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Dans le nord de la Centrafrique, un désert scolaire pour une "génération perdue"

Un garçon déplacé interne marche avec un parapluie sous la pluie à Bambari, en République centrafricaine, le 17 octobre 2015.

"Tu veux jouer avec nous?": faute de professeur, Moussa, gamin de Birao, dans le nord de la Centrafrique, passe ses journées sur le terrain de football, au lieu d'aller à l'école.

Ses parents l'ont déposé ce matin avant d'aller aux champs à son école de Garba, l'une des trois primaires de la capitale de la région de la Vakaga, qui compte 422 élèves inscrits. Mais aucun personnel qualifié pour leur apprendre à lire ou compter.

Trois colonnes se forment pourtant bientôt devant le bâtiment et les deux tiers des élèves s'apprêtent à entrer en classe. Moussa reste à jouer au football.

"C'est moi qui fais les cours", explique Adam Deko, 43 ans, professeur de fortune d'une région sans éducation. Il n'a aucun diplôme, et a arrêté l'école en classe de 3e.

>> Lire aussi : Birao, capitale à la dérive du Nord "abandonné" en Centrafrique

Dans la Vakaga, région oubliée de la Centrafrique, au carrefour des frontières tchadienne et soudanaise, il y a moins de cinq professeurs contractuels pour 52 écoles et près de 38.000 jeunes entre 7 et 18 ans, "scolarisables".

Alors, pour combler le vide, une ONG française forme des "maîtres-parents" aux rudiments de l'éducation.

'On supporte'

"On réhabilite des écoles, sensibilise les communautés sur l'importance de l'éducation, on remet des kits scolaires...". Alnour Sallet, directeur pour la Vakaga de l'ONG Triangle, énumère la longue liste de leurs actions pour l'éducation dans la région. De l'avis de beaucoup à Birao, Triangle est devenu indispensable.

"Et depuis 2015, on a formé 260 maîtres-parents", ajoute M. Sallet. Adam en fait partie.

"J'ai des enfants de 8 à 12 ans en classe", raconte-t-il avant d'aller écrire au tableau la date du jour. La salle de classe est bondée, il y a ce matin une centaine d'élèves - l'apprenti enseignant n'a aucune idée du nombre exact.

Djamila, 13 ans, n'est pas concentrée. "Il y a trop de monde, je n'ai rien pour écrire, on partage un banc à quatre. Mais on a de la chance, dans l'autre école ils n'ont pas de table."

Construite en 2017 et inaugurée en grande pompe par le président Faustin-Archange Touadéra début novembre, "l'autre école", Djobkia, à quelques centaines de mètres de là, n'a aucune fourniture scolaire.

>> Lire aussi : Un ancien sultanat au coeur des revendications du nord de la Centrafrique

Les élèves sont par terre et le professeur n'a pas de matériel sinon une craie blanche. "Oh vraiment, on a besoin d'enseignants", geint Samedi Hatim, 34 ans, professeur contractualisé cette année après une année de sociologie à l'université de Bangui.

Des enseignants, le gouvernement en a pourtant promis et affecté 110 début septembre pour la Vakaga. "Mais ils ne sont jamais arrivés, on les attend toujours", continue M. Hatim, qui partage avec un maître-parent le fardeau d'éduquer les centaines d'élèves de l'école Djobkia. "On supporte, on attend, qu'est ce qu'on peut faire d'autre?"

Maîtres d'un jour

Ailleurs en ville, les rares fonctionnaires présents se sont organisés pour donner des cours: le commissaire, les proviseur, intendant, l'administrateur et le censeur du lycée ont tous pris des habits de maître d'un jour.

"On arrive a donner environ quatre heures de cours par classe par semaine" en raison du manque de matériel et de professeurs, explique le censeur, Dieudonné Koudoufara, 62 ans, assis sur une table d'une salle de classe vide.

"Tout est toujours en retard ici, on n'a cours que dans certaines matières et on commence l'année scolaire avec plusieurs mois de retard", corrobore Abattor, 21 ans, en terminale, en regardant les mouches voler devant le lycée.

"Le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement) a amené des planches pour réparer les tables et les bancs du lycée. Mais il faut encore trouver l'argent pour payer les menuisiers", dit-il, dépité.

