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Cinq choses à savoir sur les législatives en Tunisie

Les électeurs font la queue devant un bureau de vote lors du premier tour de l'élection présidentielle, à La Marsa, près de Tunis, en Tunisie, le 15 septembre 2019.

Sept millions de Tunisiens élisent le 6 octobre leurs députés. Cinq choses à savoir sur ce scrutin crucial qui devrait redessiner le paysage politique du pays.

Quand ?

Deuxième scrutin législatif depuis l'adoption d'une nouvelle Constitution en 2014, troisième depuis la révolution de 2011 qui a chassé Zine El-Abidine Ben Ali du pouvoir, ce vote se déroule en un seul tour le 6 octobre.

Il intervient trois semaines après le premier tour de la présidentielle qui a débouché sur un duel surprise: le magnat des médias Nabil Karoui, emprisonné dans le cadre d'une enquête pour blanchiment et fraude fiscale, face à Kais Saied, universitaire ayant rassemblé un électorat hétéroclite, allant de la gauche aux plus conservateurs.

Les résultats préliminaires des législatives sont attendus le 9.

Qui se présente?

Plus de 1.500 listes, comprenant plus de 15.000 candidats, se disputent les 217 sièges de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP).

Au moins un tiers des listes en lice sont indépendantes, ce qui brouille un paysage politique déjà éclaté en une multitude de partis peu différenciés sur le fond.

Principale formation au Parlement, le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, en perte de vitesse, joue gros. Son chef Rached Ghannouchi, à qui l'on prête l'ambition de présider l'Assemblée, est candidat pour la première fois.

Victorieux en 2014, le parti Nidaa Tounes, mouvement hétéroclite rassemblé sur une plateforme anti-islamiste avant de s'allier à Ennahdha, a depuis volé en éclats.

Plusieurs partis ont été créés ces derniers mois par d'ex-membres de Nidaa Tounes, dont Tahya Tounes lancé par le Premier ministre Youssef Chahed, candidat malheureux à la présidentielle, ou Qalb Tounes, créé par Nabil Karoui.

D'autres formations présentent des visages nouveaux, comme le mouvement Aïch Tounsi, démarré sous forme de mécénat culturel financé par une entrepreneuse, Olfa Terras, candidate à Bizerte (nord), dont l'époux Guillaume Rambourg, ex-cadre de la finance, a appuyé la campagne d'Emmanuel Macron.

Qui a une chance d'être élu?

Contrairement à 2014, lorsque Ennahdha et Nidaa Tounes, les deux partis dominants, s'étaient partagé le pouvoir, l'issue de ces législatives est incertaine.

La publication des sondages est interdite. Mais selon des études officieuses, les listes indépendantes pourraient arriver en tête, devant le parti de M. Karoui et Ennahdha, suivis de mouvements comme Aïch Tounsi ou encore Karama, mené par l'avocat islamiste populiste Seifeddine Makhlouf.

Le Parti destourien libre, porté par l'avocate anti-islamiste Abir Moussi, pourrait faire un meilleur score que les 4% de sa chef de file à la présidentielle.

Quelle conséquence sur la présidentielle?

La présidentielle prévue en novembre a été avancée après le décès fin juillet du président Béji Caïd Essebsi, ce qui a placé les législatives entre les deux tours et les a reléguées à l'arrière-plan.

Un score important de Qalb Tounes aux législatives pourrait être un atout pour Nabil Karoui au second tour de la présidentielle.

De son côté, Kais Saied, arrivé en tête à la présidentielle, se dit opposé au système partisan et n'a donné aucune consigne de vote pour les législatives.

Que se passe-t-il ensuite ?

Le parti arrivé en tête du scutin aura deux mois pour constituer un gouvernement qui sera soumis à un vote de l'ARP: il devra y recueillir une majorité de 109 voix.

Vu la fragmentation des partis, le vainqueur devra probablement composer avec plusieurs autres blocs. Or "certains d'entre-eux ont fait campagne les uns contre les autres", souligne Lamine Benghazi de l'observatoire du Parlement Al Bawsala.

Si le parti vainqueur échoue, le président peut proposer un Premier ministre, qui disposera à son tour de deux mois pour mener à bien la même tâche.

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Kais Saied remporte la présidentielle

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Kais Saied, élu président de la Tunisie

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Les Tunisiens confient un mandat clair à Saied pour revitaliser la jeune démocratie

Un débat télévisé entre les candidats à la présidence, Kais Saied, à gauche, et Nabil Karoui, le dernier jour de la campagne précédant le deuxième tour de l'élection présidentielle, à Tunis, en Tunisie, le 11 octobre 2019.

Les Tunisiens, en particulier les jeunes électeurs, ont confié un mandat présidentiel clair à Kais Saied, en élisant avec 72,71% des voix cet enseignant de droit à la retraite, quasi inconnu jusque-là sur la scène politique, pour revitaliser la jeune démocratie.

L'instance chargée d'organiser les élections a confirmé lundi soir que M. Saied, 61 ans, avait été élu avec 2,8 millions de voix, soit 72,71% des suffrages, et une participation en nette hausse à 55%. Une victoire "éclatante", titrait dès le matin le quotidien arabophone Chourouk.

Qui l'eut cru il y a encore deux mois, quand ce néophyte en politique, sans structure partisane, menait une campagne de terrain low-cost peu visible et sous-estimée ?

"Il a été élu très confortablement", constate le politologue Selim Kharrat, notant qu'il a obtenu un nombre de voix comparable à la totalité des suffrages engrangés par l'ensemble des députés aux législatives.

Ce score "est un message au Parlement", poursuit M. Kharrat, qui dirige l'ONG de suivi du Parlement Al Bawsala : "les électeurs ont opté pour un projet de moralisation de la vie politique, de lutte contre la corruption et qui donne plus de pouvoir aux entités locales".

