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Dans l'est du Tchad, regain de tensions mortelles entre agriculteurs et éleveurs

A gauche, Djekourninga Kaoutar Lazare directeur de la radio FM Liberté et son équipe, au Tchad, le 13 février 2019. (VOA/André Kodmadjingar)

Le conflit qui oppose agriculteurs et éleveurs s'est intensifié ces derniers jours dans l'est du Tchad, où au moins 35 personnes sont mortes depuis jeudi au cours de plusieurs affrontements distincts.

Depuis plusieurs dizaines d'années, l'Est tchadien, zone de transhumance et région stratégique à la frontière avec le Soudan, est en proie à des conflits entre différentes communautés: d'un côté, les autochtones ouaddaïens, agriculteurs, et de l'autre, des tribus arabes, éleveurs.

A chaque éruption de violences, le même scénario ou presque se répète: un troupeau de dromadaires d'éleveurs nomades entre dans le champ d'un agriculteur local ou un jardin cultivé par une famille, provoquant une confrontation entre les deux communautés.

Dans la province de Sila, 23 personnes ont été tuées et trois villages ont été incendiés, entre dimanche et lundi matin, a indiqué à l'AFP le gouverneur par intérim de la province, Oumar Sanda Makache III.

"La situation est à présent sous contrôle", a-t-il affirmé, précisant que des forces de sécurité avaient été déployées dans la zone.

Selon une source locale, ces violences se sont déclenchées à la suite d'une attaque perpétrée jeudi dans la province voisine du Ouaddaï.

Douze personnes sont mortes après l'intrusion dans un village de plusieurs hommes lourdement armés, selon le procureur de la province, Hassan Djamouss Hachimi.

A la suite de cette attaque, "nous avons procédé à l'arrestation de trente personnes", a-t-il expliqué à l'AFP.

"Des éleveurs arabes ont attaqué le village et les agriculteurs ont riposté", a indiqué lundi à l'AFP une autorité locale, précisant que "neuf Ouaddaïens et trois Arabes" avaient perdu la vie.

- "Vendetta terminée" -

Le ministre de la Sécurité publique, Mahamat Abali Salah, s'est rendu sur place samedi, et plusieurs armes de guerre ont été saisies, a indiqué dimanche la radio nationale tchadienne.

Il doit se rendre dans la journée dans la province de Sila, où ont eu lieu les affrontements dimanche et lundi matin, selon son ministère.

Des affrontements meurtriers s'étaient déjà produits en novembre 2018, quand une dizaine de personnes avaient été tuées à une soixantaine de km d'Abéché, la capitale du Ouaddaï.

Mi-février, le président tchadien Idriss Déby Itno, en déplacement dans la province, avait dénoncé "un grave problème" intercommunautaire dans cette zone sahélienne où beaucoup d'habitants sont armés, héritage du passé troublé d'une région aux premières loges du conflit du Darfour et de la violente histoire nationale.

Pour la seule année 2018, plus de 100 blessés par balle ont été admis dans l'un des deux hôpitaux de la province du Ouaddaï.

"L'heure de la vendetta est terminée", avait lancé le chef de l'Etat. "Se rendre justice (représente une) défaillance de la justice. Une justice qui doit s'assumer. Je prends désormais les choses en main".

Selon l'historien Mahamat Saleh Yacoub, la persistance de conflits dans l'est du Tchad provient d'un "règlement superficiel du différend" entre les deux communautés.

Interrogé par l'AFP en avril, le chercheur expliquait que l'augmentation de la sécheresse dans la région et la pression démographique avaient eu pour effet d'intensifier les tensions liées à la transhumance. Et qu'à ces changements structurels, sont venus se greffer des problèmes ethniques.

Les troupeaux appartiennent en grande majorité aux Zaghawa, l'ethnie du président Déby Itno, selon les agriculteurs, qui dénoncent l'impunité dont les éleveurs bénéficient lorsqu'un différend éclate.

Une situation conflictuelle entre éleveurs et agriculteurs qui se retrouve dans plusieurs autres pays africains, notamment le Nigeria.

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Les Tchadiens lancent une nouvelle offensive militaire contre Boko Haram

Les Tchadiens lancent une nouvelle offensive militaire contre Boko Haram
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La déclaration de l'état d'urgence dans une province tchadienne suscite des craintes

Le président du Tchad, Idriss Deby, lors de la 33e session ordinaire du sommet de l'Union africaine, à Addis-Abeba, le 10 février 2020. (Photo: MICHAEL TEWELDE / AFP)

Au Tchad, le gouvernement a institué l’état d’urgence dans les départements de Fouli et de Kaya dans la province du Lac et les a déclarés "zones de guerre".

