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Côte d'Ivoire

Cinq ans après l'attentat jihadiste, le Covid "nouvel ennemi" de Grand Bassam

Une femme vend de la nourriture au bord d'une rue de Grand-Bassam, en Côte d'Ivoire, le 28 mars 2021.

Plages bondées, commerces florissants: cinq ans après l'attentat jihadiste dans la ville balnéaire ivoirienne de Grand-Bassam, le tourisme a repris des couleurs, mais est menacé désormais par un "nouvel ennemi", la pandémie de coronavirus.

Située à 30 km d'Abidjan, la cité centenaire, classée au Patrimoine mondial de l'Unesco, a été la cible d'une attaque jihadiste le 13 mars 2016, qui avait fait 19 morts, dont des ressortissants européens. Une catastrophe pour l'économie de cette ville de 100.000 habitants, première destination touristique de Côte d'Ivoire.

"C'est un souvenir difficile, notre ville paisible s'était transformée en champ de bataille, chacun fuyait pour se protéger des balles des jihadistes. Chaque fois que nous passons, le souvenir est présent", témoigne auprès de l'AFP le sénateur de Bassam, Germain Ollo.

"Un simple bruit de pétard lors des anniversaires célébrés sur la plage me fait fuir", raconte Barakissa Koïta, une marchande de cacahuètes, témoin de l'attaque.

Des jeunes jouent au football devant d'autres se baignant dans la mer sur une plage de Grand-Bassam, en Côte d'Ivoire, le 28 mars 2021.
Des jeunes jouent au football devant d'autres se baignant dans la mer sur une plage de Grand-Bassam, en Côte d'Ivoire, le 28 mars 2021.

Lorsque arrive le week-end, les plages, les maquis (bars-restaurants populaires) et les hôtels de Grand-Bassam attirent de nouveau des milliers de personnes plus ou moins fortunées, la plupart venant de la métropole abidjanaise de cinq millions d'habitants.

Outre les plages, les visiteurs viennent surtout au quartier "France", bordé par l'océan Atlantique, la lagune et l'embouchure du fleuve Comoé, l'ancienne ville coloniale où subsistent des bâtiments comme le palais de justice, édifié en 1893, le premier cinéma, le premier bureau de poste et le palais du gouverneur. Mais beaucoup tombent en ruines, faute de rénovation, offrant le spectacle d'une splendeur évanouie.

Depuis cinq ans, Grand-Bassam a connu d'autres avanies qui ont affecté son économie: d'importantes violences électorales lors des municipales de 2018, d'énormes inondations en 2019, et la fermeture des plages et des commerces pendant deux mois l'an dernier pour cause de coronavirus, bien que ses effets en Côte d'Ivoire soient limités selon les chiffres officiels (256 morts pour près de 45.000 cas).

"Plan Marshall"

Le festival de l'Abissa, un des événements touristiques majeurs de Côte d'Ivoire, qui attirait auparavant 300.000 à 400.000 touristes en une semaine et qui générait de grosses retombées financières pour la ville, a beaucoup pâti de ces événements.

Pour les hôteliers et les restaurateurs, le coronavirus est perçu aujourd'hui comme le "nouvel ennemi" qui menace la cité touristique.

Selon le sénateur Germain Ollo, propriétaire d'un des plus importants complexes hôteliers de la ville, les conséquences économiques de la pandémie sont encore plus fortes que celles de l'attentat de 2016. Il estime que le chiffre d'affaires du secteur a baissé de plus de 20% en 2020, deux fois plus que l'année de l'attentat.

La situation est devenue si préoccupante que le président du Syndicat des hôteliers et restaurateurs de Bassam, Alassane Ouattara, appelle à "un plan Marshall pour sauver Grand-Bassam".

"Car les banques ne prêtent plus à ceux qui veulent investir dans l'hôtellerie", dont les infrastructures sont vieillissantes, se désole M. Ouattara, directeur du Wharf-Hotel.

Une vendeuse de chapeaux pose pour une photo sur une plage devant un hôtel à Grand-Bassam, en Côte d'Ivoire, le 28 mars 2021.
Une vendeuse de chapeaux pose pour une photo sur une plage devant un hôtel à Grand-Bassam, en Côte d'Ivoire, le 28 mars 2021.

Il déplore également l'abandon du patrimoine historique, unique dans le pays. "Son patrimoine est en train de mourir, alors que Bassam est une chance pour la Côte d'Ivoire. Il ne faut pas l'abandonner. Car si le tourisme meurt, il n'existera plus de Grand-Bassam".

Pour contrer la déprime, M. Ouattara évoque son nouveau projet : construire une stèle à la mémoire du fondateur des mourides, une des deux plus importantes confréries musulmanes du Sénégal, Cheikh Ahmadou Bamba.

"Lors de sa déportation au Gabon par les Français (1895-1902), il avait accosté ici, à Grand-Bassam, où il avait prié", explique M. Ouattara, lui-même mouride, montrant le quai qui servait de port à l'époque, englouti en partie par la mer.

