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Colère et consternation après la mort de 14 Casques bleus en RDC

Deuil des casques bleus bangladais tués en RDC, à Dhaka, Bengladesh, 1er mars 2005.

De la colère et des questions: les circonstances précises de la mort de quatorze Casques bleus tanzaniens jeudi dans l'une des zones les plus troubles de l'immense République démocratique du Congo restaient encore à déterminer samedi.

L'assaut attribué aux miliciens ougandais musulmans des Allied Defense Forces (ADF) dans la province orientale du Nord-Kivu représente l'attaque la plus meurtrière contre la force onusienne déployée en RDC depuis 1999.

Le bilan peut encore s'alourdir. Le président tanzanien John Magafuli a indiqué que son pays était "sans nouvelles de deux autres soldats" du contingent tanzanien qui a également enregistré 44 blessés.

"J'ai reçu la nouvelle avec un grand choc. Nos soldats protégeaient la paix et la sécurité dans le pays voisin, la RDC", a ajouté le président Magafuli alors que la Tanzanie fête le 56e anniversaire de son indépendance.

Assaut pendant 3 heures

Les miliciens ont lancé leur assaut jeudi soir au crépuscule pendant trois heures contre la base de la Monusco de Semuliki dans le territoire Beni, près de la frontière ougandaise, dans la zone dite du "triangle de la mort" Mbau-Kamango-Eringeti, fief présumé des ADF.

L'armée congolaise affirme avoir tué 72 rebelles en venant "en renfort" des soldats onusiens, ne déplorant qu'un mort" dans ses rangs, selon un porte-parole, le capitaine Mak Hazukay.

Aucune réaction officielle congolaise de haut niveau n'était disponible samedi matin.

Une délégation de la Monusco doit se rendre prochainement sur les lieux de l'attaque pour une évaluation. Une délégation tanzanienne devrait se rendre à son tour mardi à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, a indiqué une source de l'armée congolaise à l'AFP.

L'attaque a eu lieu dans le territoire de Beni, où les ADF ont tué 25 civils le 7 octobre ainsi que trois autres Casques bleus tanzaniens, parmi deux de leurs cinq offensives de ces six derniers mois recensées par le "baromètre sécuritaire des Kivu" de Human Rights Watch et du groupe d'étude sur le Congo.

Les 'islamistes' des ADF

Ce même territoire de Béni a été ensanglanté par des massacres de civils entre 2014 et 2016 2015, déjà attribués aux "islamistes" des ADF.

"Les ADF sont une organisation extrêmement secrète qui observe un code de discipline interne rigoureux. Ils entretiennent des liens historiques étroits avec d'autres groupes armés de la région", selon le "baromètre sécuritaire du Kivu".

"Nous sommes dans l'une des zones les plus troubles de la RDC", analyse le chercheur français Thierry Vircoulon, qui estime que les massacres de Béni n'ont jamais été élucidés et que les ADF peuvent tout aussi bien être des agents "d'opérations de contrebande entre la RDC et l'Ouganda".

Règlement de comptes avec des Casques bleus tanzaniens sur fond d'économie de guerre et de contrôle du trafic de l'or et des minerais? Mise en insécurité des Casques bleus alors que la RDC traverse de fortes turbulences politiques? Entre plusieurs hypothèses, le chercheur "note que les Casques bleus ne font plus peur. Tous les miliciens d'Afrique centrale ont compris qu'on peut tirer sur eux".

Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a demandé aux autorités de la RDC d'enquêter sur cette attaque et "de traduire promptement ses instigateurs devant la justice".

Cette attaque risque de relancer les questions voire les critiques concernant le rôle, l'utilité et l'efficacité de la Monusco, la plus pléthorique et la plus coûteuse des missions onusiennes dans le monde (18.000 personnes, 1,2 milliard de dollars par an), à la mesure de l'immensité de la RDC (2,3 millions de km2).