Les populations sont sommées de quitter immédiatement les villages situés sur les îles du Lac Tchad. Déclarés "zones de guerre", les départements de Fouli et Kaya, dans la province du Lac, viennent d’être placés sous l’état d’urgence pour une période allant jusqu'au 16 avril.

La décision fait suite à l’attaque récente par Boko Haram d'une position de l’armée tchadienne à Bohoma, une localité de la province. Près de 100 soldats tchadiens ont été tués.

Pendant ce régime d’exception, il sera interdit de circuler. Les autorités pourront organiser des perquisitions dans les domiciles et instaurer un couvre-feu de 22h à 6h du matin. Les autorités pourront également contrôler la presse et les publications.

Une situation qui inquiète les organisations de la société civile.

Crainte de débordements

Max Loalngar, président de la Ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH), craint un excès de zèle des agents de sécurité. Il dit avoir en mémoire les exactions qui ont été commises à l’est du pays dans un contexte similaire.

Max Loalnagr président de la LTDH à droite et Mahamat Ibedou de la CTDDH à droite, au Tchad, le 30 mars 2020. (VOA/André Kodmadjingar)
Max Loalnagr président de la LTDH à droite et Mahamat Ibedou de la CTDDH à droite, au Tchad, le 30 mars 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

"Les mesures qui ont été prises restreignent les libertés publiques", dénonce le président de la LTDH.
"Nous attirons l’attention du gouvernement sur des éventuelles dérives qui seraient contre-productives", avertit-il.

Préoccupé du sort des civils, il s'interroge si les mesures prises dans ce contexte ne vont pas aggraver une situation déjà difficile.

"Quand on se rend compte que les populations ont été appelées à partir de leurs maisons sans délai, c’est un peu exagéré. Il n’y a aucune mesure de sécurité, mais ils iront où?", déplore Max Loalngar.

Pour Abdéramane Djasnavaye, le président de l’Alliance tchadienne pour la démocratie et le développement (ATD), membre de la majorité présidentielle, le gouvernement a raison de prendre ces mesures pour accorder une marge de manoeuvre à l’armée nationale.

Abdéramane Djasnabaye, président de l'ATD, au Tchad, le 30 mars 2020. (VOA/André Kodmadjingar)
Abdéramane Djasnabaye, président de l'ATD, au Tchad, le 30 mars 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

"Les droits de l’homme doivent reculer face à la sécurité", tranche le président de l’ATD, avant de préciser que "quand il n’y a pas la sécurité, il n’y a pas aussi les droits de l’homme, donc la priorité est donnée d’abord à la sécurité pour régler le problème".

Le coronavirus, une autre inquiétude

Max Loalngar exprime d’autres inquiétudes liées au risque de contamination de covid-19.

"Cette zone fait frontière avec pratiquement trois pays: le Cameroun, le Nigeria et le Niger où des cas de covid-19​ ont été signalés", rappelle-t-il. "Il est à craindre que ces populations aient été en contact avec les populations riveraines et donc si elles doivent migrer à l’intérieur du territoire, le risque de contamination est à grande", prévient l'activiste.

Selon des sources proches de la Cellule de veille et de sécurité sanitaire, des mesures sont prises pour éviter toute contamination si un cas arrive à être confirmé.

Etat d’urgence dans les départements de Fouli et de Kaya

Etat d’urgence dans les départements de Fouli et de Kaya
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Deux départements déclarés "zone de guerre" par N'Djamena après l'attaque au lac Tchad

Des soldats tchadiens sur des chars lors de leur retour du Niger voisin où ils combattaient le mouvement islamiste Boko Haram, à N’Djamena, 11 décembre 2015.

Deux des cinq départements de la province du Lac, au Tchad, ont été déclarés "zone de guerre" par les autorités qui promettent une "riposte foudroyante" après la mort de 98 soldats tchadiens dans une attaque du groupe jihadiste Boko Haram lundi.

"Les départements de Fouli et de Kaya, dans la province du Lac sont déclarés +Zone de guerre+", selon un décret signé jeudi par le président Idriss Déby Itno, consulté par l'AFP.

