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La fermeture des bureaux de change suscite l'inquiétude au Burundi


Pierre Nkurunziza à Bujumbura au Burundi le 27 septembre 2019.

La Banque centrale du Burundi (BRB) a ordonné la fermeture définitive au 15 février de tous les bureaux de change, sanctionnés pour ne pas avoir respecté une réglementation en vigueur depuis septembre qui leur imposait de limiter à 15% leur marge sur chaque opération.

Cette mesure avait été prise pour permettre à l’État de contrôler les devises étrangères en circulation dans un pays en manquant cruellement depuis le début de la crise politique de 2015, ce qui entraîne des pénuries de nombreux biens importés, et tenter d'enrayer la dépréciation du franc burundais.

"En réalité, beaucoup de bureaux de change avaient déjà fermé depuis que la BRB avait décidé de nous imposer un taux de change très bas, alors qu'elle ne met plus à notre disposition de devises (étrangères) comme avant la crise de 2015", explique à l'AFP un cambiste, sous couvert d’anonymat.

Depuis le 15 février, les derniers bureaux de change encore en activité ont fermé. Seules les banques commerciales sont désormais autorisées à effectuer des opérations de change, mais peu proposent ce service.

"Nous sommes revenus des siècles en arrière, à l’époque du marché noir dur et dangereux", déclare un autre cambiste, qui dit être dans le métier depuis plus de 30 ans.

Selon lui, des dizaines d’agents du Service national de renseignement (SNR) rôdaient ces derniers jours autour de l’ancien marché central de Bujumbura, où se trouvaient jusqu'ici pratiquement tous les bureaux de change, entre 60 et 80 selon les sources.

- Manque de devises -

"Il suffit qu’ils voient un échangeur connu pour qu’ils s'en prennent à lui", dit-il. "On fait très attention, on ne fait de transactions qu’avec des gens que nous connaissons de peur de tomber dans un piège, et du coup le prix continue de monter."

Depuis septembre, le pouvoir faisait pression sur ces cambistes pour qu'ils appliquent un taux de change fixe. Des dizaines ont été arrêtés et emprisonnés quelque temps, et trois assassinés dans des circonstances troubles, selon leurs collègues qui pointent du doigt le SNR.

Les banques, elles, ont mis en place "de très lourdes formalités pour l'obtention des devises", soulignent des témoins. La Banque de crédit de Bujumbura (BCB) exige un billet d'avion, un visa et des justificatifs divers pour changer des devises, avec un plafond fixé à 1.000 dollars par personne.

Des malades qui devaient aller se faire soigner à l’étranger sont bloqués au Burundi, faute de devises, et des centaines de petits commerçants qui s’approvisionnaient en Ouganda notamment ont cessé toute activité, selon des témoignages recueillis par l’AFP.

"La réalité, c’est que le pays fait face à un manque criant de devises et que la Banque centrale tente de contrôler toutes les devises qui rentrent dans le pays et de lutter contre la dépréciation du franc burundais par rapport au dollar par des mesures autoritaires", souligne Faustin Ndikumana, un expert économique burundais indépendant.

"Mais cela ne résoudra pas le problème des devises, au contraire. Le gouvernement risque d’obtenir l’effet inverse de celui attendu, car on va en manquer un peu plus et elles vont donc devenir plus chères", prédit-il.

- Pénuries chroniques -

L'annonce en avril 2015 de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat a plongé le Burundi dans un cycle de violences et de violations des droits humains qui ont fait 1.200 morts et plus de 400.000 déplacés, selon les estimations de la Cour pénale internationale, qui a ouvert une enquête.

La crise politique s'est doublée d'une crise économique. Le Burundi est classé parmi les trois pays les plus pauvres au monde. Selon une estimation de la Banque mondiale, 75% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.

Le Burundi, sous le coup de sanctions de ses principaux bailleurs de fonds (UE, Belgique, Allemagne...), connaît à cause du manque de devises des pénuries chroniques de carburants, médicaments et de la plupart des biens importés.

La BRB ne dispose plus que de deux à trois semaines de réserves en devises étrangères pour les importations, contre trois mois avant le début de la crise.

Le gouvernement a multiplié les mesures pour s’assurer le contrôle des devises et "la fermeture des bureaux de change est la dernière en date", constate Gabriel Rufyiri, président de l'Olucome, une des principales organisations burundaises de lutte contre la corruption.

"Le gouvernement n’a pas le choix", estime-t-il. Le seul remède est de garantir un "climat politique apaisé, en organisant des élections libres et transparentes, en garantissant la liberté politique et d’association comme auparavant et en relançant la coopération avec nos bailleurs traditionnels".

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