Un petit "Magal" (pèlerinage) mouride draine chaque année des dizaines de milliers de personnes à Grand-Bassam, un atout touristique que M. Ouattara espère mieux exploiter.

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Procès Bouaké: la perpétuité requise contre les trois accusés

Alassane Ouattara et Emmanuel Macron aux cotés de leurs épouses, lors de l’hommage rendu aux victimes du bombardement du lycée Descartes en 2004, Bouaké, le 22 décembre 2019. (VOA/Siriki Barro)

La réclusion à perpétuité a été requise jeudi à Paris à l'encontre des trois accusés, ivoiriens et bélarusse, jugés en absence pour avoir perpétré en 2004 le bombardement qui avait tué neuf soldats français à Bouaké (Côte d'Ivoire).

Introuvables depuis des années, Yury Sushkin, un mercenaire bélarusse, et Patrice Ouei et Ange Gnanduillet, deux officiers de l'armée de l'air ivoirienne, sont poursuivis devant la cour d'assises de Paris pour assassinat.

Le verdict est attendu dans l'après-midi.

"Cette peine" de perpétuité, "je l'aurais requise dans les mêmes conditions si ces personnes étaient ici, si elles s’étaient défendues, parce que ce qui justifie cette peine, c’est la violence inouïe des faits", a déclaré l'avocat général, Jean-Christophe Müller.

Le 6 novembre 2004, deux chasseurs déployés par l'aviation du président ivoirien Laurent Gbagbo pour attaquer les rebelles installés dans la moitié nord du pays avaient bombardé par surprise un camp de la force de paix française, chargée de faire tampon entre les deux camps.

Avec neuf soldats français et un civil américain tué, ainsi qu'une quarantaine de blessés, c'est à l'époque l'attaque la plus meurtrière pour l'armée française en opération depuis l'attentat du Drakkar au Liban en 1983.

Le bombardement "est caractérisé par une volonté préalable d’aller bombarder le camp français", a dit M. Müller. "Des éléments montrent à l’évidence que la frappe est volontaire et dirigée contre le camp français", et "décoller avec deux avions de guerre armés de roquettes me semble l’expression chimiquement pure de la préméditation", a ajouté l'avocat général.

En représailles, Paris avait détruit le jour même l'ensemble de l'aviation militaire ivoirienne, ruinant son offensive en cours, et déclenchant une crise diplomatico-militaire inédite entre la France et son ancienne colonie. Dans les jours qui avaient suivi, de violentes manifestations anti-françaises avaient secoué le sud du pays. Du jour au lendemain, des milliers d'expatriés avaient regagné la France en catastrophe, encadrés par les troupes tricolores.

Si la crise s'est apaisée au bout de quelques semaines, elle est restée longtemps un contentieux entre la France et la Côte d'Ivoire, qui comme le Bélarus, n'a pas répondu aux demandes de mandats d'arrêt lancés par Paris.

Le dossier a été marqué par certains errements et réticences du gouvernement français dans l'enquête. Ils ont semé le doute chez les familles de victimes, qui se demandent toujours seize ans après, qui exactement a donné l'ordre de tirer sur les Français, et pourquoi.

Procès Bouaké: Villepin renvoie les errements sur les autres ministères

L'ancien Premier ministre français Dominique de Villepin arrive pour assister à un service religieux pour l'ancien président français Jacques Chirac à l'église Saint-Sulpice à Paris le 30 septembre 2019.

"Pas concerné, pas informé". Au procès du bombardement qui a tué neuf soldats français en Côte d'Ivoire en 2004, Dominique de Villepin, alors ministre de l'Intérieur, a renvoyé sur ses collègues de la Défense et des Affaires étrangères la responsabilité des errements de l'enquête.

Mouvements lents, tignasse poivre et sel hirsute, Jean Balan, l'avocat de nombreuses familles de victimes, se lève et apostrophe l'ancien Premier ministre, port altier, cheveux argents et costume bleu cintré.

"C’est formidable, vous avez donné un cour magistral", lui dit l'avocat. "J’étais un peu comme un étudiant qui écoute son professeur, bouche bée".

Dans la salle, personne ne le contredit. M. de Villepin a livré à la cour d'assises de Paris un témoignage fluide et complet pendant deux heures, répondant à chaque question sans la moindre hésitation.

Mais son brio n'impressionne pas Me Balan, dont le travail sur le dossier depuis quinze ans n'est pas étranger à la tenue de ce procès atypique où trois accusés - un pilote bélarusse et deux officiers ivoiriens - sont jugé en absence car introuvables.

Mais l'avocat sait aussi qu'il a peu de prise sur lui dans cette affaire où le ministère de l'Intérieur n'est, sur le papier, pas en première ligne.

C'est précisément la ligne de défense de M. de Villepin, qui précise dès le départ qu'il n'a été "ni présent, ni associé, ni informé" des grandes décisions du dossier franco-ivoirien, géré selon lui par le "triangle Elysée-Défense-Affaires étrangères".

"Autres responsabilités"

Il se lance dans un exposé fluide sur la crise ivoirienne, l'un des dossiers les plus chauds de son mandat au Quai d'Orsay (2002-2003). Pour éclairer la cour, précise-t-il aussitôt, pas pour "assumer une culpabilité ou des responsabilités qui passent par d'autres".

