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Un bouillon cube lance une polémique sur l'image de la femme au Nigeria

Un panneau publicitaire annonçant un assaisonnement alimentaire à Lagos, le 9 novembre 2018.

Une publicité pour un célèbre bouillon cube, aliment clé dans la cuisine nigériane, a déclenché une controverse sur la place de la femme "multitâche" au Nigeria, pays aux fortes valeurs conservatrices et patriarcales.

Sans imaginer la levée de boucliers qui allait s'ériger, Maggi lance le 30 octobre sa nouvelle publicité à la TV nigériane et sur les réseaux sociaux, dans laquelle le bouillon cube est présenté comme une aide essentielle à la femme urbaine et active, jonglant entre sa vie de mère de famille, d'épouse attirante, de femme d'affaires de poigne et de cuisinière hors pair.

La dernière séquence de la pub s'achève sur un plan montrant une femme souriante qui déclare "aimer tout ce qu'elle fait".

Sur la Toile, repaire de la jeunesse urbaine et éduquée, c'est aussitôt la polémique.

D'un côté, on célèbre cette vision de la femme moderne, active, heureuse de mener de front sa carrière ambitieuse et de cuisiner pour sa famille.

"J'aime le fait que ce soit une mère, qu'elle dirige des hommes - dans son travail -, et soit toujours une conquérante", a défendu un internaute.

D'autres s'élèvent pour dénoncer la "misogynie" de cette campagne, où la femme "souffre et continue à sourire". "La femme travaille à plein temps, fait la cuisine, s'occupe des enfants, pendant que vous...?", s'interroge-t-on sur Twitter ou Instagram.

De son côté, la presse nigériane a titré "Superwoman ou super-esclave ?"

Au sein de Nestlé, patron de Maggi, on ne s'attendait pas à une telle controverse. Cette publicité était davantage conçue selon leurs auteurs comme un moyen de célébrer la femme active, dans un pays où l'immense majorité des femmes s'occupent des tâches ménagères en plus de leur vie professionnelle accomplie.

Enjeu de taille

"La société nigériane évolue rapidement et nous voulons prendre part à ce changement", déclare à l'AFP Victoria Uwadoka, responsable de la communication pour Nestlé Nigeria.

"Nous avons d'ailleurs changé notre sloggan de "Avec Maggi, chaque femme est une star", en "Avec Maggi, cuisinez la différence", dit-elle.

Pour Nestlé l'enjeu commercial est de taille car 90 millions de cube Maggi sont vendus quotidiennement au Nigeria, selon des chiffres du groupe.

Au Nigeria, pays qui compte près de 180 millions d’habitants, la marque Maggi est perçue comme une institution culinaire et ses campagnes publicitaires ne passent pas inaperçues.

Dans ce géant pétrolier du continent africain, la part de la population rurale qui représente 51%, selon des chiffres de la Banque Mondiale, ne cesse de diminuer et devrait bientôt représenter moins de la moitié des 180 millions d'habitants.

Mais les valeurs traditionnelles et conservatrices restent dominantes, et les réseaux sociaux réflètent davantage une jeunesse urbaine éduquée et parfaitement au fait des tendances européennes et américaines.

"Rien de mignon ou sexy"

Pour Jola Ayeye, auteur d'émissions radio en ligne, la publicité de Maggi ne fait que "refléter la norme sociale".

"Mais cela renforce aussi les stéréotypes contre lesquels chaque femme nigériane tente de lutter", commente la jeune femme de 26 ans.

"Il est difficile de travailler de l'aube jusqu'au soir, particulièrement d'accomplir des tâches domestiques qui devraient être partagées. Ça n'a rien de mignon ou de sexy en 2018, soyons réalistes", regrette-t-elle.

Le débat féministe a fait sa réelle apparition au Nigeria avec Chimamanda Ngozi Adichie, talentueuse écrivaine nigériane. Figure du féminisme en Afrique, elle est notamment l'auteur d'un Manifeste pour une éducation féministe (We should all be Feminist).

