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La photo comme outil de promotion de l’identité culturelle chez Robert Nzaou-Kissolo


Robert Nzaou-Kissolo, artiste-photographe, du Congo-Brazzaville

Raconter les histoires et promouvoir son identité culturelle, c’est la mission que s’est assigné Robert Nzaou-Kissolo, artiste photographe dont les œuvres, très atypiques et révolutionnaires, incluent des légumes et des fruits posés sur les modèles.

Nzaou-Kissolo figure parmi les pionniers congolais de la photo de rue.

Visage couvert des courges, légumes cuisinés de diverses façons sur toute l’étendue du territoire congolais.
Visage couvert des courges, légumes cuisinés de diverses façons sur toute l’étendue du territoire congolais.

"On dit que nous sommes ce que nous mangeons. Ce n’est pas seulement la nourriture que nous consommons, c’est la culture aussi que nous promouvons. La nourriture c’est bon pour la santé, pour notre esprit, mais c’est aussi notre identité", raconte, avec conviction en riant, Robert Nzaou-Kissolo.

Ce grand passionné de photographie réside entre Le Cap et Pointe-Noire.

"Madia ya Bwala"

​Pour cet artiste, la photo est loin d’être une simple œuvre d’art. Elle est plutôt un symbole, lui permettant de valoriser sa culture, notamment à travers ​

Mise en valeur l’oseille, un légume très prisé au Congo, surtout pour accompagner le poisson frit ou braisé.
Mise en valeur l’oseille, un légume très prisé au Congo, surtout pour accompagner le poisson frit ou braisé.

​une série de photos intitulée « Madia ya Bwala », terme Kikongo qui signifie "La nourriture du terroir" en français.

Robert Nzaou utilise des fruits et légumes tels les graines de courges, le piment, les aubergines, le gnetum africanum, les feuilles de manioc, les graines d’oseilles ou les noix de palme comme éléments de décoration, sur un fond noir pour bien faire ressortir les couleurs.​

​Pourtant, ces incorporations n’ont aucunement pour objectif de rendre esthétiques les images ou d’embellir les modèles. Elles sont plutôt son "angle spécial", lui permettant de présenter cette nourriture traditionnelle, spéciale et bio qu’on consomme de moins en moins au Congo, déplore-t-il.

Jeune femme dont la tête et les yeux sont couverts de gnetum africanun (m-fumbu, coco), légume très consommé au Congo et dans la sous-région.
Jeune femme dont la tête et les yeux sont couverts de gnetum africanun (m-fumbu, coco), légume très consommé au Congo et dans la sous-région.

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Selon ce photographe, tout part d’un constat négatif. "Nous nous éloignons de plus en plus de notre nourriture traditionnelle, de ce que nous sommes. Par exemple, il y a de plus en plus de restaurants étrangers, et a contrario, de moins en moins de restaurants congolais", explique-t-il, un peu déçu.​

"Les fast-foods sont en train de s’installer dans les habitudes alimentaires des Congolais. Je suis convaincu qu’ils ne sont pas bons pour la santé et nous n’en avons pas besoin, il faut les stopper", poursuit-il avec optimisme.

Désir immodéré de raconter des histoires

Pourtant, rien ne le prédisposait à ce métier auquel il décide de se consacrer à plein temps. Tout commence avec l’envie de raconter des histoires du quotidien à travers la poésie et la musique, en l’occurrence le rap, alors qu’il est encore adolescent. Plus tard, à cause des guerres civiles qui secouent son pays, en particulier le Sud dans les années 1990, et des années blanches successives à l’université Marien Ngouabi, il s’expatrie au pays de Nelson Mandela, à l’instar de plusieurs jeunes qui prennent le chemin de l’exil pour fuir la désolation et le désastre que sèment les armes.

Il s’y retrouve tout seul, loin des siens, avec pour seule compagnie la nostalgie des souvenirs qui le ramènent continuellement chez lui en pensées. Cette solitude est d’autant plus difficile qu’il n’a aucun souvenir matériel de sa famille. "Sans même une photo pour me remémorer les bons moments de chez moi. Dans mes moments de solitude, je pensais à toutes les photos que je prendrais dès que j’aurais un appareil photo pour immortaliser tous les moments importants qui se présenteraient à moi", se répétait-il.

Et quand il retourne au Congo en 2010, il matérialise ses idées. Empruntant l’appareil photo de son frère ainé, il photographie tout ce qui bouge. Puis il montre la photo à Wilfried Massamba, propriétaire de l’ancienne galérie "Basango" à Pointe-Noire, juste pour avoir son avis.

Avec une surprise mêlée d’une joie indicible, il entend Massamba lui assurer que ses photos sont si impressionnantes qu’elles devraient être exposées. L’exposition est vite organisée et les œuvres se vendent bien. C’est un succès indéniable pour un débutant autodidacte. Satisfait de ses débuts prometteurs, Robert Nzaou s’achète son propre appareil photo et décide de se consacrer à la photo à plein-temps.

Son domaine de prédilection, ce sont des photos de rue, découvertes à « travers les œuvres des photographes d’Europe et des Etats-Unis, qui photographiaient tout, y compris les gens qui passaient dans la rue, parfois sans leur permission. J’ai cherché à savoir s’il y avait aussi des photos des rues au Congo. Il n’y en avait pas », relate-t-il.

« L’amour à l’africaine… »

Robert souhaite que beaucoup d’Africains en général, et des Congolais, en particulier, s’intéressent à la photo comme moyen de documenter la vie quotidienne et de raconter l’histoire.

Un homme et une femme, peut-être des amoureux, couverts des feuilles de manioc, sont au resto en train de boire symboliquement une boisson congolaise, représentée des feuilles de manioc, un des plats nationaux au Congo.
Un homme et une femme, peut-être des amoureux, couverts des feuilles de manioc, sont au resto en train de boire symboliquement une boisson congolaise, représentée des feuilles de manioc, un des plats nationaux au Congo.

​Actuellement, il est en train de travailler sur un projet consacré à la représentation de l’amour à la congolaise ou à l’africaine. « Tu ne verras pas, par exemple, des Africains s’embrasser dans la rue ou marcher main dans la main. En tout cas, au Congo, c’est très rare. Mais cela ne veut pas dire que nous n’aimons pas nos femmes ou que nos femmes ne nous aiment pas. Nous avons notre façon de prouver l’amour. Je veux que nous, Africains, racontons nos histoires nous-mêmes », déclare-t-il avec entrain.

Robert Nzaou-Kissolo, artiste-photographe joint par Nanythe Talani
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Il déplore le fait que les œuvres des artistes sont plus achetées par des expatriés. « Les Congolais n’achètent pas beaucoup. Peut-être par économie ou par éducation. Ça commence à changer un peu. Cette année, pour la première fois, des Congolais ont acheté mes œuvres », avance-t-il, tout en ajoutant: « Quand quelqu’un achète une œuvre [d’art], c’est le salaire [de l’artiste] qu’il paye.»

Très doué et entrepreneur, Robert Nzaou a déjà fait plusieurs expositions en Afrique du sud, au Congo, en Allemagne, au Ghana et aux Etats-Unis. En 2017, il a obtenu le 3ème prix Objetivo Africa en Espagne.

Nanythe Talani​​

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