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Corées : les manoeuvres militaires conjointes menacent d'exacerber les tensions

Les chars K1A1 de l’armée sud-coréenne et M1A2 de l’armée américaine lors d’une manœuvre militaire conjointe à Pocheon, Corée du Sud, 21 avril 2017.

Après les menaces réciproques de déflagration nucléaire échangées par la Corée du Nord et les Etats-Unis, la planète aura à partir de lundi les yeux rivés sur les manoeuvres militaires annuelles de Washington et Séoul en Corée du Sud, qui pourraient encore exacerber la crise, préviennent des analystes.

Pyongyang a testé deux missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) en juillet, qui semblent mettre à sa portée une bonne partie du continent américain. En réaction, le président américain Donald Trump a menacé de déchaîner "le feu et la colère" sur le Nord.

A quoi Pyongyang a répliqué en promettant de tirer une salve de missiles à proximité du territoire américain de Guam, dans le Pacifique. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un a mis ce projet sur pause cette semaine, mais prévenu que sa mise à exécution ne dépendait que du comportement de Washington.

La réaction de la Corée du Nord à l'exercice militaire conjoint dit "Ulchi Freedom Guardian" (UFG) qui commence lundi sera donc essentielle.

Ces manoeuvres annuelles, qui tiennent leur nom d'un général qui défendit un ancien royaume coréen face à l'envahisseur chinois, verront 50.000 soldats sud-coréens et 25.000 militaires américains s'entraîner à protéger la Corée du Sud contre une attaque nord-coréenne.

Aux yeux de Pyongyang, ces exercices sont la répétition provocante de l'invasion de son propre territoire. Chaque année, il brandit la menace de représailles militaires.

Le projet de tirs vers Guam, avant-poste stratégique de l'armée américaine sur la route de l'Asie, redeviendra d'actualité si les Etats-Unis "persistent dans leurs actions irresponsables et dangereuses", a prévenu Kim Jong-Un.

- Diviser les alliés -

Et les analystes craignent que ces manoeuvres ne mettent le feu aux poudres.

"J'ai peur qu'ils ne mettent en oeuvre leur projet quand les exercices commenceront", dit James Acton, spécialiste du nucléaire au Carnegie Endowment for International Peace.

La Corée du Nord a maintes fois réclamé l'arrêt des exercices à grande échelle entre les deux alliés, proposant en échange un gel de ses programmes nucléaire et balistique.

Au début des années 1990, Séoul et Washington avaient accepté d'annuler des manoeuvres baptisées "Team Spirit", contre le feu vert de Pyongyang à l'inspection de ses installations nucléaires secrètes. Mais le Nord avait ensuite repris son programme nucléaire.

Vipin Narang, professeur au Massachusetts Institute of Technology et spécialiste de la stratégie nucléaire, a mis en garde contre une nouvelle suspension.

"Les annuler reviendrait à céder à l'objectif prioritaire du Nord, qui est de séparer les alliés et enfoncer un coin entre la Corée du Sud et les Etats-Unis", dit-il à l'AFP.

Pour le président sud-coréen Moon Jae-In, les manoeuvres étayent sa promesse "d'éviter la guerre à tout prix", souligne Choi Kang, de l'Institut Asan. "Séoul va dire que les tensions actuelles justifient d'autant plus une alliance forte et une coopération militaire rapprochée".

- Bombardiers B-1B -

Le département d'Etat américain a fait savoir que l'opération UFG, qui date de 1976 et est fondée largement sur des simulations par ordinateur, aura lieu comme prévu.

Toutefois, il s'est refusé à dire si elle serait allégée dans un souci d'apaisement.

Les alliés pourraient faire un geste envers Pyongyang en s'abstenant d'utiliser des équipements stratégiques de l'armée américaine comme les bombardiers furtifs ou les porte-avions, explique Koo Kab-Woo, professeur à l'Université des études nord-coréennes de Séoul.

Les bombardiers supersoniques B-1B de la base aérienne Andersen américaine, sur l'île de Guam, survolent régulièrement la péninsule coréenne à l'occasion d'exercices conjoints, ou pour faire la démonstration "de la gamme complète des capacités militaires" de Washington. Cela ne manque jamais de susciter la fureur de Pyongyang.

Quand Kim Jong-Un a annoncé le report du projet sur Guam, il a exigé que Washington cesse ses "provocations arrogantes", évoquant "les équipements nucléaires stratégiques énormes" en train d'être déployés dans la région.

L'idéal, juge M. Acton, serait que les deux parties se mettent d'accord sur le fait que le Nord ne pourrait mener de tests de missiles qui survoleraient la Corée du Sud et le Japon, ce qui exclurait la possibilité de tirs vers Guam. En échange, Washington mettrait fin aux vols de ses bombardiers stratégiques dans certaines limites géographiques convenues avec le Nord.

Le Nord semble avoir laissé un peu de marge de manoeuvre, estime M. Narang.

