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Les mariages précoces coûtent des milliards à l'Afrique

Eliza, 17 ans, que son père a forcée à 13 ans à épouser un homme de 35 ans de leur village en échange de 50 têtes de bétail, Rumbek, Soudan du Sud, le 30 juillet 2017.

Plus d'un tiers des filles en Afrique subsaharienne sont mariées avant leur 18e anniversaire, ce qui coûte très cher aux pays concernés, selon un nouveau rapport de la Banque mondiale.

Respect Ruvimbo Topodzi avait 15 ans et rentrait de l'école dans son Zimbabwe natal, lorsqu'un homme l'a draguée. Elle a tenté de le repousser, mais c'était trop tard.

Son père les a vus, et s'est imaginé qu'il se passait quelque chose entre eux. Il lui a ordonné d'épouser l'homme et de partir vivre avec lui. Elle a alors quitté l'école, est rapidement tombée enceinte. Ce n'est que lorsque son mari est devenu violent qu'elle a finalement pu retourner chez elle.

Depuis, Topodzi lutte contre le mariage précoce, pour que d'autres filles n'aient pas à vivre la même expérience, notamment à travers du lobbying auprès du gouvernement zimbabwéen, pour augmenter l'âge minimum du consentement au mariage de 16 à 18 ans.

Une association féministe lutte contre le mariage précoce en Guinée
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"En tant que mère et survivante du mariage précoce, je (m'engage) passionnément pour que cela s'arrête", a-t-elle déclaré lors d'une récente conférence sur le sujet à Accra, la capitale du Ghana.

"Je sais ce que ça fait de se marier tôt et je sais comment les choses se passent au sein du couple - c'est tellement difficile."

Selon un nouveau rapport de la Banque mondiale publié fin novembre, le manque à gagner serait de quelque 63 milliards de dollars (55,5 milliards d’euros) dans les 12 pays africains étudiés, car les jeunes épouses arrêtent leurs études plus tôt et contribuent moins aux revenus du foyer.

'Incitations'

Chaque année d'études secondaires réduit de 5% ou plus la probabilité de se marier avant 18 ans, ajoute le rapport intitulé "Eduquer les filles et mettre fin au mariage d'enfants".

L’Afrique de l’Ouest enregistre le nombre le plus élevé de mariages avant l'âge de 15 ans, et parmi les 20 pays qui occupent le haut du classement dans le monde, 18 se trouvent en Afrique.

Vingt-quatre pays ont lancé des stratégies nationales pour mettre fin à cette pratique sous l'impulsion de l'Union africaine (UA), qui espère atteindre cet objectif d'ici 2023.

Yvette Kathurima Muhia, de l'organisation internationale 'Girls Not Brides' (Filles, pas épouses), qui regroupe plus de 1.000 ONG, estime qu'il reste beaucoup à faire pour convaincre les filles de continuer leurs études, en leur offrant par exemple des repas gratuits et un moyen de transport.

"Les familles ont ainsi le sentiment qu'elles peuvent envoyer les filles à l'école, où elles recevront davantage d'aide et des incitations que si elles étaient à la maison", a-t-elle ajouté.

Pauvreté et conflits

En Afrique comme ailleurs, la pratique des mariages précoces est dû à des facteurs complexes tels que la pauvreté, le changement climatique et les conflits.

Ainsi, la sécheresse qui frappe l'ouest de l'Afghanistan, pays où la guerre a provoqué une grave crise humanitaire, oblige des familles à vendre leurs filles pour payer leurs dettes ou acheter de la nourriture, a affirmé l'ONU le mois dernier.

Au moins 161 enfants, âgés de moins d'un mois à 16 ans, ont été vendus entre juillet et octobre, selon l'Unicef, qui affirme que des bébés ont été fiancés.

Yvette Kathurima Muhia reconnait que l'objectif de l'UA d'éradiquer cette pratique d'ici 2023 "ne sera pas atteint", les progrès dans ce domaine étant jusqu'à présent trop "lents".

Mais le mariage précoce n'est pas un problème limité aux pays en développement: en juin, l’Etat de New York a fait passer l'âge légal du consentement pour se marier de 14 à 18 ans.

