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De nombreux contestataires algériens, dont une figure du mouvement, libérés


Les leaders du mouvevent populaire "Hirak", fer de lance de la contestation populaire en Algérie.

De nombreux militants du mouvement de contestation en Algérie ont été remis en liberté provisoire jeudi, dont une de ses figures, Lakhdar Bouregaâ, 86 ans, vétéran très respecté de la Guerre d'indépendance devenu un symbole de la répression de la contestation.

M. Bouregaâ a quitté la prison où il était en détention préventive depuis six mois, a constaté un photographe de l'AFP.

"Son procès, qui devait s'ouvrir ce (jeudi) matin a été reporté et le juge a décidé de le libérer", a expliqué à l'AFP son avocat Me Abdelghani Badi, précisant que M. Bouregaâ, opéré d'urgence d'une hernie durant sa détention en novembre, comparaîtrait libre lors de son procès, renvoyé au 12 mars.

Selon l'agence de presse officielle APS, l'accusation de "participation à une entreprise de démoralisation de l'armée", crime passible de 5 à 10 ans de prison, a été abandonnée et M. Bouregaâ n'est plus prévenu que d'"outrage à corps constitué", seulement passible d'une amende.

Ont également été libérées au moins une quinzaine d'autres personnes, en détention préventive depuis plusieurs mois dans le cadre du "Hirak", le mouvement de contestation populaire du régime, a indiqué à l'AFP Kaci Tansaout, président du Comité national pour la libération des détenus (CNLD), une association de soutien.

Ces libérations "surprises" se poursuivent jeudi et leur nombre exact n'est pas connu dans l'immédiat, a poursuivi M. Tansaout. Le CNLD recensait jeudi matin environ 140 personnes emprisonnées --en attente de jugement ou condamnées-- à travers le pays, en très grande majorité à Alger.

- "Détenus politiques et d'opinion" -

M. Tansaout a évoqué une volonté du pouvoir de libérer l'essentiel des "détenus du +Hirak+", en vue de calmer cette contestation qui agite l'Algérie depuis le 22 février, tout en soulignant que les poursuites étaient maintenues contre ceux remis en liberté provisoire.

Sur sa page Facebook, le CNLD parle d'une "instruction nationale de la présidence de la République pour la libération des otages pour essayer de gagner (la bienveillance de) la rue".

Le nouveau président Abdelmadjid Tebboune, élu le 12 décembre lors d'une présidentielle imposée par le pouvoir, boycottée par la contestation et massivement boudée par les électeurs, a proposé un "dialogue" au "Hirak".

Plusieurs figures de ce mouvement sans structure formelle, qui réclame une refonte totale du régime au pouvoir depuis l'indépendance de l'Algérie en 1962, ont exigé plusieurs préalables, dont la libération des "détenus politiques et d'opinion".

L'arrestation à son domicile, puis le placement en détention préventive, le 30 juin, de M. Bouregaâ, haut responsable militaire de l'Armée de Libération nationale (ALN) durant la guerre contre le pouvoir colonial français (1954-1962), avaient suscité l'indignation en Algérie.

Son portrait était depuis brandi dans les cortèges hebdomadaires du "Hirak" auxquels il participait auparavant régulièrement et il était devenu le symbole de tous les "détenus" de la contestation.

- Dessins antipouvoir -

M. Bouregaâ avait été arrêté après avoir sévèrement critiqué le puissant chef d'état-major de l'armée de l'époque, le général Ahmed Gaïd Salah, qui apparaissait alors comme l'homme fort de l'Algérie depuis la démission le 2 avril du président Abdelaziz Bouteflika, sous la pression du "Hirak".

Le général Gaïd Salah est décédé le 23 décembre, quelques jours après l'investiture de M. Tebboune, réputé pour être un de ses proches.

Après l'annulation en juin d'une précédente présidentielle, le chef d'état-major de l'armée avait accentué la répression de la contestation et avait catégoriquement refusé toute libération des "détenus du Hirak".

Parmi les autres détenus remis en liberté provisoire jeudi figure notamment le général en retraite Hocine Benhadid, 73 ans, lui aussi accusé de "démoralisation de l'armée" après avoir sévèrement critiqué le général Gaïd Salah, a indiqué M. Tansaout.

Condamné à trois mois de prison ferme pour des dessins antipouvoir, Abdelhamid Amine, dit "Nime", peintre et auteur de bandes dessinées, a lui été libéré après un peu plus d'un mois de détention, selon le CNLD.

Au moins 180 manifestants, militants ou journalistes ont été placés en détention provisoire depuis juin, essentiellement pour avoir brandi des drapeaux berbères ou pour des écrits sur les réseaux sociaux.

Certains ont été condamnés, quelques-uns acquittés, parfois après quelques mois de détention préventive, les autres attendent d'être jugés.

Une trentaine de détenus, condamnés pour "atteinte à l'intégrité du territoire", ont été successivement libérés ces derniers jours après avoir intégralement purgé leur peine de six mois de prison ferme.

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