Le Conseil des ministres a adopté vendredi l'état d'urgence dans ces deux départements, situés à la frontière avec le Niger et le Nigeria. Cette disposition accorde notamment aux autorités militaires et administratives le droit d'interdire la circulation ou d'ordonner des perquisitions à domicile de jour comme de nuit.

L'armée tchadienne, considérée comme l'une des plus efficaces en Afrique, a subi un rude coup avec la perte en une journée de 98 soldats, lors d'une attaque de Boko Haram à Bohoma, dans le département de Fouli.

Le président Déby s'est immédiatement rendu sur les lieux, où il a promis à la télévision nationale une "riposte foudroyante".

L'insurrection de Boko Haram est née en 2009 au Nigeria, avant de se propager au Cameroun, au Niger et plus tard, en 2015, au Tchad.

Depuis cette date, ces pays luttent contre ces jihadistes au sein de la Force multinationale mixte (FMM), une coalition régionale engagée autour du lac Tchad avec l'aide de comités de vigilance composés d'habitants.

Après un affaiblissement du groupe jihadiste, aujourd'hui divisé en plusieurs factions, les attaques se sont intensifiées en 2019.

Cette détérioration a conduit le Tchad, en janvier 2020, à redéployer 1.200 de ses soldats au sein de la FMM, du Nigeria au côté tchadien du Lac, où plusieurs attaques meurtrières avaient été rapportées.

Pour expliquer la défaite de Bohoma, un officier supérieur a affirmé à l'AFP sous le couvert de l'anonymat que la garnison avait été affaiblie par l'envoi d'un bataillon sur un terrain extérieur.

Le Tchad a promis ces derniers mois d'envoyer 480 soldats dans la "zone des trois frontières", aux confins du Mali, du Burkina Faso et du Niger, pour y lutter contre les groupes jihadistes.

L'envoi par le Tchad de troupes hors de ses frontières, en échange de financements, commence à agacer une partie de la société civile qui s'inquiète de la multiplication des attaques dans le Lac.

Les autorités tchadiennes ferment les marchés pour éviter la propagation du coronavirus

Ecoles et universités hermétiquement fermés, au Tchad, le 26 mars 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

Au Tchad, après la fermeture des établissements d’enseignements, des bars et alimentations, les lieux de culte, le regroupement de plus de 50 personnes, les marchés sont fermés. Certains commerçants profitent pour faire la spéculation des prix des produits de première nécessité.

Le président Idriss Deby a mis en garde les commerçants qui augmentent de façon vertigineuse les prix des denrées alimentaires. "Cette pratique est inadmissible", dit-il.

"J’instruis fermement les services compétents à l’effet de traquer et traduire en justice tous les commerçants qui s’adonnent à ce jeu. Les opération de surveillance de prix doivent s’intensifier sur toute l’étendue du territoire national pour mettre fin à cette pratique qui n’honore pas le secteur privé", avertit le président Déby.

Face à la gravité de la situation, certains consommateurs affirment à VOA Afrique que "ça va être trop compliqué mais on est obligé d’admettre ces mesures de précaution pour notre santé". Ils lancent un appel à toute la population de respecter ces mesures usuelles d’hygiène.

"C’est pour notre santé donc moi j’accepte, et quand ça va passer on va toujours ouvrir nos salons, les bars, les marchés et consorts", a indiqué une tenancière de salon de coiffure.

Dr Sitack Yombatina Béni, enseignant chercheur à l'ENA, au Tchad, le 26 mars 2020. (VOA/André Kodmadjingar)
Dr Sitack Yombatina Béni, enseignant chercheur à l'ENA, au Tchad, le 26 mars 2020. (VOA/André Kodmadjingar)

Pour l’universitaire Sitack Yombatinan Béni, le gouvernement doit penser aux mesures d’accompagnement avant de s’en prendre aux commerçants qui font de la spéculation.

"Le gouvernement devrait plutôt mettre en place un plan de sauvetage", déclare-t-il.

La lutte contre le covid-19 pénalise également les détenus préventifs qui attendent d’être jugés. Toutes les audiences publiques sont suspendues jusqu’à nouvel ordre, sauf les audiences des flagrants délits.

Selon les dernières données de l'Organisation mondiale de la santé, le Tchad comptabilise trois cas de coronavirus. Aucun décès n'a été enregistré dans le pays à ce jour.

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