Outre les politiques publiques et les réformes mises place par les autorités, les mentalités doivent aussi changer, selon Yvette Kathurima Muhia.

En septembre, le mariage d'une jeune Malaisienne de 15 ans avec un homme de 44 ans, deux mois après qu'une enfant de 11 ans ait épousé un quadragénaire, a suscité la colère dans ce pays asiatique.

Certains se servent aussi des réseaux sociaux pour "négocier" leurs épouses: en novembre, une adolescente de 17 ans vivant au Soudan du Sud a été "vendue aux enchères" sur Facebook, provoquant un tollé international.

Le poste viral a débouché sur la plus importante dot probablement jamais vue dans ce pays déchiré par la guerre, le plus offrant étant un homme trois fois plus âgé qu'elle: 500 vaches, trois voitures et 10.000 dollars, selon l'ONG Plan International. Un gouverneur faisait également partie des soupirants.

Selon Mme Kathurima Muhia, "l'un des défis que nous rencontrons sur le continent, est que les décideurs politiques censés protéger la loi sont ceux qui la violent".

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La France nomme un "envoyé spécial" dédié à l'épidémie Ebola en RDC

Le personnel médical de l'Unité de traitement Ebola à l'Hôpital général de Bwera, à la frontière avec la RDC.

La France, critiquée pour son absence de réaction, a annoncé mardi la nomination d'un envoyé spécial sur Ebola, le Pr Yves Lévy, chargé "d'orienter" sa réponse face à l'épidémie en République démocratique du Congo qui vient de gagner l'est du pays.

Selon le ministère des Affaires étrangères, le Pr Lévy est un spécialiste reconnu en immunologie, ancien PDG de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui "exercera cette mission à titre bénévole".

"L'épidémie de maladie à virus Ebola qui sévit actuellement dans l'est de la RDC est la plus grave jamais enregistrée dans le monde, après celle de 2014 en Afrique de l'Ouest" (qui avait fait 11.000 morts), a relevé un porte-parole lors d'un point de presse, s'inquiètant que "la réponse à l'épidémie (soit) aujourd'hui entravée par plusieurs facteurs dont la situation sécuritaire difficile".

"Face à cette situation très préoccupante, la France est déterminée à apporter une contribution renforcée aux efforts internationaux" a poursuivi le porte-parole rappelant que lors de sa visite à Kinshasa le 20 mai dernier, le ministre, Jean-Yves Le Drian, avait annoncé "la relance d'un partenariat bilatéral (...) dans lequel le secteur de la santé, et notamment la lutte contre l'épidémie Ebola, serait une priorité".

La France promet son soutien aux ONG déployées sur le terrain et son appui scientifique et de recherche, sans annoncer de budget dédié.

La confirmation mardi d'un cas d'Ebola à Goma, la grande ville de l'est de la RDC, constitue "un avertissement" a estimé l'Organisation mondiale de la santé (OMS) réunie lundi à Genève. Le patient, un pasteur, est décédé mardi.

Selon le responsable des situations d'urgence de l'OMS Mike Ryan "c'est un avertissement parce que chaque fois que la maladie se déplace, elle peut s'établir ailleurs", a-t-il déclaré à l'AFP.

L'épidémie, qui a fait 1.668 morts depuis qu'elle a été déclarée le 1er août, était circonscrite jusqu'à présent à la région de Beni-Butembo (environ 250 km à vol d'oiseau au nord de Goma) et très marginalement dans la province voisine de l'Ituri.

M. Ryan a regretté l'absence de contribution financière française notant que "l'OMS n'a reçu aucune contribution financière de la part du gouvernement".

Le ministre britannique du Développement international, Rory Stewart, dont le gouvernement a pris la tête de la mobilisation, a également appelé les pays francophones à redoubler d'efforts lors de cette réunion : "Ce serait bien que nous ayions davantage de personnels issus des pays francophones sur le terrain. Nous avons besoin d'expertise en français mais surtout nous allons avoir besoin de beaucoup d'argent, de centaines de millions de dollars pour apporter une vraie réponse et retomber à zéro (cas) cette année", a-t-il martelé.

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