Pour lui, la principale différence entre les deux finalistes repose sur leurs "socles moraux": "Nabil Karoui représente la classe politique dirigeante qui verse dans la compromission, et qui utilise argent et pouvoir pour un intérêt personnel".

L'homme d'affaires, fondateur de la principale chaîne privée tunisienne Nessma TV, qui avait fait de la lutte contre la pauvreté son cheval de bataille, est associé en affaires à l'ex-Premier ministre italien Silvio Berlusconi et reste poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment d'argent.

Nabil Karoui, qui a attribué son échec à son incarcération durant 49 jours, en pleine campagne, a félicité son rival, lui promettant l'appui de son parti Qalb Tounes, arrivé deuxième aux législatives du 6 octobre.

- "Changer la règle", un président élu par les jeunes -

M. Saied "a réussi à gagner la confiance de cette jeunesse dans les quartiers et les régions de l'intérieur, non pas à travers les promesses mais en apportant des réponses à l'échec de la démocratie représentative", a dit Mme Lamloum.

Si l'universitaire assume des positions conservatrices concernant les libertés individuelles pourtant chères à de nombreux jeunes, ceux-ci voient avant tout l'homme qui n'a cessé de les appeler à trouver par eux-mêmes des solutions.

"Les jeunes bricolent entre ces éléments, modernités, traditions, il n'y a plus ce clivage", estime le sociologue Mohamed Jouili.

Kais Saied a promis de "remettre en cause la verticalité du pouvoir et de changer la règle du jeu politique qui est à l'origine de l'exclusion et de la marginalisation des jeunes", a souligné Mme Lamloum.

Il incarne pour eux "une promesse de démocratie réelle, de dignité, de rupture avec une classe politique déconnectée du peuple, obsédée par le pouvoir et par ses privilèges", estime-t-elle.

- "Ceinture de jeunes" -

Pour M. Jouili, le futur président "a su ces dernières années établir une relation de confiance forte avec les jeunes en les rencontrant partout dans le pays, ce qui lui a permis de construire autour de lui une ceinture de jeunes ayant mené sa campagne".

Le quotidien francophone La Presse se réjouit de voir "du nord au sud du pays, un regain d'intérêt chez les jeunes en faveur de la participation au vote, ce qui a dopé l'affluence en direction des urnes et c'est tant mieux!".

La participation a été dans l'ensemble plus élevée dimanche, soit 55%, alors que seul un électeur sur deux s'était déplacé au premier tour, et encore moins au législatives du 6 octobre.

Une vigoureuse campagne d'inscriptions sur les listes électorales a significativement rajeuni le corps électoral: les 18-35 ans représentent désormais 63% des électeurs selon les chiffres officiels.

Les résultats officiels ne permettent pas encore de savoir quelle a été la participation des jeunes, mais tout indique qu'elle a augmenté.

Le jour de l'élection, des milliers de jeunes se sont organisés, plus ou moins spontanément, pour faire du covoiturage afin d'aller voter.

- "Refaire vivre l'espoir" -

Au-delà du vote sanction du premier tour qui avait chassé tous les dirigeants sortants, les scores enregistrés par Kais Saied, notamment chez les jeunes plus de 90% chez les 18-25 ans selon un institut de sondage, témoignent d'une adhésion à son projet.

Celui-ci se revendique dans la lignée de la révolution de 2011 qui chassa du pouvoir Zine el Abidine Ben Ali et le premier cercle de son clan corrompu.

Le conservatisme sociétal assumé du futur président a été un sujet de débat durant la campagne. Mais son positionnement globalement hors normes a fait voler en éclat les clivages traditionnels entre progressistes et islamistes.

Derrière son discours souverainiste et ses appels à une réforme radicale du régime politique se sont rangés des formations de gauche, nationaliste arabe tout comme le parti d'inspiration islamiste Ennahdha, principal bloc au Parlement (52 sièges).

Après des messages de félicitations venus de plusieurs pays arabes, le président français Emmanuel Macron a salué la "mobilisation démocratique" et fait part à son homologue tunisien de sa "volonté" d'"amplifier le partenariat" entre les deux pays.

- "Incertitude" -

Ce mandat clair lui donne désormais une forte légitimité et une lourde responsabilité pour répondre à une population aux attentes aiguisées, après avoir vu les espoirs de la révolution déçus.

Reste à savoir s'il parviendra à faire passer ses propositions sans parti pour les relayer au Parlement, où se situe l'essentiel du pouvoir en vertu de la Constitution de 2014.

La nouvelle assemblée sera composée d'une multitude de partis divergents, ce qui augure de négociations ardues pour former un gouvernement cette tâche doit être confiée à Ennahdha courant novembre alors que s'accumulent les urgences socio-économiques.

"La Tunisie est désormais face à l'incertitude", souligne Michael Ayari, analyste pour le centre de résolution de conflits Crisis Group. "Personne ne sait comment comment M. Saied va utiliser sa forte légitimité, qui incarne une volonté populaire de changement."

Vu la difficulté de faire passer les réformes qu'il prône via un Parlement fragmenté, il pourrait se retrouver isolé au palais de Carthage. Ou encore se saisir des textes qu'il connait parfaitement pour prendre les initiatives législatives que lui accorde la Constitution.

M. Saied devrait prêter serment d'ici fin octobre, selon la présidence. Il doit prendre la relève du chef de l'Etat par intérim Mohammed Ennaceur, nommé pour 90 jours après le décès en juillet du premier président élu démocratiquement au suffrage universel, Béji Caïd Essebsi.

Kais Saied, président élu de la Tunisie

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Kais Saied élu président de la Tunisie avec plus de 72,71% des voix

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