Ses commentaires, notamment sur le fait que les hommes nigérians ne tiennent pas la porte aux dames par galanterie mais uniquement pour montrer leur supériorité, ont provoqué une levée de boucliers.

En attendant, le chemin vers l'émancipation des femmes risque d'être encore long au Nigeria.

En 2016, en pleine conférence de presse en Allemagne, le président Muhammadu Buhari en personne avait vivement taclé son épouse peu discrète, et un peu trop critique de sa politique, lançant que sa place était "dans la cuisine et dans l'autre pièce (la chambre, ndlr)".

Au Nigeria, même pour la Première Dame, il est difficile d'aller contre la tradition.

Avec AFP

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Les universités publiques nigérianes restent fermées

Le bloc administratif de l'université d'Abuja au Nigeria, le 19 novembre 2020. (VOA/Gilbert Tamba)

Au Nigeria les étudiants des universités publiques vont continuer à rester à la maison à cause d’une grève illimitée des enseignants qui dure déjà depuis 9 mois. Les négociations entre la représentation des enseignants et le gouvernement fédéral ont échoué.

Le syndicat des enseignants, exige le paiement des salaires et a demandé aux étudiants et aux parents de ne pas s'attendre à une reprise rapide des cours.

Pour le Syndicat des enseignants des universités publiques, il n'y a actuellement aucun espoir que la grève se termine bientôt car le gouvernement fédéral n'est pas disposé à faire des concessions. La centrale syndicale a ordonné à ses membres de rechercher des moyens alternatifs de survie.

L’un des points de litige concerne le Système intégré d'information sur le salaire des enseignants (IPPIS), un projet de nouvelle technologie lancé par le gouvernement fédéral.

Le professeur Biodun Ogunyemi, président du Syndicat des enseignants des universités publiques explique que "le système IPPIS n'est appliqué dans aucune université du monde. A côté de nous, au Ghana, ils ont essayé d’appliquer ce système mais ils ont découvert que ça ne peut pas marcher parce que ce système ferme la porte aux experts étrangers et à la diaspora qui devaient venir pour enrichir nos programmes d’enseignement".

Salles de classe vides

A l’Université d’Abuja, les activités tournent au ralenti à la suite de cette grève illimitée. Le campus est désert. Il n'y a ni étudiants, ni enseignants et les salles de classe sont vides. Les étudiants restent à la maison et certains se lancent dans d’autres activités, comme Samuel Oladosun qui étudie les mathématiques à l’Université d’Abuja.

"J’ai fait le tour de quelques endroits et de certaines écoles, c’est ce qui m’a permis de trouver du travail là où je suis ici maintenant. Je donne un cours sur les techniques de base de communication aux élèves maintenant", témoigne l'étudiant.

Il n’est pas le seul dans cette situation, beaucoup d’autres comme lui, à travers le pays, sont dans leurs familles et attendent impatiemment la fin de la grève pour reprendre les cours.

David Momo étudie la biochimie à l’Université de Minna, la capitale de l’Etat du Niger: "c’est vraiment difficile, il y a tout ce stress mental par le fait que nous ne sommes pas à l’école. En plus de l’absence des amis et collègues de l’école, il y a aussi la nostalgie de reprendre les études".

Le gouvernement intransigeant

Quant aux parents, ils appellent les autorités fédérales à trouver une solution à cette grève qui paralyse les universités publiques. Alima Momola, mère de David Momo, est particulièrement inquiète pour l’avenir de son fils. "Les autorités doivent essayer de faire face aux demandes des enseignants pour que nous enfants puissent reprendre les études", estime-t-elle.

Le gouvernement fédéral, intransigeant, menace qu'il pourrait même appliquer les dispositions de la législation sur le travail ou d'autres voies si le syndicat insiste à poursuivre la grève.

La crise affecte les enseignants eux-mêmes. Kamilu Sani Faggeest, professeur de sciences politiques à l’Université de Bayéro de Kano dans le nord-est du Nigeria, souligne que "les demandes du syndicat sont légitimes et cela traine depuis 2009, ils doivent trouver solution au problème".

