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Mali

Dans l'est malien, les groupes armés occupent le vide laissé par l'Etat

Un soldat britannique de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) fait une ronde sur une tour de guet à Ménaka, au Mali, le 22 octobre 2021.

Sur une colline de sable surplombant Ménaka dans le nord-est du Mali, un officier de l'ONU s'approche d'un pick-up garé à l'ombre d'un arbre. Cinq hommes assis sur une natte font du thé, leurs armes à côté d'eux.

"Capitaine Charlie", du contingent britannique de la force de l'ONU au Mali (Minusma), entame la conversation, leur demande leur permis de port d'armes et à quel groupe armé ils appartiennent. Il veut "comprendre qui ils sont et quelles sont les dynamiques".

Dans cette zone désertique, entre Sahel et Sahara, les hommes en armes se ressemblent beaucoup, qu'ils se déplacent en pick-up, à moto ou en blindé. La région est la seule du Sahel où opèrent quasiment tous les acteurs du conflit, à l'exception des milices autoproclamées d'autodéfense du Burkina Faso et du centre du Mali.

Il y a là les groupes jihadistes qui ont prêté allégeance à Al-Qaïda ou à l'organisation Etat islamique, les ex-rebelles touaregs et arabes et les groupes armés pro-gouvernementaux également à dominante touarègue, les Français de l'opération Barkhane, les Européens de la force Takuba, des Nigériens, des Togolais et des Britanniques de la Minusma, et des soldats de l'armée nationale malienne.

Aucune statistique fiable n'est disponible sur les effectifs de chaque entité. Mais, du haut de la colline de sable, nul besoin de froncer les sourcils pour apercevoir au loin un pick-up armé ou un blindé.

Le chef du contingent anglais, le lieutenant-colonel Will Meddings, parle de "puzzle". Les hommes en armes sont partout présents, ce qui n'est pas sans risques. Début novembre, des soldats d'élite estoniens de Takuba ont par erreur ouvert le feu sur des Casques bleus britanniques.

Les hommes en armes sous l'arbre au-dessus de Ménaka racontent au "Capitaine Charlie" qu'ils tiennent un check-point et font partie d'un groupe armé assurant la sécurité de la ville, pour "éviter que des jihadistes ne viennent".

"Double casquette"

Les Britanniques de l'ONU "sécurisent" eux aussi, mais autre chose: en ville se tient la réunion hebdomadaire mettant en présence tous les acteurs "légaux" de la sécurité. Ils ont laissé leurs blindés et leurs pick-ups surmontés de mitrailleuses lourdes devant l'entrée du gouvernorat où ils discutent.

Cette réunion est le seul moment où les acteurs "partagent des informations", explique le gouverneur, Mohamed Maïga. Sinon, chacun opère sur le terrain sans partager l'information, ou si peu, disent plusieurs acteurs.

Certains acteurs ont "une double casquette", explique le chef régional de l'ONU Francesco Osler De Almeida. Les frontières entre certains groupes armés légaux et jihadistes sont poreuses.

Chacun tente de comprendre qui contrôle quel territoire dans une région immense de moins de 60.000 habitants (deux par km2), qui a prêté allégeance à quel groupe ou qui fricote avec les jihadistes.

En ville, groupes armés et soldats patrouillent conjointement dans le cadre de l'opération "Ménaka sans armes"; les brousses sont "contrôlées par les groupes armés et les jihadistes, principalement de l'EI", note le gouverneur.

Après l'attaque de ses deux camps dans les brousses de la région, l'armée malienne s'est repliée sur Ménaka début 2020 et y est toujours.

Aucun fonctionnaire n'est déployé hors de Ménaka, et les troupes de l'ONU n'ont jamais mis le pied dans une grande partie de la région. "En brousse, il n'y a plus que les jihadistes", assure Oumar, originaire d'un village avoisinant Ménaka mais qui a trouvé refuge en ville et s'exprime sous le couvert de l'anonymat.

Une première depuis 1960

Les civils sont livrés à eux-mêmes. Sur la frontière Mali-Niger, sous emprise de l'EI, ils paient la zakat, l'impôt islamique. S'ils refusent ou résistent, les villages sont rasés. Les morts se comptent par centaines.

Début novembre, 69 civils ont été tués du côté nigérien de la frontière, à Banibangou.