Toute négociation pour réduire la fréquence et la portée des vols de B-1B "n'aurait pas besoin d'être vraiment publique et pourrait se mener en coulisses", dit-il. "Je crois qu'il est raisonnable de penser qu'on a là une porte de sortie".

Avec AFP

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Annexion du Golan: Trump rompt de nouveau avec le consensus international

Le président Donald Trump lors d'un point de presse au jardin Rose de la Maison Blanche, Washington, 25 janvier 2019.

En se disant favorable à la reconnaissance de la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan, Donald Trump rompt de nouveau avec le consensus international, au risque de justifier l'expansionnisme d'autres pays, selon les experts.

Israël a conquis une grande partie du Golan lors de la guerre des Six Jours en 1967 et l'a annexée en 1981, mais la communauté internationale n'a jamais reconnu cette annexion. Jeudi, le président américain a tweeté que "52 ans après", il était "temps" pour les Etats-Unis de la reconnaître.

Le droit international "interdit d'accroître son territoire par la guerre", a rappelé vendredi l'ancien diplomate Richard Haas, président du centre de réflexion Council on foreign relations (CFR).

"C'est un des principes les plus fondamentaux de l'ordre international et c'est ce qui a servi de base à l'opposition américaine à la conquête du Koweït par Saddam Hussein et de la Crimée par Poutine", a-t-il ajouté.

Il faisait référence à la guerre du Golfe qui a permis de bouter l'ex-dictateur irakien hors du Koweït en 1991 et le rattachement de la région ukrainienne de la Crimée par le président russe Vladimir Poutine en 2014.

Les Etats-Unis, qui ont imposé des sanctions à la Russie après son annexion de la Crimée, mènent-ils une politique internationale à deux vitesses? "Pas du tout", a répondu le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo dans un entretien à Sky News.

"Ce que le président Trump a fait avec le plateau du Golan est de reconnaître la réalité du terrain et la situation sécuritaire nécessaire à la protection de l'Etat israélien. C'est aussi que simple que cela", a-t-il expliqué.

- "Loi de la jungle" -

Ce n'est pas la première fois que M. Trump balaie de la main les conventions internationales pour apporter son soutien au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, aujourd'hui confronté à une réélection incertaine: en décembre 2017, il avait reconnu unilatéralement Jérusalem comme la capitale d'Israël.

Mais cette fois-ci, Washington va plus loin, a estimé l'ancien chef de la diplomatie suédoise Carl Bildt. "C'est de nouveau la loi de la jungle", a-t-il tweeté. "Le Kremlin va applaudir et appliquer le même principe à la Crimée, Pékin va applaudir et appliquer le même principe à la mer de Chine méridionale".

Les Européens et les pays arabes se sont de fait inquiétés de l'intention affichée par M. Trump, qui n'a pas encore été formalisée.

La France a immédiatement estimé que la reconnaissance de cette annexion serait "contraire au droit international", rappelant que "cette situation a été reconnue comme nulle et non avenue par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité" des Nations unies.

La Syrie l'a rejetée vendredi comme "une violation flagrante du droit international", jurant que "le Golan est et restera arabe et syrien".

A New York, l'ambassadeur de Syrie à l'ONU, Bashar Ja'afari, a affirmé que le régime de Damas n'hésiterait pas à faire usage de la force pour récupérer le plateau du Golan. "C'est notre territoire, et nous le récupèrerons tôt ou tard", a-t-il dit.

Le président turc a jugé que la région était au bord d'une "nouvelle crise". "Nous n'autoriserons jamais la légitimation de l'occupation du plateau du Golan", a ajouté Recep Tayyip Erdogan qui, bien qu'hostile au président syrien Bachar al-Assad, ne cesse de dire son attachement à l'intégrité territoriale de la Syrie, craignant l'émergence d'une entité kurde dans les zones frontalières de la Turquie.

Pour Ilan Goldenberg, du Center for a new american security, la décision de M. Trump sur le Golan "aura un goût amer: elle affaiblit la sécurité d'Israël et affecte les intérêts des Etats-Unis au Moyen-Orient et au-delà, tout en donnant un coup de pied dans une fourmilière qui n'en avait vraiment pas besoin".

"Si Washington cesse de respecter les principes internationaux, il faut s'attendre à ce que d'autres Etats annexent des territoires de leurs voisins", a ajouté cet expert, évoquant la possibilité que l'Arabie saoudite envahisse le Qatar.

Pour Steven Cook, un expert du Proche-Orient au CFR, Donald Trump aurait mieux fait de s'abstenir: le statu quo satisfaisait tout le monde, y compris la Syrie, alors que reconnaître officiellement l'annexion du Golan "va créer de l'opposition, là où il y avait jusque là de l'acceptation".

"Israël est sur le Golan pour ses propres raisons, et rien de ce que l'administration Trump décidera n'y changera quoi que ce soit", conclut-il.

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