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Camp du Pasteur Solomon au Nigeria: "Avec mes copains, on s'est dit qu'on ne survivrait pas"

Le 29 mars 2017, des prostituées se tiennent dans la rue à Benin City, capitale de l'État d'Edo, dans le sud du Nigéria.

L'AFP a retrouvé une dizaine d'enfants qui ont passé plusieurs mois, parfois plusieurs années, dans le camp de déplacés du pasteur Solomon, dans l'Etat d'Edo (sud du Nigeria).

Ils ont d'abord connu les atrocités de l'insurrection djihadiste de Boko Haram. Ils pensaient trouver "la grande vie" et pouvoir aller à l'école à l'International Christian Centre for Missions de Benin City. Loin de leurs parents et de leur famille, ils ont connu la faim, les maladies, les violences et pour les plus grandes des filles, été obligés de travailler pour le pasteur.

Certains ont réussi à s'enfuir ou ont été récupérés par leurs parents.

Tous les prénoms ont été modifiés.

Le pasteur réfute toutes les accusations.

- Rahila, 16 ans -

L'adolescente est originaire de l'Etat du Borno, au cœur du conflit avec les combattants islamistes. A 13 ans, elle rejoint un premier camp de déplacés à Maiduguri, dans le nord-est, avant de rejoindre le camp du pasteur Solomon avec sa cousine.

"A l'époque, tout le monde allait chez le pasteur Solomon, alors je voulais faire pareil. C'était ça ou rester à Maiduguri. Je voulais aussi avoir la grande vie. Mais quand je suis arrivée, c'était pas du tout comme les fables qu'on m'a racontées. J'ai passé deux ans dans le camp et je n'ai jamais pu parler à mes parents. Il y a des téléphones mais il n'y a pas de crédit, ou alors je n'y avais pas accès".

C'est finalement lorsque sa cousine meurt "d'une maladie", qu'elle parvient à entrer en contact avec sa belle-mère, qui vient aussitôt la chercher.

Elle raconte que les filles de son âge (15 à 18 ans) "travaillent pour le pasteur".

"Elles l'habillent. Elles portent ses téléphones. Une fois une fille a refusé de travailler pour lui, elle a été punie et il l'a affamée. Moi, je devais lui apporter ses chaussures".

"Il passe toujours ses bras autour de nos épaules. Il fait toujours des commentaires - si nos fesses ont grossi ou il dit que notre poitrine ressemble à des ananas ou des choses comme ça".

- Waziri, 17 ans -

"Je voulais aller à l'école, c'est pour ça que je suis allé à Benin City. Mais tu ne peux rien étudier quand ton estomac est vide. On n'avait rien à manger jusqu'à 14H00.

Avec mes copains, on s'est dit qu'on ne survivrait pas, alors on a préparé un plan pour s'enfuir.

On a traversé la forêt autour du camp pendant la nuit. On a volé des cartons de savons et on les a vendus pour payer notre transport jusqu'à chez nous.

Si tu te fais attraper, tu te fais fouetter sérieusement, on avait très peur, mais finalement on a réussi".

- Hauwa, 12 ans -

La petite Hauwa est orpheline. Elle n'avait que 6 ans lorsque sa tante l'a envoyée à Benin City. Elle y est restée plus de trois ans, avant que sa famille ne revienne la chercher.

"J'avais faim tout le temps, il n'y avait jamais assez à manger. On n'avait pas assez d'eau et si on se plaignait, le pasteur nous frappait.

+Ils+ ont trouvé des démons autour du camp, alors on ne sortait jamais la nuit".

- Rakiya, 37 ans, mère de famille -

Rakiya était enceinte lorsque les insurgés de Boko Haram ont envahi la ville de Bama en 2014. Avec son mari et ses cinq enfants, ils sont arrivés à Maiduguri, "écrasés par la pauvreté et le manque de nourriture".

"A l'époque, les parents qui emmenaient leurs enfants chez le pasteur Solomon recevaient des sacs de riz, de l'argent, de l'huile de palme... Ils revenaient à Maiduguri et ils disaient +Benin c'est bien+".

"Nos enfants nous suppliaient d'y aller. Au début, mon mari refusait mais finalement, j'ai accouché du dernier et les cinq grands sont partis".

"Mes deux garçons se sont enfuis du camp l'année dernière et ils m'ont raconté ce qu'il se passait. Ils m'ont dit qu'il y avait un esprit maléfique, alors je suis partie chercher les autres (en juin 2019). J'ai dû vendre un tissu qu'une tante m'avait offert pour payer le transport".

Le jour de son arrivée, les employés du camp refusent catégoriquement qu'elle récupère ses enfants, assure Rakiya. "Ils m'ont dit que je ne les mettrais pas à l'école, qu'ils étaient bien ici. Mais j'ai insisté, insisté et finalement ils ont accepté que je les voie".

"Quand tu parles à tes enfants, il y a toujours quelqu'un assis à côté qui écoute. Mais les plus petits ont dit qu'ils voulaient rentrer avec moi".

Le petit dernier était vraisemblablement atteint de la gale et avait la peau recouverte de sang. Au moment de l'interview, il était hors de danger. "Mais j'étais sûre qu'il allait mourir", confie sa mère en le tenant sur ses genoux. "C'est pour ça que j'ai le courage de parler aujourd'hui".

"Je suis restée trois jours dans le camp et en trois jours, j'ai vu trois personnes mourir. Je ne voulais pas dormir sous la tente où sont regroupés les visiteurs, on était au moins 200, alors j'ai dormi dehors et quand le pasteur Solomon m'a trouvée, il m'a frappée".

"Le pasteur déteste les garçons. Il adore les filles. Les plus grandes travaillent pour lui. L'une porte un mouchoir et il crache ou se mouche dedans et il lui retend, une autre lui nettoie ses chaussures quand il marche".

"Ma fille aînée de 16 ans veut rester là-bas. Elle dit qu'elle est assez grande pour endurer la faim et les difficultés. Je l'ai suppliée de partir mais elle dit que c'est sa seule chance d'avoir une éducation".

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