Dans une région aussi reculée et négligée, des incidents sécuritaires passent inaperçus.

"Il y a tellement de choses que nous ne voyons pas", reconnaît un haut représentant de la Minusma sous couvert d'anonymat. "Le vide a toujours été là, dans les brousses, il n'y a jamais eu d'Etat", dit-il.

L'ONU tente d'aider l'Etat à prendre pied. Dernièrement, elle a permis au gouverneur de se rendre dans un village à 28 km de Ménaka qui n'avait jamais vu d'autorité légale depuis l'indépendance en 1960.

Nul ne sait quand il pourra y retourner, ni s'il pourra aller un jour dans les dizaines d'autres villages totalement à l'écart du regard de l'Etat.

"Plus l'Etat mettra de temps à s'implanter", prévient M. Osler De Almeida, "plus les problèmes seront difficiles à résoudre".

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Le Danemark va rapatrier ses soldats du Mali et dénonce le "jeu politique sale" de Bamako

Un avion danois C130 Hercules en partance pour le Mali est vu à l'aéroport d'Aalborg le 15 janvier 2013. (Royal Danish Air Force Photo Service)

Dénonçant "un jeu politique sale" de Bamako, le Danemark a annoncé jeudi le rapatriement de sa centaine de soldats déployés au Mali comme le demandait avec insistance la junte malienne, un nouveau coup dur pour la force européenne antijihadiste commandée par la France.

"Les généraux au pouvoir ont envoyé un message clair où ils ont réaffirmé que le Danemark n'était pas le bienvenu au Mali. Nous ne l'acceptons pas et pour cette raison nous avons décidé de rapatrier nos soldats", a déclaré le ministre des Affaires étrangères Jeppe Kofod après une réunion au Parlement à Copenhague.

"Nous sommes là à l'invitation du Mali. Les généraux putschistes - dans un jeu politique sale - ont retiré cette invitation (...) parce qu'ils ne veulent pas d'un plan rapide de retour à la démocratie", s'est-il insurgé.

A la surprise générale, la junte au pouvoir au Mali depuis le coup d'Etat de 2020 avait demandé lundi soir au Danemark de retirer ses troupes, au motif que leur déploiement était "intervenu sans son consentement". Celles-ci venaient d'arriver la semaine précédente, dans le cadre du groupement européen de forces spéciales Takuba mis en place par Paris.

Le Danemark avait d'abord rétorqué être présent dans le pays à la suite d'une "invitation claire" du régime malien, rappelant la position jusque là favorable des autorités y compris après le coup d'Etat.

Mais le gouvernement malien de transition avait réitéré "avec insistance" sa demande dans la nuit de mercredi à jeudi.

"Nous ne pouvons pas rester alors que le gouvernement du Mali ne veut pas de nous", a justifié la ministre de la Défense, Trine Bramsen. Nous ne voulons pas non plus être la risée de tous".

Le rapatriement des soldats va "prendre un peu de temps", a-t-elle dit aux journalistes.

Si un calendrier précis ne peut être établi à ce stade, l'armée danoise juge, dans un communiqué, qu'il faudra "plusieurs semaines" pour ramener hommes et matériel au Danemark.

- la junte demande des excuses -

Ce nouveau revers pour la force européenne antijihadiste, qui avait demandé mercredi à la junte malienne de "respecter les bases solides de la coopération diplomatique et opérationnelle", intervient en pleine dégradation des relations entre la France, à la tête de la coalition, et le Mali.

Cette détérioration s'est accélérée depuis que les militaires arrivés au pouvoir à la faveur d'un putsch en août 2020 sont revenus sur leur engagement initial d'organiser en février 2022 des élections qui auraient ramené les civils à la tête du Mali.

En outre, la communauté internationale s'inquiète actuellement de la présence sur le sol malien de paramilitaires du sulfureux groupe russe Wagner.

Mardi, la ministre française des Armées Florence Parly a accusé la junte malienne de multiplier "les provocations", un haut responsable de celle-ci répondant en lui donnant le "conseil" de se taire.

L'arrivée des soldats danois, prévue depuis le printemps 2021, avait été annoncée le 18 janvier.