La multiplication des grèves des enseignants du cycle supérieur est un coup dur pour le système éducatif dans un pays où le système universitaire est largement dominé par les établissements publics.

Les autorités nigérianes veulent réglementer les réseaux sociaux

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Professeurs impayés: les universités nigérianes tournent au ralenti

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NBA: 8 des 60 joueurs sélectionnés cette année ont des origines nigérianes

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Manifestations "#EndSARS": une enquête de CNN indexe les autorités nigérianes

Les gens sont obligés de marcher les mains sur la tête lorsqu'ils passent les points de contrôle de sécurité, au marché d'Obalende, Lagos, Nigéria, le 24 octobre 2020.

Dans une enquête approfondie, CNN revient sur la répression violente qui s'est abattue sur les manifestants nigérians en octobre, avec des témoignages incriminants à l'appui.

Les manifestations "#EndSARS" contre les violences policières qui ont secoué le Nigeria le mois dernier ont suscité une riposte brutale de la part des autorités, selon une enquête en profondeur de la chaîne américaine CNN dont les conclusions ont été publiées mercredi.

L’équipe de CNN a mené une enquête multidisciplinaire qui inclut des analyses balistiques, la cartographie et la géolocalisation, des enregistrements vidéo et des déclarations de témoins oculaires qui se sont exprimés devant un panel chargé d'enquêter sur les morts qui ont découlé de ces manifestations.

Le dossier de CNN se penche sur les morts du péage de Lekki, quartier relativement affluent de Lagos, devenu point focal des manifestations.

CNN commence par le cas d'Elisha Sunday Ibanga, la vingtaine, sœur d'un des jeunes qui étaient allés protester. Le 21 octobre, Elisha répond à un appel téléphonique du numéro de son frère aîné. A l'autre bout de la ligne, un inconnu lui annonce que son frère, Victor, a été abattu au péage.

"La personne m'a dit que la police avait emporté son corps", relate la jeune femme.

Selon CNN, les Ibanga sont l'une des nombreuses familles qui n'ont pas encore retrouvé les corps de leurs proches disparus.

Amnesty International a recensé 56 morts dans l'ensemble du pays en deux semaines de manifestations. L'ONG a demandé "l'ouverture immédiate d'une enquête indépendante".

Une manifestante tient une pancarte lors d'une manifestation contre les brutalités policières à Lagos, au Nigeria, le 17 octobre 2020.
Une manifestante tient une pancarte lors d'une manifestation contre les brutalités policières à Lagos, au Nigeria, le 17 octobre 2020.

L'enquête de CNN intervient deux semaines après une investigation similaire menée par le quotidien Premium Times, qui a livré ses conclusions le 31 octobre.

Le journal s'attarde sur le témoignage d'une Disc Jockey populaire, DJ Switch, qui avait diffusé les tirs sur les manifestants en direct sur Instagram. Elle affirme que les soldats ont par la suite emmené les morts et que des policiers sont arrivés plus tard pour nettoyer les lieux.

Après avoir nié l'usage de la force mortelle, les autorités ont finalement admis qu’il y a eu des morts par balles.

Beaucoup de questions autour de ce qui s'est passé dans la nuit du 20 au 21 octobre restent sans réponse.

Qui a donné l’ordre de déployer l’armée ? Qui a autorisé les militaires à tirer à balles réelles ? Où sont les corps des autres victimes ? Qu’en est-il des disparus ?

L'armée a déclaré que c'était le gouverneur de Lagos, Babajide Olusola Sanwo-Olu, qui avait appelé les soldats sur les lieux parce que la police était débordée. Mais le gouverneur nie cette version des faits, insistant sur le fait qu'il n'a pas l’autorité de mobiliser l'armée.

Le dossier de CNN a ravivé des blessures qui n'avaient pas encore cicatrisé : des milliers de Nigérians ont tweeté les hashtags #Lekkimassacre et #EndSARS tout au long de la journée de mercredi.

A Lagos, une personne décède
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