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Privée des transferts d'argent de sa diaspora, l'économie comorienne risque de battre de l'aile


La silhouette d'un homme passe devant le port principal de la capitale des Comores, Moroni, le 3 juillet 2009. (Photo: REUTERS/Thomas Mukoya)

Plusieurs entreprises publiques comoriennes ont mis des centaines de leurs employés au chômage technique jusqu’à nouvel ordre.

Aux Comores, où l'économie est fortement dépendante des envois de fonds de la diaspora, l'interruption des transferts d'argent provoquée par la pandémie de coronavirus menace de mettre l'économie à genoux et de déchirer le tissu social.

L'an dernier, les quelque 300 000 Comoriens vivant à l'étranger ont transféré 77,8 milliards de francs comoriens (plus de 170 millions de dollars) vers l'archipel, selon les données de la banque centrale.

Équivalent à 15% du produit intérieur brut, les transfers issus de la diaspora sont la principale source de devises du pays. De vastes pans de l'économie locale en dépendent.

Ils permettent aux ménages de s’approvisionner en nourriture et d'autres produits consommables. Ils servent aussi à financer les soins de santé, l’éducation et les obligations coutumières comme les mariages.

Seulement, voilà: près de 95% des Comoriens vivant à l’étranger sont établis en France. Comptant plus de 194 800 cas et près de 30 000 décès liés à la maladie COVID-19, la France est parmi les pays les plus rudement frappés par la pandémie. Avec son lot de chômage et d’incertitude économique.

“Nous pouvons déjà prévoir une stagnation, voire une réduction, des flux d'envois de fonds de la diaspora”, selon Fenella Frost, représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) aux Comores.

Outre la fermeture des aéroports qui prive l’archipel de son influx habituel de touristes, le gouvernement a réduit ou supprimé les taxes et les droits de douane sur certains biens importés jugés essentiels, ce qui a encore privé le trésor public de recettes.

Plusieurs entreprises publiques ont mis des centaines de leurs employés au chômage technique "jusqu’à nouvel ordre", selon La Gazette des Comores. En conséquence, de plus en plus de personnes ont besoin de l'aide à un moment où l’État est lui-même confronté à des revenus bien moindres.

Selon des estimations d’une étude réalisée avec l’appui du PNUD, les groupes vulnérables, notamment les femmes, les petits exploitants agricoles, et les petites et moyennes entreprises seront les plus durement touchés par l'impact de la pandémie sur l'économie comorienne.

"Ces groupes vulnérables auront nécessairement besoin d’une aide ciblée", souligne Attoumane Boina Issa, économiste du PNUD.

Selon les experts, l'archipel a besoin d'une infusion immédiate d'au moins 13 millions de dollars.

Déjà, les pouvoirs publics comoriens tentent de mettre sur pied un système de protection sociale pour les ménages économiquement faibles. Une étude est également en cours pour cerner l’impact du coronavirus sur le secteur informel, qui représente 79,2% des emplois sur l’archipel et concentre la quasi-totalité des femmes économiquement actives.

Le coronavirus, qui est avant tout une urgence sanitaire, interpelle aussi sur la nécessité d’investir dans le secteur de la santé.

“Les Comores auront besoin de l’aide et de la solidarité internationale pour reconstruire en mieux des systèmes de santé et de protection sociale et une économie plus résiliente face aux pandémies et aux chocs”, précise M. Issa.

Ce n’est pas la première fois qu’une telle recommandation est faite.

Depuis au moins 2014 s’accumulent des documents stratégiques élaborés en collaboration avec le PNUD, l’OMS, et d’autres partenaires. Ces documents promettent de positionner les Comores sur une trajectoire lui permettant de mieux résister aux chocs économiques, qu'ils soient liés à la santé, induits par le climat ou d’autres facteurs. Mais d’où viendront les financements requis?

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