Aguerrie par sa participation à la plupart des interventions militaires occidentales depuis 20 ans (Afghanistan, Irak, Libye...), l'armée danoise avait déjà envoyé ces dernières années des renforts au Mali, pour certains au sein de la Minusma - force de l'ONU - et pour d'autres au sein de la force française Barkhane, dont des hélicoptères.

Les officiers danois participant à la mission onusienne ne sont pas concernés par la décision de jeudi.

Dans son communiqué mercredi soir, la junte estimait être en droit de recevoir "des excuses des autorités danoises" tout en évoquant la "très bonne réputation" du Danemark au Mali, en raison de son action en faveur du développement.

"Nous les invitons à faire attention à certains partenaires qui ont du mal malheureusement à se départir des réflexes coloniaux", était-il écrit.

Le Mali est un des pays prioritaires de l'aide danoise au développement.

Entre 2017 et 2022, quelque 122 millions d'euros ont été consacrés au pays africain, notamment pour la décentralisation et les droits de l'Homme, et de nombreuses ONG danoises et scandinaves sont actives au Mali.

Un responsable de la junte malienne conseille à une ministre française de se taire

La ministre Florence Parly avec le président Emmanuel Macron en visite sur une base de l'armée française à Istres, France, le 20 juillet 2017.

Un haut responsable de la junte malienne a donné pour "conseil" de se taire à la ministre française des Armées Florence Parly après ses accusations de "provocations" à l'encontre des dirigeants de Bamako.

Le colonel Abdoulaye Maïga, ministre et porte-parole du gouvernement dit de transition, s'est livré mercredi soir à une charge virulente contre Mme Parly et la France, accusée de chercher à diviser les Maliens, "d'instrumentaliser" les organisations sous-régionales et de conserver ses "réflexes coloniaux".

Cette sortie a lieu en pleine dégradation des relations avec la France, engagée militairement au Mali et au Sahel.

Cette détérioration s'est accélérée depuis que les militaires arrivés au pouvoir à la faveur d'un putsch en août 2020 ont révoqué leur engagement initial à organiser en février 2022 des élections qui auraient ramené les civils à la tête du Mali.

Ils ont fait savoir qu'ils jugeaient nécessaires plusieurs années supplémentaires aux commandes de ce pays plongé depuis des années dans une grave crise sécuritaire et politique. L'organisation des Etats ouest-africains Cédéao a infligé le 9 janvier de sévères sanctions au Mali.

La ministre française a accusé la junte mardi de multiplier "les provocations".

"Nous invitons également Mme Parly à plus de retenue et également à respecter le principe élémentaire de non-ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat", a dit le colonel Maïga.

"Nous l'invitons également, c'est un conseil, à faire sienne cette phrase d'Alfred de Vigny sur la grandeur du silence", a-t-il ajouté, possible référence au poème "la Mort du loup" du poète français du XIXe siècle. "Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse", dit le poème.

"Lorsqu'on tente désespérement d'isoler le Mali en instrumentalisant les organisations sous-régionales, on se demande enfin qui est dans la provocation", a-t-il dit en évoquant les sanctions de la Cédéao.

Le colonel a donné lecture du communiqué redemandant "avec insistance" au Danemark de retirer ses forces spéciales, récemment déployées au Mali sans avoir, selon la junte, le consentement des autorités, ce que contestent le Danemark, la France et les pays européens engagés au sein du groupement de forces spéciales Takuba.

"Nous ne sommes pas encore au stade de l'incident diplomatique, c'est peut-être des incompréhensions entre le gouvernement du Mali et le gouvernement du Danemark", a-t-il dit.

Mais il a dit que Bamako aurait été en droit de recevoir "des excuses des autorités danoises". Il a évoqué la "très bonne réputation" du Danemark au Mali en raison de son action en faveur du développement. "Nous les invitons à faire attention à certains partenaires qui ont du mal malheureusement à se départir des réflexes coloniaux", a-t-il dit.

Le Mali redemande aux militaires danois de quitter son territoire

Des soldats du Danemark se préparent à participer à une compétition européenne de tireurs d'élite sur la base militaire américaine de Grafenwoehr, en Allemagne, le 26 octobre 2016.

La junte au pouvoir au Mali a réitéré dans la nuit de mercredi à jeudi "avec insistance" son exigence de départ immédiat d'une centaine de soldats danois, déployés dans le pays sahélien dans le cadre du groupement européen de forces spéciales Takuba, initié par la France.

