qu'ils ont dépouillés de leurs téléphones, argent, habits, a expliqué Willy Khonde, l'un des responsables de la Mutuelle de santé de Kisenso.

Le procès en procédure de flagrant délit devant le tribunal de grande instance de Matete avait débuté lundi. L'avocat a indiqué qu'il ferait appel du verdict de ce procès qui s'est tenu trois jours après les faits. "Le parquet n'a pas pu prouver l'implication de nos clients. Les vrais coupables courent encore les rues, il faut les retrouver", a estimé l'avocat.

La hausse de l'insécurité inquiète les autorités. A Kinshasa, la police a mis en place des barrages la nuit pour contrôler les taxis, après des cas d'enlèvements avec violences de jeunes passagères pour lesquelles les ravisseurs demandent une rançon à la famille.

La situation des droits de l'homme ne s'améliore pas au Burundi, selon l'ONU

Les forces de sécurité burundais déployées après une attaque à la grenade au cours de laquelle un général Tutsi et conseiller à la sécurité du vice-président, Athanase Kararuza, a été tué, à Bujumbura, le 25 avril 2016.

La situation des droits de l'homme ne s'améliore pas au Burundi malgré un changement à la tête de l'Etat, conclu la commission d'enquête de l'ONU sur ce pays plongé dans une grave crise politique qui a fait au moins 1.200 morts.

Les espoirs d'une amélioration après la disparition soudaine du président Pierre Nkurunziza après 15 ans au pouvoir se sont évaporés depuis l'élection en juin d'Évariste Ndayishimiye à la présidence, note la commission dans un communiqué.

"Jusqu'à présent nous n'avons vu que très peu de changements positifs depuis que le président Ndayishimiye est entré en fonction", souligne le président de la commission Doudou Diene.

"L'espace démocratique reste très étroit, l'impunité persiste et il n'y a aucune indication que le nombre de violations des droits de l'homme ait baissé sous le nouveau gouvernement", a-t-il ajouté.

Au contraire, note M. Diene, des personnalités pourtant soumises à des sanctions internationales parce qu'elles sont jugées responsables d'exactions commises en 2015, quand le pays a plongé dans la violence politique, "sont membres de l'administration Ndayishimiye".

La commission d'enquête sur le Burundi avait déjà conclu dans un précédent rapport que des crimes contre l'humanité avaient été commis dans le pays par les forces de sécurité du pouvoir.

Le nouveau rapport qui couvre la période depuis mai 2019, note que "la commission a toujours de bonnes raisons de penser que des crimes contre l'humanité ont été commis au Burundi sous forme de meurtres, d'emprisonnement ou autres formes sévères de privation de la liberté physique, la torture, le viol et d'autres formes de violences sexuelles tout aussi graves ainsi que des persécutions politiques".

Il met directement en cause le rôle des Imbonerakure -la ligue des jeunes du parti au pouvoir que l'ONU a qualifié de "milice" - dans le contexte des élections en 2020 elections.

La communauté internationale escomptait un assouplissement du régime avec l'arrivée du nouveau chef de l'État. Mais ses premières décisions, en particulier la nomination d'un gouvernement largement composé de tenants de la ligne dure, ont montré qu'il s'inscrivait dans les pas de son prédécesseur.

Au moins 1.200 personnes sont mortes et quelques 400.000 ont été forcées de fuir entre avril 2015 et mai 2017.

Mozambique: polémique après la publication de vidéos de torture

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