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Campagne contre les mariages précoces et forcés


Les membres de l'association des femmes juristes du Bénin, à Cotonou, le 29 juillet 2019. (VOA/Ginette Fleure Adandé)

Au Bénin, le mariage des enfants est toujours une pratique courante. Pour combattre ce phénomène, l'Association des femmes juristes du Bénin multiplie les campagnes de sensibilisation pour diminuer le nombre de mariages forcés dans les zones reculées du pays.

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Cécile est âgée de 14 ans. Elle a trouvé refuge auprès des sœurs salésiennes à Cotonou après avoir échappé à la stricte surveillance de son mari âgé de 51 ans.

"C'est mon oncle chez qui je vivais qui m'a donnée en mariage à un de ses amis", confie-t-elle.

Il lui demande de l'accompagner à l'église. Alors qu'ils partent, trois personnes sortent de nulle part pour lui saisir la main. Elle ne se rappelle pas très bien de la suite, sauf son réveil dans une case qu'elle ne reconnaît pas.

Elle voit l'ami de son oncle qui lui balance : "Tu es devenue ma femme". Son oncle a déjà pris la dot.

"Il a dit pour sceller le mariage qu'il doit coucher avec moi. Je lui ai dit que je suis vierge, que je ne pourrai pas faire une chose pareille mais deux personnes m'ont immobilisée et il m'a violée", raconte-t-elle. "Sa première femme m'a aidée à fuir de la maison".

De nombreuses jeunes filles sont ainsi données en mariage forcé à travers tout le Bénin comme dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest. Les chiffres sont assez révélateurs.

Trois filles sur dix sont mariées peu après leurs premières menstrues, 3,7 d’entre elles sont envoyées dans un domicile conjugal avant l'âge de 18 ans. Souvent, dans les campagnes, lorsqu’on n’est pas mariée à 18 ans, on est considérée comme une vieille fille rejetée dans le village à cause de tous les préjugés.

Ghislaine Bokovo, commissaire de police et responsable de l'Office central des mineures, de la famille et de la répression de la traite des êtres humains, explique que "la sensibilisation a trop duré, il faut sanctionner pour montrer l'exemple".

La valeur d'une fille : Khadijah, mariée à l'âge de 13 ans
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Même si la loi punit le mariage forcé au Bénin, plusieurs paramètres empêchent la répression et la pratique continue en toute impunité.

"La victime dira qu'elle ne peut pas emmener ses parents devant la justice", explique Maître Marie Élise Gbedo de l'Association des femmes juristes. "Dans les deux familles, c'est la loi du silence puisque ce sont les familles qui ont décidé du rapt de la fille et du mariage forcé. Donc personne n'en parle. Personne ne veut dénoncer personne."

Face à ces difficultés, pour faire respecter la loi, beaucoup estiment que pour combattre la pratique, il faut sensibiliser et associer les chefs religieux et coutumiers.

Face à l’ampleur du phénomène, les artistes aussi sont mobilisés. Pour Sessimè, ambassadrice itinérante de l'Unicef, le respect de la tradition ne saurait servir d'excuse à la violation des droits des enfants.

"Nos mœurs, nos traditions ont des carences qui ne servent pas la femme, la fille. Les filles souffrent, elles doivent aller à l'école, elle doit être émancipée. C'est une très belle cause et je m'investis et m'engage à fond pour la défendre".

C’est donc une longue course d’obstacles, mais le Bénin espère de venir à bout du mariage des enfants d'ici 2030.

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