Bamako avait déjà demandé lundi au Danemark de rappeler "immédiatement" son contingent, récemment arrivé au Mali pour participer à Takuba - une force destinée à accompagner les soldats maliens au combat face aux jihadistes - au motif que ce déploiement était "intervenu sans son consentement".

Le gouvernement malien - dominé par les militaires arrivés au pouvoir lors d'un putsch en août 2020 - a enfoncé le clou mercredi soir, dans un communiqué: "aucun accord" n'autorisant le déploiement, il "invite, avec insistance, la partie danoise à retirer immédiatement ses forces spéciales du territoire malien".

Selon la junte, le Danemark avait saisi le Mali le 29 juin "d'un projet de texte en vue de convenir du statut des forces spéciales danoises devant intervenir au sein de la force Takuba". Cette requête est "sous examen", a répondu le gouvernement malien en novembre, selon le communiqué, et le Danemark reste donc en "attente de la validation de l'accord".

"Invitation claire"

Le ministre danois des Affaires étrangères, Jeppe Kofod, avait à l'inverse fait valoir mardi que son pays avait envoyé des forces spéciales au Mali à la suite d'une "invitation claire" du régime malien et essaie de "clarifier" pourquoi il a subitement demandé leur départ.

La junte malienne affirme dans son dernier communiqué avoir lu avec "surprise et consternation" un "message non approprié", lundi sur les réseaux sociaux, de M. Kofod qui estime "infondée la conclusion d'un accord" entre les deux pays avant le déploiement des forces danoises.

Après des restrictions posées dans l'espace aérien malien et la remise en cause des accords de défense liant Bamako à Paris, cette demande de retrait du contingent danois constitue une nouvelle entrave à l'action militaire française et européenne au Mali.

Les relations avec la France en particulier, engagée militairement au Mali et au Sahel depuis 2013, se sont sévèrement détériorées.

Les pays européens engagés au Mali au sein du groupement de forces spéciales Takuba avaient demandé mercredi à la junte malienne, avant le communiqué de celle-ci, de "respecter les bases solides de la coopération diplomatique et opérationnelle".

"Nous, partenaires internationaux engagés en soutien du Mali et de son peuple dans leurs efforts pour parvenir à une paix et une stabilité durables et dans la lutte contre le terrorisme, regrettons profondément la déclaration des autorités maliennes de transition (...) alléguant que le déploiement du contingent danois dans la Task Force Takuba est intervenu sans base légale et sans le consentement du gouvernement malien", souligne le communiqué conjoint, en appelant les autorités maliennes à "remédier rapidement à cette situation".

"Nous rappelons que tous les partenaires de la Task Force Takuba conduisent leur action conformément au cadre juridique solide qui a été agréé avec le gouvernement souverain du Mali, comprenant notamment une invitation formelle adressée par les autorités maliennes aux partenaires internationaux", affirme-t-il encore.

"La junte multiplie les provocations", s'était indignée mardi la ministre française des Armées, Florence Parly, disant sa "solidarité avec nos partenaires danois, dont le déploiement se fait sur une base juridique légale, contrairement à ce qu'affirme aujourd'hui la junte malienne".

Sanctions de la Cédéao: la société civile nigérienne soutient le Mali
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Composé de forces spéciales françaises et européennes, le nouveau groupement Takuba, initié par la France et aujourd'hui fort de près de 900 militaires, doit aider les forces maliennes à gagner en autonomie.

Outre la France, qui pilote Takuba, les Pays-Bas, l'Estonie, la Suède, la Belgique, la République tchèque, la Norvège, le Portugal, l'Italie et la Hongrie y participent.

Sanctions de la Cédéao: la société civile nigérienne soutient le Mali

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En Afrique de l'Ouest et au Sahel, la loi des colonels

Le capitaine Sidsoré Kader Ouedraogo lit le communiqué du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, à Ouagadougou, Burkina, le 24 janvier 2022.

Et maintenant le Burkina Faso... Sahel et Afrique de l'Ouest sont le théâtre depuis un an et demi d'une série de coups de force que des colonels justifient par l'inaptitude des dirigeants civils face aux jihadistes ou le discrédit des pouvoirs en place.