En 2017 à Birao, 29 élèves ont passé le baccalauréat, pour une population estimée à 120.000 personnes et 26.000 enfants "scolarisés". Un seul a réussi.

"Et quand tu as le bac, tu fais quoi après?", demande Moustapha Fadoul, chargé de programme à la Maison des jeunes de Birao. "Le bac, il ne nous sert à rien", ajoute Abattor.

"Etudier à Bangui, c'est dangereux pour nous les musulmans. Et au Soudan, c'est trop cher. On est bloqués ici, on ne peut devenir qu'agriculteur", conclut Moustapha.

Alors, les jeunes vont couper du bambou dans la brousse pour le revendre aux commerçants qui partent vers le Soudan. Ils cultivent aux champs arachides et haricots. Ou rejoignent le groupe armé qui contrôle la ville, le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC), du chef de guerre Noureddine Adam.

"On est une génération perdue", dit en baissant les yeux un élève qui attend devant l'école Djobkia. "Je ne sais pas ce qu'on va faire".

Avec AFP

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Guinée: Condé laisse une nouvelle fois planer le doute sur une candidature

Alpha Condé lors d'une réunion à Bruxelles, le 7 octobre 2017

Le président de la Guinée Alpha Condé, en visite officielle à Abidjan, a une nouvelle fois laissé planer le doute sur une modification de la Constitution qui lui permettrait de briguer un troisième mandat en 2020.

"Il y a un débat en Guinée. Moi j'observe (...), ce qui est évident c'est que le peuple guinéen est un peuple souverain, (...) qu'on ne peut pas empêcher le peuple de s'exprimer s'il le souhaite", a-t-il répondu à la presse qui l'a interrogé sur le sujet.

Il a aussi fait valoir qu'il n'avait "de comptes à rendre qu'au peuple de Guinée et éventuellement au peuple africain, mais pas à l'extérieur". "Je fais ce qui sera la volonté du peuple de Guinée. Pour le moment (...) je laisse le débat se dérouler dans le pays", a-t-il ajouté.

Les principaux partis d'opposition guinéens, ainsi que des associations de la société civile et des syndicats, ont annoncé début avril la création d'une coalition pour empêcher Alpha Condé de briguer un troisième mandat en 2020.

Ancien opposant historique et premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d'Afrique de l'Ouest régie jusqu'alors par des pouvoirs autoritaires, Alpha Condé, dont le deuxième mandat constitutionnel s'achève en 2020, a souvent contesté la pertinence de la limitation du nombre de mandats sur le continent.

M. Condé, 81 ans, n'a jusqu'à présent pas annoncé de modification de la Constitution afin de pouvoir se représenter en 2020, mais plusieurs de ses déclarations récentes ont été interprétées en ce sens. "Personne en Guinée ne m'empêchera d'aller devant le peuple pour lui demander ce qu'il veut et faire la volonté du peuple", avait-il dit le 24 mars devant les militants de son parti.

En janvier, la présidence avait publié des propos de l'ambassadeur de Russie, suggérant d'amender la Constitution pour permettre au chef de l'Etat de briguer un troisième mandat, au grand dam de l'opposition et de la société civile.

Le président ivoirien Alassane Ouattara, 77 ans, dont le deuxième mandat se termine également en 2020, entretient lui aussi le mystère quant à une éventuelle candidature. Il estime avoir le droit de se représenter en raison d'un changement de Constitution en 2016, ce que conteste l'opposition.

Avec AFP

Algérie: dixième vendredi consécutif de manifestations contre le régime

Les manifestants retournent dans les rues pour reclamer des changements démocratiques en Algérie.

Le mouvement algérien de contestation testera vendredi sa capacité à rester mobilisé lors du 10e vendredi consécutif de manifestations à travers le pays, sur fond de limogeages de symboles du régime Bouteflika déchu et de spectaculaires incarcérations dans des affaires de corruption présumée.

"Pas de demi-révolution", titre en une vendredi l'édition week-end du quotidien El Watan, appelant à continuer à manifester jusqu'au départ du "système" dans son entier, tandis que des appels similaires continuent d'être relayés sur les réseaux sociaux.