Sur Twitter, le frère du président Joseph Kabila et député, Zoé Kabila, a dénoncé "un événement barbare pour ceux qui nous accompagnent et les FARDC (armée congolaise) pour restaurer la paix".

"Cette choquante attaque contre la @MONUSCO doit nous alerter sur l'urgence de rétablir la paix dans une #RDC où l'Etat a démissionné", a réagi l'opposant Moïse Katumbi, ex-gouverneur du Katanga passé à l'opposition et candidat à la succession du président Kabila.

Avec AFP

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Le chef d'état major des armées remplacé dans un contexte sécuritaire tendu

Arrestation de militaire au Tchad (VOA/André Kodmadjingar)

Le chef d'état major général des armées tchadiennes, en poste depuis six ans, a été remplacé vendredi soir par le président Idriss Deby, moins de 24 heures après une attaque de Boko Haram dans le sud-ouest du pays qui a fait 23 morts dans les rangs de l'armée.

Par décret présidentiel, le chef de l'Etat a procédé vendredi à plusieurs changements à la tête de l'appareil sécuritaire. Le chef d'état major des armées, Brahim Seid Mahamat, a été remercié, après six ans de service.

Il est remplacé par Taher Erda qui était jusque là chef d'état major de l'armée de terre.

Egalement ancien directeur de la police nationale, M. Erda est un très proche du président Deby, avec qui il a combattu à ses côtés avant son accession au pouvoir en 1990.

Aucune explication n'a été donnée mais ce décret intervient alors que 23 soldats tchadiens ont été tués dans la nuit de jeudi à vendredi au cours d'une attaque du groupe djihadiste nigérian Boko Haram dans le sud-ouest du Tchad.

Il s'agit de l'une des attaques les plus meurtrières essuyées par l'armée de N'Djamena depuis le début de la lutte contre les islamistes.

La réorganisation des services de sécurité touche également le cabinet militaire de la présidence.

Un général originaire du Tibesti (région du nord-est du Tchad), a notamment été nommé conseiller du chef de l'Etat chargé de la Défense nationale.

Depuis plusieurs mois, l'armée est déployée dans cette région, théâtre d'affrontements récurrents entre des orpailleurs et l'armée.

Par ailleurs, le Président Déby a également suspendu vendredi le chef d'État Major de l'armée de l'air et son adjoint.

Une annonce qui fait suite à la découverte vendredi des débris d'un hélicoptère de l'armée, qui avait disparu il y a plus d'une semaine, dans le nord du pays. Le crash, dont les causes font l'objet d'une enquête, a fait quatre morts.

Immense pays s'étendant de l'Afrique centrale à la bande sahélo-saharienne, le Tchad, allié des pays occidentaux dans la lutte anti-jdihadiste, est confronté à des défis militaires à chacune de ses frontières.

Le nord du Tchad, frontalier du Soudan, de la Libye et du Niger, est une région volatile du Sahel, désertique et peu habitée. Plusieurs groupes rebelles tchadiens ont établi leur base dans le sud libyen voisin.

Fin janvier, des rebelles tchadiens sont entrés depuis la Libye dans le nord-est du Tchad. Des frappes françaises ont stoppé l'avancée de la colonne.

Cyclone en Afrique australe: plus de 650 morts, risques d'épidémies

Une forêt au Mozambique

Le bilan du cyclone Idai au Mozambique et au Zimbabwe s'est alourdi samedi à 676 morts et devrait encore grimper au fur et à mesure de la progression des secours, qui peinent à atteindre des zones encore coupées du monde, ont prévenu les humanitaires, inquiets des risques d'épidémies.

"C'est un désastre naturel sans précédent. La zone affectée (au Mozambique) est d'environ 3.000 km2. Un désastre qui équivaut aux catastrophes majeures", a estimé samedi le ministre mozambicain de l'Environnement, Celso Correia.

"Malheureusement, personne dans la région ni dans le monde ne pouvait prédire un désastre d'une telle ampleur", a-t-il ajouté depuis Beira (centre), la deuxième ville du Mozambique, partiellement dévastée par les intempéries.