Des militaires en uniforme se plaçant sous le commandement du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba ont annoncé lundi à la télévision burkinabè avoir renversé le président Roch Marc Christian Kaboré, arrivé en 2015 à la tête d'un pays aspiré à son tour dans la tourmente sahélienne.

M. Kaboré aura connu le même sort que ses homologues malien Ibrahim Boubacar Keïta et guinéen Alpha Condé, que des colonels étaient venus cueillir en août 2020 et septembre 2021.

Le Mali a connu un nouveau putsch en mai 2021. C'est sans compter avec le fait accompli créé en avril 2021 au Tchad avec la prise de pouvoir du général Mahamat Idriss Déby Itno.

Entre Afrique de l'Ouest et Sahel, tous ces pays sont désormais sous la direction d'une junte.

Les putschistes disent de concert n'avoir pas eu d'autre choix que de prendre leurs "responsabilités" et se drapent dans la sauvegarde de la patrie. Ils observent ensuite une feuille de route se ressemblant d'un pays à l'autre.

En Guinée, après deux ans de crise politique, les forces spéciales derrière le colonel Mamady Doumbouya ont capturé le président Condé pour mettre fin à "la gabegie financière, la pauvreté et la corruption endémique" ou encore "le piétinement des droits des citoyens". Le pays est épargné par les actes jihadistes.

Plus à l'est, au Tchad, confronté aux attaques de rebelles et engagé dans le combat antijihadiste au Sahel, un fils a pris la place de son père pour, a-t-il dit, empêcher le pays de "sombrer dans le néant, la violence et l’anarchie".

Au Mali, le changement de régime a été précédé par des mois de contestation contre l'impuissance ou l'inertie des autorités devant la propagation des violences de toutes sortes, la pauvreté et la corruption.

Le Burkina Faso est en proie à une même exaspération devant l'incapacité à faire face aux agissements jihadistes.

Partis du nord du Mali en 2012, les groupes jihadistes aujourd'hui affiliés à Al-Qaïda ou à l'organisation Etat islamique ont étendu leur champ d'action au centre et au sud, et aux Niger et Burkina Faso voisins.

Malgré le soutien militaire et financier international, les Etats sahéliens, parmi les plus pauvres au monde, sont dépassés.

Les 6 exigences des militaires mutins du Burkina
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Une page se tourne

La prise du pouvoir par les militaires est le fruit d'une "très forte désillusion démocratique au sein des opinions publiques", dit Niagale Bagayoko, présidente du think-thank African Security Sector Network (ASSN).

"Aujourd'hui, qui considère, à part les partis politiques eux-mêmes, qu'aller voter va avoir un impact sur la situation, autant individuelle que sécuritaire au Sahel ?", interroge-t-elle.

Au Faso, M. Kaboré, réélu en 2020, promettait que la lutte antijihadiste serait la première des priorités de son second mandat. Les massacres et attaques se sont poursuivis, comme à Inata mi-novembre (57 morts, dont 53 gendarmes).

"La détérioration du contexte sécuritaire (...) a autant exaspéré les populations civiles que les forces de défense et de sécurité", explique Ornella Moderan, du think-thank Institut d'études de sécurité (ISS). Inata est "devenu le symbole (...) de l'idée que les politiques ont lâché les forces armées", dit-elle.

Les putschistes burkinabè ont dit lundi être passés à l'action devant la "dégradation continue de la situation sécuritaire qui menace les fondements mêmes de notre nation" et devant "l'incapacité manifeste du pouvoir" à y faire face.

Le chef des putschistes guinéens, le colonel Doumbouya, citait, après le coup d'Etat, le défunt président ghanéen Jerry Rawlings, lui-même arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1981, selon lequel "si le peuple est écrasé par ses élites il revient à l'armée de rendre au peuple sa liberté".

Arrivés par les armes ou par les urnes, des militaires ou ex-militaires sont au pouvoir dans quatre pays d'Afrique de l'Ouest: en Mauritanie, en Guinée-Bissau, en Guinée, au Mali.

Un fonctionnaire de l'ONU, travaillant dans la région sahélienne et s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, juge sèchement: "Il semble qu'une page est en train de se tourner pour les vétérans de la politique ouest-africaine aux politiques publiques non appliquées et aux promesses non tenues".

Mais, se demande-t-il, "est-ce que les militaires pourront faire mieux ?"

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