Le sentiment d'avoir obtenu de nouvelles têtes pourrait encourager les manifestants, à l'issue d'une semaine marquée par de nouveaux limogeages, des convocations judiciaires et poursuites annoncées contre des caciques du régime et le placement en détention provisoire de riches hommes d'affaires.

D'autant que le pouvoir ne cède pas sur l'essentiel des revendications: départ de l'ensemble des figures de l'appareil hérité d'Abdelaziz Bouteflika, qui a démissionné le 2 avril après 20 ans à la tête de l'Etat, et organisation d'une transition hors du cadre institutionnel qu'il a légué.

Apparatchik ayant accompagné M. Bouteflika durant près de deux décennies, Abdelkader Bensalah est toujours président par intérim et Noureddine Bedoui, autre fidèle dévoué, toujours Premier ministre d'un "gouvernement de la honte", comme le nomment les manifestants.

- Rôle de l'armée -

Et ces dirigeants prévoient toujours, avec le soutien de l'armée, replacée au centre de la vie politique depuis le départ de M. Bouteflika, d'organiser le 4 juillet la présidentielle devant élire son successeur, ce que refuse la contestation qui estime qu'ils ne peuvent garantir un scrutin régulier.

L'incarcération en début de semaine de trois frères Kouninef, famille propriétaire d'un géant privé du BTP algérien, bénéficiaires de gigantesques contrats publics, ne peut que satisfaire la contestation qui depuis le 22 février dénonce, aux cris de "voleurs" ou "mafia", les liens troubles entre la présidence Bouteflika et les "oligarques".

Réputés proches de Saïd Bouteflika, frère et conseiller abhorré du président déchu, ces trois frères Kouninef sont notamment soupçonnés de "non respect des engagements contractuels dans la réalisation de projets publics" et "trafic d'influence".

Mais le placement en détention préventive, simultanément, d'Issad Rebrab, première fortune d'Algérie et patron du conglomérat Cevital, premier employeur privé du pays, qui entretenait lui des relations notoirement tendues avec l'entourage de M. Bouteflika, a semé le doute sur les objectifs réels de ces enquêtes.

Une partie de la presse algérienne a qualifié "d'injonctions" les appels répétés à "accélérer la cadence" des enquêtes anticorruption, lancés aux autorités judiciaires par le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et de facto homme fort du pays depuis le départ de M. Bouteflika.

Ce qui a contraint l'armée à dénoncer, dans une rare "mise au point", "une lecture erronée" des déclarations du général Gaïd Salah, puis le Parquet a assurer n'avoir subi "aucune pression".

- Ministres chahutés -

Certains observateurs voient dans ces enquêtes une forme de "deal" implicite offert aux manifestants: les têtes des "corrompus" ou des symboles du pouvoir, contre un assouplissement des revendications notamment sur la présidentielle, dont le général Gaïd Salah a à nouveau réclamé dans la semaine qu'elle se tienne dans les délais constitutionnels.

Voire une tentative de diviser la contestation, dont au moins une partie a de la sympathie pour M. Rebrab, qui présente son groupe comme "une victime du +système+ (au pouvoir) et de sa mafia économique" qui entravent ses activités.

Dans la semaine, a été limogé le patron du Club des Pins, luxueuse résidence ultraprotégée réservée aux dignitaires, symbole des privilèges accordés aux personnalités du régime.

Mais aussi le PDG de Sonatrach, géant public des hydrocarbures, entreprise au centre de plusieurs scandales ces dernières années. Le lendemain, la justice annonçait enquêter à nouveau sur l'ancien ministre de l'Energie Chakib Khelil, très proche de M. Bouteflika, qui avait fui l'Algérie car recherché pour une affaire de corruption liée à Sonatrach, avant de rentrer une fois les poursuites abandonnées.

En province, les ministres du "gouvernement de la honte" continue d'être chahutés lors de leurs déplacements, malgré les récentes mises en garde du général Gaïd Salah contre ce phénomène qui se multiplie. Jeudi, le ministre du Tourisme, Abdelkader Benmessaoud, a écourté une visite à Saïda (nord-ouest) après avoir été conspué.

Avec AFP

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