A la barre, il rappelle le contexte très politique de cette affaire où les parties civiles et leurs avocats accusent Paris de ne pas en avoir fait assez, peut-être par intérêt diplomatique, pour retrouver les auteurs du bombardement.

Il souligne que la France reste à l'époque très marquée par le génocide de 1994 au Rwanda et veut avant toute éviter une guerre civile en Côte d'Ivoire. Et que le bombardement de Bouaké a été ordonné par des "extrémistes" gravitant autour du président ivoirien Laurent Gbagbo.

Sans vouloir parler de "raison d'Etat", le ministre livre une clé qui peut expliquer ensuite les hésitations de la France dans cette affaire.

"Notre seul interlocuteur possible au sud du pays", divisé en deux à l'époque, "c'est Laurent Gbagbo". "Est-ce que lancer une action judiciaire immédiate (...) ne prendrait pas le risque d'enflammer les choses" ? "C'est une question qui se pose", dit Dominique de Villepin.

L'ancien ministre aborde ensuite l'épisode togolais, au coeur des débats.

"Réponse assumée"

Le 16 novembre 2004, dix jours après le bombardement, le Togo arrête huit mercenaires bélarusses soupçonnés d'être impliqués et propose à la France de les lui livrer. Parmi eux figure Yury Sushkin, l'un des trois accusés, qui sera ensuite identifié comme l'auteur du bombardement.

L'un des policiers de l'ambassade française, Claude Taxis, rattaché au service du coopération du ministère de M. de Villepin, est prévenu par les Togolais. Il envoie alors un fax au ministère en fin de matinée, mais personne ne lui répond. Après quelques heures, il finit par appeler le ministère qui lui répond, à sa grande surprise, de "ne pas s'en occuper".

Curieusement, ses collègues de la Défense et de la DGSE recevront les mêmes instructions, et l'ambassadeur de France n'aura lui non plus aucune réponse à son télégramme sur le sujet.

M. Taxis "a reçu la réponse claire qu’il ne devait pas suivre cette affaire puisque le ministère de l'Intérieur est en charge de l'intérieur, pas de l'extérieur", répond froidement M. de Villepin.

L'ancien ministre ajoute que s'il avait été informé de la proposition togolaise, il en "aurait alerté l'Elysée". Et conclut en renvoyant une fois de plus vers les Affaires étrangères et la Défense: "L'information a été transmise à deux ministère et a été traitée. On peut ne pas aimer la réponse, mais elle a été faite et assumée".

Convoquée à la barre dans l'après-midi, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense à l'époque, aura l'occasion de lui répondre.

Un engin explosif détonne en Côte d'Ivoire, selon l'armée

Un officier de police ivoirien se tient près d'un bus en feu à Abidjan, le 10 septembre 2015.

Un engin a explosé, sans faire de victime, au passage d'un véhicule de la gendarmerie ivoirienne à Kafolo près de la frontière avec le Burkina Faso (nord), théâtre récemment d'une attaque ayant fait deux morts, a annoncé lundi l'armée.

"Dans la matinée du 12 avril 2021, un incident est survenu sur le tronçon Petit Nassian – Kafolo à environ deux kilomètres de cette dernière localité. Il s’agit de la détonation d’une charge explosive au passage d’un véhicule de liaison de la gendarmerie nationale", souligne un communiqué de l'état-major de l'armée.

"Cet incident n’a causé aucune victime ni blessé parmi le personnel embarqué. Quant au véhicule, il a subi des éraflures extérieures, sans dommages majeurs" poursuit le texte transmis à l'AFP.

Le 29 mars, un poste des forces de défense et de sécurité de Côte d'Ivoire avait été attaqué à Kafolo, faisant au moins deux morts.

Dans la nuit du 10 au 11 juin 2020, une attaque contre l'armée ivoirienne s'était déjà produite à Kafolo, dans laquelle 14 soldats avaient été tués.

Attribuée au jihadistes qui frappent dans plusieurs pays voisins - Burkina Faso, Mali et Niger - cette attaque n'avait pas été revendiquée.

C'était la deuxième action jihadiste dans le pays après l'attentat de Grand Bassam, station balnéaire proche d'Abidjan en 2016, qui avait fait 19 morts.

Début février, Bernard Emié, patron du renseignement extérieur français, avait affirmé que Al-Qaïda au Sahel développait un "projet d'expansion" vers le golfe de Guinée, en particulier la Côte d'Ivoire et le Bénin.

"Ces pays sont désormais des cibles eux aussi et pour desserrer l'étau dans lequel ils sont pris et pour s'étendre vers le sud, les terroristes financent déjà des hommes qui se disséminent en Côte d'Ivoire ou au Bénin", avait-il affirmé.

Le Sahel est en proie aux attaques et attentats meurtriers d'une myriade de groupes jihadistes, liés soit à Al-Qaïda soit au groupe Etat islamique (EI), et implantés dans des zones largement délaissés par les pouvoirs centraux.

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