Selon le dernier bilan des autorités mozambicaines, Idai, qui a balayé la semaine dernière l'Afrique australe, a fait 417 morts au Mozambique, pays le plus touché.

Au Zimbabwe, 259 personnes ont été tuées et près de 200, dont 30 écoliers, sont toujours portées disparues.

Mais le bilan final sera "bien plus élevé" car "de nombreuses régions sont encore inaccessibles", a prévenu samedi la directrice générale de l'Unicef, Henrietta Fore.

"La situation va encore empirer avant de s'améliorer", a-t-elle mis en garde. "Les agences humanitaires commencent à peine à voir l'ampleur des dégâts. Des villages entiers sont été submergés, des immeubles rasés, des écoles et des centres de santé détruits", a-t-elle ajouté.

Les opérations de secours et d'acheminement de l'aide, avec hélicoptères, bateaux militaires, pneumatiques, de pêche, se poursuivaient samedi dans des conditions difficiles, compte tenu de l'effondrement de nombreuses routes et ponts.

"On n'a rien, les gens meurent comme des chèvres ou des poules. On n'a aucune aide. On meurt de faim", implore un habitant du district de Buzi (centre), l'un des plus touchés au Mozambique.

"Je suis en vie, mais j'ai tout perdu", témoigne Maria Maposa, évacuée en bateau de cette zone.

Samedi matin, une centaine de rescapés de Buzi sont arrivés au port de Beira, où ils ont reçu une soupe et des habits, a constaté un journaliste de l'AFP.

Nombre d'entre eux avaient besoin de soins après avoir été blessés par des tôles soulevées par des rafales de vent proches de 200 km/heure.

Au total, ce sont environ 2 millions de personnes qui sont affectées par le cyclone et ses inondations en Afrique australe.

- Risques de maladies -

"Il n'y a plus personne bloqué dans des arbres", a affirmé samedi Sebastian Stampa du Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (Ocha).

Mais "il y a encore des gens sur les toits" qui ont refusé d'être hélitreuillés, a-t-il ajouté, expliquant qu'ils survivaient en faisant sécher de la nourriture sur des tôles ou des toits-terrasses.

La décrue se poursuivait samedi. Mais Ocha a mis en garde contre de possibles nouvelles inondations en cas de fortes pluies.

A Beira, ville d'un demi-million d'habitants, la population s'attelait à déblayer et reconstruire.

L'électricité était progressivement rétablie dans certains quartiers. L'hôpital a de nouveau été connecté au réseau, selon Celso Correia.

La principale route qui conduit à Beira devrait être accessible dimanche et la voie ferrée est de nouveau utilisable depuis vendredi, "ce qui signifie que l'aide peut arriver plus facilement", s'est-il réjoui.

Des habitants ont commencé à reconstruire avec les moyens du bord des tôles gondolées emportées par le vent, des habitations de fortune.

Dans plusieurs écoles de la ville réquisitionnées, des milliers de rescapés s'entassaient, laissant craindre des épidémies.

"La promiscuité dans les centres d'hébergement, le manque d'hygiène, les eaux stagnantes et infectées posent des risques de maladies comme le choléra, le paludisme et les diarrhées", a prévenu l'Unicef.

Des informations contradictoires circulaient sur d'éventuels cas de choléra.

Le programme alimentaire mondial (Pam), qui distribue la nourriture, a déclenché son niveau d'urgence 3, équivalent aux crises au Yémen, en Syrie ou encore au Sud-Soudan.

"Des dizaines de milliers de personnes ont tout perdu. Avec l'étendue des dégâts qui se précise, le nombre de personnes dans le besoin augmente. On doit faire plus", a estimé le porte-parole du Pam, Herve Verhoosel.

Au Zimbabwe, les rescapés continuaient ce week-end à enterrer leurs morts, tandis que 120 corps ont été emportés par les eaux au Mozambique, selon Ocha.

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